Meurtrie par la tempête Alex, la vallée de la Roya «est morte pour des années»

Par

Six semaines après le passage de la tempête Alex dans les Alpes du Sud, la vallée de la Roya se reconstruit difficilement. L’eau potable est juste rétablie à Tende, deux pelleteuses en provenance d’Italie façonnent le lit du fleuve, l’unique voie de chemin de fer transporte vivres et matériel. Récit en photos des désolations et des fraternités.

Cet article est en accès libre. L’information nous protège ! Je m’abonne
  1. 11 novembre 2020. Le mont Bergiorin qui culmine à 1 679 mètres sépare Tende à gauche de Saint-Dalmas-de-Tende à droite.

  2. 7 octobre 2020. Ce qu’il reste de la route internationale reliant Cuneo à Vintimille entre Fontan et Tende. Cinq jours plus tôt (le 2 octobre), les pluies diluviennes de la tempête Alex s’abattaient sur les Alpes du Sud causant la mort de neuf personnes. Neuf autres sont toujours portées disparues. 
    Dans la vallée de la Roya, 50 kilomètres de route sont à refaire. Le haut de la vallée à partir de Saint-Dalmas-de-Tende est désormais accessible uniquement par voie ferrée. Deux pistes d’altitude existent, culminant à 1 900 et 1 700 mètres, et mènent en Italie. Des travaux d’accès sont réalisés au départ de Fontan. Dans les zones les plus détruites, des passages sont aménagés dans le lit du fleuve.

  3. 7 octobre 2020. Emmanuel Macron rencontre les habitants de Tende, ainsi que les forces de police et les secouristes. Environ 500 personnes étaient présentes, attendant beaucoup de la venue du président.

  4. 9 octobre 2020. Vue de Tende. 11 habitations sont detruites ; 32 ont un arrêté de péril imminent (l’accès y est strictement interdit) ; 23 sont classées jaune (il est autorisé d’y accéder en journée afin de récupérer des effets personnels).

  5. 11 octobre 2020. Hameau de Viévola. Le quartier de Canaresse et la chapelle Notre-Dame-de-la-Visitation.

  6. 11 octobre 2020. Les marins-pompiers de Marseille, venus en renfort, sont hébergés au cinéma Le Bego à Tende. « Avant, on y projetait deux films par semaine », raconte le maire Jean-Pierre Vassallo.

  7. 15 octobre 2020. Arrivée des premières draisines (véhicules automoteurs légers, en temps normal utilisé pour l’inspection des lignes, le transport du matériel ou le personnel de maintenance) de la SNCF reliant Breil-sur-Roya au quai provisoire de Saint-Dalmas-de-Tende. La SNCF utilise les rames TER habituelles pour transporter non seulement des sinistrés, les services de secours mais aussi des denrées alimentaires.

  8. 16 octobre 2020. Au bar Edelweiss chez Jacky, à Tende, des habitants se réunissent le soir. Sur l’air de « Bella Ciao », ils trinquent « aux ponts et à la route ». Deux semaines après les intempéries, entre espoir et découragement certains font remarquer que la route « ne tient plus que parce qu’elle est accrochée à la montagne. La vallée, elle est morte pour des années ».

  9. 16 octobre 2020. À Saint-Dalmas-de-Tende, une cargaison de fruits et légumes de trois maraîchers situés en haut de la vallée est chargée sur des wagons, à destination de Saorge.

  10. 16 octobre 2020. Par manque de place dans la salle des fêtes, les denrées alimentaires sont stockées dans le cinéma Le Bego, à Tende.

  11. 28 octobre 2020. 9 000 litres de gasoil par citernes d’un mètre cube viennent d’être livrés à Tende par neuf rotations d’hélicoptère depuis la drop zone de Breil-sur-Roya à 5 minutes de vol. Elles sont vidées dans les cuves de la station-service. Chaque famille a droit à 20 litres par semaine. L’essentiel est réservé aux véhicules de secours et de service. L’essence sans plomb n’est toujours pas disponible. Les conditions de sécurité pour l’acheminer ne sont pas compatibles avec la situation. Des dons de quelques dizaines de litres arrivent sporadiquement par les pistes lors de convoyages.

  12. 29 octobre 2020. La voie de chemin de fer reliant Nice et Breil à Tende est interrompue à moins de 2 kilomètres de la gare de Saint-Dalmas. Un quai provisoire à été aménagé. L’accès à cet unique train aller-retour quotidien avec Breil-sur-Roya s’effectue par une seule porte de la rame. Les travaux de réfection de la voie devraient s’achever à la mi-janvier 2021. Une draisine fonctionne en alternance sur cette voie unique pour acheminer du matériel lourd et des marchandises pour le haut de la vallée.

  13. 31 octobre 2020. Des secours et des habitants du village de Tende sont venus aider Gilles, apiculteur de Viévola à nourrir ses abeilles. Viévola, dernier village avant la frontière italienne, a été sévèrement touché par la tempête Alex. Chacun se répartit des sacs de sucre qui serviront à nourrir les insectes.
    Il faut compter une dizaine de kilomètres de marche dans un paysage sinistré pour arriver au col de Tende où se trouvent les ruches. La route n’est plus qu’un amas de pierres. « C’est un paysage apocalyptique, raconte Sylvain. Les prés, la route, tout a disparu. »
    À l’arrivée, Gilles constate, tristement, que la quasi-totalité de ses abeilles sont mortes : « Il y a quelque chose qui ne va pas, cette mortalité est anormale. »

  14. 31 octobre 2020. Le tunnel du col de Tende, situé à 1 300 m d’altitude et menant à l’Italie, a été anéanti. Il ne devrait pas être accessible avant des années. Mais après de rocambolesques épisodes de doublement et des travaux inachevés, il a probablement connu son épilogue tragique en cette journée du 2 octobre. Une conférence intergourvernementale est prévue le 30 novembre afin de statuer sur son avenir. Les Italiens préconisent de construire un nouveau tunnel plus bas dans la vallée.

  15. 10 novembre 2020. Michel est le gardien de l’hôtel Chamois d’or, aux portes de la vallée des Merveilles qui chaque année accueillait 70 000 visiteurs. Il a décidé avec six autres habitants, de rester coûte que coûte dans le hameau de Casterino malgré l’isolement. Il faut trois heures de marche pour se rendre au village de Tende par le sentier. Il n’y a pas d’autres moyens actuellement pour se rendre dans le bas de la vallée.

  16. 13 novembre 2020. À Tende, nettoyage et façonnage du lit du fleuve pour canaliser le cours d’eau. Seulement deux pelles mécaniques de plus de vingt tonnes en provenance d’Italie sont arrivées ici. Elles ont pu y accéder par la piste de l’Amitié qui culmine à 1 700 mètres d’altitude. En cas de chutes de neige, cette piste est condamnée.

  17. 13 novembre 2020. À Tende, de l’autre coté de la voie ferrée, c’est le train italien en provenance de Cuneo qui achemine une cinquantaine d’élèves au collège Jean-Baptiste-Rusca, à Saint-Dalmas-de-Tende. Les horaires de l’établissement ont été aménagés en fonction du seul aller-retour de ce moyen de transport. Les cours commencent à 10 h 30 et se terminent à 18 h 30. Le mercredi matin est désormais chômé, les élèves ne pouvant rentrer chez eux qu’en fin de journée.

  18. 14 novembre 2020. Dans la salle du Temps libre transformée en poste de secours, cinq coiffeuses de salons de Menton et de Roquebrune-Cap-Martin offrent une journée aux habitants de Tende. 70 personnes ont pu bénéficier de ce service gracieusement.

  19. 15 novembre 2020. Depuis début novembre, l’eau courante est disponible sans restriction horaire à Tende. L’eau potable l’est aussi depuis le 14 novembre. Ces tuyaux, pesant 250 kg chacun, viennent remplacer l’installation provisoire apparente réalisée en PVC entre la source située au hameau de Viévola et le village de Tende. En cas de températures très basses (fréquentes en hiver à cette altitude), l’installation provisoire risquait de geler.

  20. 15 novembre 2020. Six semaines après le passage de la tempête Alex, la situation reste compliquée à Tende. Et s’y ajoutent les mesures sanitaires liées au Covid. Le maire de Tende a demandé au préfet des Alpes-Maritimes d’assouplir le confinement pour permettre aux habitants et aux bénévoles de continuer la reconstruction. La police municipale et la gendarmerie sont aussi plus souples sur les règles. Mais les habitants sont inquiets avec l’arrivée de l’hiver. « On avait tout à Tende : cinq toubibs, une crèche, un cinéma avec deux séances par semaine, une piscine chauffée que même les Italiens y venaient. On était bien. Et c’était mon dernier mandat. Je n’avais plus qu’à tout saupoudrer de sucre glace et mettre des petites cerises », se désole le maire Jean-Pierre Vassallo.

    Lire aussi sur Mediapart :

Voir tous les portfolios

Pas de mobilisation sans confiance
Pas de confiance sans vérité
Soutenez-nous