Le village qui dit non à l’antenne-relais

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À Saméon, cité-dortoir de 1 600 habitants au cœur du triangle Valenciennes-Douai-Lille, une grande partie de la population s’oppose à l’implantation d’une antenne-relais de 45 mètres de haut, permettant la couverture du réseau de téléphone de l’opérateur Free. Thierry Hot, ancien militaire aujourd’hui agent de maîtrise dans le ferroviaire à Lille, est à la tête de l’Association pour la protection de la ruralité et de l’environnement à Saméon (APRES). Le propriétaire de l’antenne-relais, TDF, a assigné en référé la municipalité, qui s’opposait à l’édification de cet équipement. Le 26 janvier, le tribunal administratif a débouté la société qui s’est pourvue en cassation.

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  1. Le 2 février 2019, l’association APRES organise une manifestation dans le centre du village. Malgré la pluie et le froid, 200 personnes défilent. Mot d’ordre : on ne veut pas de l’antenne-relais Free, le clocher de l’église doit rester le point de repère du village, le point le plus élevé. Le tribunal administratif a de son côté jugé que l’antenne portait atteinte au paysage. Mais l'opérateur contre-attaque sur le fond devant la Cour de cassation. Résultat des courses dans plusieurs mois.

  2. En 2008, Thierry Hot, 53 ans, a gagné une autre bataille : l’extension d’une usine chimique classée Seveso dans le village voisin de Beuvry-la-Forêt. Durant une quinzaine d’années, il a aussi été militaire. « Dans la marine, il y a toutes les spécialités, mécanicien, boulanger, etc. Un bateau, c’est comme un village. Sur ma frégate, j’étais en charge de la corne de brume, les sifflets qui sont dans la mâture du bateau. Et lorsque je devais monter pour les entretenir, fallait toujours arrêter les radars à cause des ondes. » Pour celui qui est aujourd'hui à la tête de l’APRES, au-delà de l'argument du paysage, les ondes de l'antenne présentent des risques.

    Video SAMEON 9 © patrick Artinian

  3. Malgré ses 45 mètres de haut, pas besoin de permis de construire pour l’antenne TDF, car elle aurait occupé moins de cinq mètres carrés au sol, au même titre qu’un cabanon de jardin. N’importe qui peut se porter candidat à la pose d’une antenne sur son terrain ou sur son toit, il suffit de s’inscrire sur le site web de TDF. Dans une interview à La Voix du Nord, l’agriculteur sur le terrain duquel doit se dresser l’antenne affirme que la location de l’emplacement lui rapportera 2 000 euros par an, ordre de grandeur confirmé par TDF, même si le télédiffuseur refuse de donner des informations précises.

  4. « On est arrivés à Saméon en 2013. On voulait avoir du terrain, des animaux, des chèvres, des poules. On essaie de manger bio, d’économiser l’énergie. On aime la campagne », raconte Thierry Hot. L’antenne devait se dresser sur le terrain mitoyen, de l’autre côté du grillage.

  5. Les démarcheurs, force de frappe de l’opposition à l’antenne, arpentent le village depuis des mois et sonnent à chaque porte, proposant la pétition à signer, les affiches à coller ou l’adhésion à l’association APRES.

  6. Classeurs avec argumentaires, éléments de langage, dessins, schémas, plans… étayent les propos des opposants. « Le plus important, c’est de connaître le sujet sur le bout des doigts et d’être crédible », répète Thierry Hot.

  7. « Au boulot, on est quatre agents de maîtrise et les problèmes sociaux, c’est toujours pour moi. Par exemple, j’ai eu un cas grave d’alcoolisme à traiter et les collègues me l’ont envoyé en disant que s’il y en avait un qui pouvait traiter ça dans l’entreprise, c’était bien moi. J’assume, quand j’ai un problème, je ne me fourvoie pas, j’essaie de voir comment on peut le régler, mais parfois, c’est très lourd », explique Thierry Hot.

  8. Manifestation du 2 février à Saméon. Pour beaucoup, en dehors des critères de santé ou environnementaux, la principale nuisance de l’antenne serait une dépréciation de l’immobilier dans le village.

  9. « Avant, quand j’allais chercher mon pain, j’en avais pour cinq minutes. Maintenant, ça prend un quart d’heure. Ce mouvement contre l’antenne a créé une véritable unité dans le village », se réjouit Thierry Hot.

  10. Si, comme ici à Saméon, TDF a été débouté en première instance sur des critères paysagers, dans la campagne, les antennes sont nombreuses. À Neuville-Saint-Vaast, commune rasée lors des combats de l’Artois durant la Première Guerre mondiale, les riverains ont saisi la justice mais l’antenne s’est quand même dressée dans un champ privé. La décision du tribunal administratif relative au paysage, si elle est confirmée, pourrait faire jurisprudence.

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