Le temps d’une pause

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Cloé Harent a reçu cette année le prix Isem (Images Singulières-ETPA-Mediapart) Jeune photographe. Depuis octobre 2018, Cloé Harent s’éloigne de temps en temps de la ville pour documenter des fermes biologiques et part à la rencontre d’hommes et de femmes qui ont décidé de s’écarter du tumulte de la société. Grâce au réseau WWOOF (World Wide Opportunities Organic Farm), elle rencontre ceux et celles qui viennent chercher des réponses sur la possibilité de vivre autrement. À travers ses photos, elle palpe une ambiance, une manière d’être, une cohésion qui se dégage de ces lieux. 

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  1. Juin 2020. Ferme biologique de La Carotte sauvage, à Trégrom, dans les Côtes-d’Armor. Cette ferme est gérée par un couple franco-québécois, installé en tant que producteurs maraîchers bio depuis 2016. Nous sommes par une chaude matinée d’été dans l’une des serres où grandissent les tomates. François enlève à la main les gourmands, ces petites pousses qui ne donnent pas de fleurs mais qui pompent l’énergie dont ont besoin les tiges principales.

  2. Février 2019. Ferme biologique de Visargent à Sens-sur-Seille, en Saône-et-Loire. Cécilie, jeune wwoofeuse danoise, est arrivée en 2017. Au départ, elle comptait rester trois semaines, elle est finalement restée trois ans à Visargent. Elle revient de temps à autre pour garder un lien et compte s’y installer de nouveau une fois ses études achevées.

    Nous sommes en fin d’après-midi. C’est la deuxième traite des chèvres de la journée dont le lait fera du fromage. Dans cette ferme, on trait les chèvres à la main. Si ce geste répétitif peut provoquer des tendinites au pouce, la fermière doit être précise dans sa façon de faire pour ne pas provoquer de mammites à la chèvre. Néanmoins, cela reste un moment particulièrement intime avec l’animal, où l’on reste à son écoute et où on peut ressentir la chaleur de son corps.

  3. Juin 2020. Ferme biologique de La Carotte sauvage à Trégrom, dans les Côtes-d’Armor. J’ai rencontré cette femme qui est voisine de la ferme. À ses heures perdues, elle passe donner un peu d’aide bénévolement. Durant toute la journée, elle a gardé près d’elle son poussin. Dans une étonnante complicité, elle le place sur son épaule pour sortir de la forêt afin de rejoindre la rivière.

  4. Avril 2019. Ferme biologique de Visargent à Sens-sur-Seille, en Saône-et-Loire. Créée en 1983, cette ferme familiale propose une grande diversité d’activités autour du développement de l’autosuffisance, de l’écologie, du social... Ici se pratiquent la polyculture, l’élevage, le jardinage, l’arboriculture, la transformation des produits, l’autoconstruction et la vente directe.

    Une ambiance forte m’envahit chaque soir dans cette grange ancienne. L’odeur du foin et la lumière du soleil couchant me donnent la sensation d’avoir touché du doigt l’esprit d’authenticité que je cherche tant.

  5. Juin 2020. Ferme biologique de La Carotte sauvage à Trégrom, dans les Côtes-d’Armor. Le désherbage est une étape cruciale pour déterminer le positionnement en agriculture biologique. Désherber à la main est un engagement fort : travail fastidieux et répétitif, il prend beaucoup de temps et de main-d’œuvre. Cette personne appréciait pourtant ce moment, où l’on peut, disait-elle, « se vider la tête en pensant uniquement au geste de l’instant présent ».

  6. Avril 2019. Ferme biologique de Visargent à Sens-sur-Seille, en Saône-et-Loire. Après s’être levé à 6 heures du matin pour nourrir les animaux et traire chèvres et vaches, on prend le petit déjeuner à 7 h 30 autour d’une grande table. Nous étions douze environ. Des débats se mettent en place pour attribuer les tâches de chacun dans la semaine, et aussi parler des différents points de la vie en communauté. Vivre ensemble suppose de confronter souvent des avis divergents.

  7. Avril 2019. Ferme biologique de Visargent à Sens-sur-Seille, en Saône-et-Loire. Rencontre avec Céleste, 15 ans. Elle est en seconde à l’école Perceval, à Paris, qui applique la pédagogie Steiner. Elle devait faire un stage pour comprendre d’où provient la nourriture que nous consommons. Venue pour deux semaines à la ferme de Visargent, elle a découvert un monde. Elle se rend compte de la dureté du travail physique, du nombre de tâches à faire chaque jour et du manque de reconnaissance de ce métier si essentiel à nos vies.

  8. Juin 2020. Ferme biologique de La Carotte sauvage à Trégrom, dans les Côtes-d’Armor. Après une bonne journée de travail, nous partons nous rafraîchir à la rivière du Léguer. Petit coin de paradis, où nous prenons le temps d’observer le paysage, d’écouter le bruit de l’eau et de savourer cette pause pour ressourcer nos corps.

  9. Octobre 2018. Ferme biologique de Visargent à Sens-sur-Seille, en Saône-et-Loire. Willy et moi sommes chargés de préparer le repas du midi pour une douzaine de personnes. Il lave les carottes fraîchement cueillies au jardin. Il n’y a rien de plus satisfaisant que de se nourrir de sa propre production. Ici, ils produisent leurs propres céréales, qui servent à nourrir leurs animaux, qui vont leur donner du fromage. Ils font aussi leur propre farine et donc leur pain. Cette autonomie demande beaucoup d’investissement mais les rend fiers de s’écarter petit à petit du modèle fondé sur la surconsommation. 

  10. Février 2019. Ferme biologique de Visargent à Sens-sur-Seille, en Saône-et-Loire. Ces deux jeunes Allemandes sont tout juste sorties du lycée. Elles ont été choisies en tant qu’écovolontaires pour passer un an dans la ferme. Nous sommes en hiver, les journées sont rudes et l’éloignement de la famille est parfois difficile. Très rapidement, elles ont créé des liens forts et se soutiennent.

  11. Octobre 2018. Ferme biologique de Visargent à Sens-sur-Seille, en Saône-et-Loire. Cédric est un jeune wwoofeur belge qui multiplie les expériences pour éclaircir son questionnement sur les différents modes de vie. Moment de flottement dans la cuisine commune après le déjeuner et avant de reprendre la journée.

  12. Mai 2019. Ferme biologique de Visargent à Sens-sur-Seille, en Saône-et-Loire. Nous décidons d’aller faire un tour avant le dîner pour profiter du beau temps. Nous marchons quand, tout à coup, elle s’arrête. Elle enlève ses chaussures pour ressentir le sol et prend le soleil, le temps d’une pause. Cette image m’a inspiré le titre de cette série.

    • Sur les lauréates du prix Isem 2021, lire ici.

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