Mai 68, «ces photos ont bousculé ma vie»

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Arrivé à Paris au début des années 1960, Pierre Collombert connut quelques années de chômage avant d’être propulsé dans les événements de Mai 68 : « En mars, je collabore en tant que photographe à La Tribune socialiste, le journal du PSU, raconte-t-il dans l’ouvrage Mai 68, par celles et ceux qui l’ont vécu, coédité par Mediapart. La rédaction me signale le Mouvement du 22 Mars à l’université de Nanterre, où je réalise quelques clichés. » Après un voyage en Tchécoslovaquie en plein Printemps de Prague avec la MJC de Colombes, il parcourt en mai la banlieue à bicyclette : « J’observe les manifestations et l’occupation de quelques usines. Ma vision des événements rejoint ma conception du reportage. Je ne cherche jamais à m’associer à ceux-ci, mais je tente d’immortaliser, à travers le regard des participants, la force de leurs luttes. » Sur quelque 800 clichés pris à cette époque, voici en 30 images son récit d’un printemps qui a aujourd’hui 50 ans.

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  1. 23 mars 1968, sur la pelouse de l’université de Nanterre, premières discussions, prémices d’organisation. La veille, une assemblée générale a réuni quelques centaines de personnes pour exiger la libération des militants opposés à la guerre du Vietnam, interpellés et en garde à vue depuis le 20 mars. La salle du conseil des professeurs de l’université est occupée, un manifeste est rédigé, le Mouvement du 22 Mars est créé avec Daniel Cohn-Bendit.

  2. 23 mars 1968, un débat dans un amphi à Nanterre.

  3. Mars 1968. Dans les couloirs de l’université de Nanterre.

  4. Mars 1968. Une partie, alors en construction, de la fac de Nanterre. L’Île-de-France est en plein chantier. L’université, dont la première pierre fut posée en novembre 1963, jouxtait le bidonville de Nanterre (hors du cadre de cette photo, à droite ; voir aussi notre portfolio) où, à partir du milieu des années 1950, s’étaient installés des immigrés algériens, marocains, portugais… En 1966, 10 000 personnes étaient recensées dans ce bidonville, à peu près autant qu’il y avait d’étudiants à Nanterre.

  5. Début mai 1968, devant la Sorbonne. La fermeture de l’université de Nanterre en réponse aux mobilisations étudiantes entraîne le repli des contestataires sur la Sorbonne. Depuis que le recteur a demandé le 3 mai à la police d’évacuer la Sorbonne, des cars de CRS bloquent l’accès à l’université. Au lendemain de la grève générale et de la manifestation unitaire du 13 mai, la Sorbonne sera réoccupée par les étudiants, qui y instaureront « la commune libre de la Sorbonne ».

  6. Mai 1968, devant la Sorbonne. À côté de la recette du cocktail Molotov, des slogans pour « dénoncer le scandale du logement et la spéculation immobilière ».

  7. Mai 1968, derrière les grilles du jardin du Luxembourg, à Paris, au passage d’une manifestation étudiante.

  8. 13 mai 1968. La grande manifestation. À l’occasion du dixième anniversaire du retour du général de Gaulle au pouvoir, les syndicats de salariés se joignent aux syndicats étudiants et appellent à une journée de grève générale contre la répression policière.

  9. 13 mai 1968. Des femmes dans le service d’ordre de la manifestation.

  10. 13 mai 1968. Dans la manifestation, une banderole « Un métier pour chaque jeune ». La France comptait alors 350 000 chômeurs.

  11. 13 mai 1968. Le personnel de l’hôpital psychiatrique de Villejuif dans la manifestation.

  12. 13 mai 1968. Le slogan « Les loups sont entrés dans Paris » reprend le titre d’une chanson interprétée par Serge Reggiani sur des paroles d’Albert Vidalie et une musique de Louis Bessières.

  13. 13 mai 1968. Sur les boulevards parisiens, alors que passent les manifestants.

  14. 13 mai 1968. Sur les boulevards parisiens, alors que passent les manifestants.

  15. 13 mai 1968. Sur les boulevards parisiens.

  16. 13 mai 1968. Du balcon, vue sur la manifestation.

  17. 13 mai 1968. Partie de la place de la République, la manifestation arrive place Denfert-Rochereau. L’ordre de dispersion est lancé par les organisateurs, mais les étudiants entendent poursuivre. Vers où ? Les uns veulent partir à l’assaut de l’Élysée, d’autres préfèrent un meeting au Champ-de-Mars. Daniel Cohn-Bendit, alors animateur du Mouvement du 22 Mars, prend le micro : « Continuez par le boulevard Raspail et le Champ-de-Mars. » 

  18. Mai 1968. Une assemblée générale des professeurs dans un collège de Colombes. Au lendemain de la manifestation du 13 mai, le mouvement d’occupation des usines débute. Il s’étendra à tous les secteurs et professions, et paralysera l’économie du pays.

  19. 27 mai 1968. À l’usine Renault-Billancourt occupée, Georges Séguy, secrétaire général de la CGT, vient annoncer aux ouvriers en grève le résultat des accords de Grenelle (les négociations, entamées le 25 mai, s’achèvent le 27 au matin : hausse du salaire minimum, hausse des salaires, accord pour la mise en place des 40 heures, reconnaissance des sections syndicales dans les entreprises…).

  20. 27 mai 1968. À l’usine Renault-Billancourt occupée, durant l’exposé de Georges Séguy. Les ouvriers refuseront les accords de Grenelle, se déclareront solidaires des étudiants et enseignants, et demanderont « un gouvernement populaire ». La grève continue et se durcit.

  21. 27 mai 1968. À l’usine Renault-Billancourt.

  22. 27 mai 1968, place d’Italie. Pierre Mendès France, figure de la gauche, apporte son soutien au mouvement étudiant en se rendant au meeting du stade Charléty.

  23. 27 mai 1968. Michel Rocard, secrétaire général du PSU (Parti socialiste unifié), se rend au meeting du stade Charléty.

  24. 27 mai, meeting du stade Charléty. Organisé par le syndicat étudiant Unef, les syndicats enseignants Snesup et FEN, la CFDT et le PSU, ce meeting rassemble plusieurs dizaines de milliers de personnes, étudiants et travailleurs. Il marque la cassure avec la CGT (et le Parti communiste français).

  25. 29 mai 1968. La manifestation de la CGT, appuyée par le PCF, part de la Bastille et s’achève gare Saint-Lazare. La tension est palpable : ce jour-là, de Gaulle disparaît. Un communiqué de l’Élysée précise : « Le général de Gaulle est parti pour Colombey-les-Deux-Églises. Il sera de retour demain à 15 heures pour présider le conseil des ministres. » En réalité, il s’est rendu à Baden-Baden en Allemagne, auprès du général Massu, pour s’assurer du soutien des militaires.

  26. Fin mai 1968. À l’usine Hispano-Suiza de Bois-Colombes, les grévistes poursuivent leur mouvement et se ravitaillent.

  27. Fin mai 1968. L’usine Hispano-Suiza de Bois-Colombes a ouvert ses portes aux étudiants.

  28. Fin mai 1968. Concert en soutien des grévistes de l’usine Hispano-Suiza de Bois-Colombes.

  29. 30 mai 1968. Un ouvrier de l’usine Hispano-Suiza de Bois-Colombes écoute l’allocution radiodiffusée du général de Gaulle : il reste au pouvoir, maintient sa confiance à son premier ministre Georges Pompidou et dissout l’Assemblée nationale. Ses partisans organisent une grande manifestation sur les Champs-Élysées.

  30. 31 mai 1968. Moins d’une semaine après la signature des accords de Grenelle, les raffineries et les dépôts de carburant reprennent peu à peu le travail, comme nombre d’autres secteurs industriels. Les stations d'essence sont à nouveau alimentées, et les voitures redémarrent doucement, comme le reste du pays.

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    Fruit de la sélection de plus de 300 textes reçus lors d'un vaste appel à témoignages lancé en partenariat avec Mediapart (et notamment sur nos éditions participatives ici et là),
    Mai 68 par celles et ceux qui l'ont vécu a été coordonné par trois universitaires : 
    Christelle Dormoy-Rajramana, Boris Gobille et Érik Neveu. Publié par les Éditions de l'Atelier, il comporte une postface d'Edwy Plenel.

    480 pages, relié. 29,90 €

    Pierre Collombert publie quelques photos dans ce livre, au côté de sept autres photographes. En 1968, avant les événements de mai, son premier reportage fut une commande en février pour le mensuel Jeunes Agriculteurs, le journal du CNJA. Une collaboration qui durera 26 ans et qui fut l'occasion de publier plusieurs livres dont Paysans, nos racines.

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