Pologne: des femmes déterminées face au pouvoir réactionnaire

Par Amélie Poinssot

Le PiS (Droit et Justice) au pouvoir en Pologne a tenté début octobre d’interdire complètement l’avortement. Après un premier recul face à la mobilisation de milliers de personnes, dont 30 000 à Varsovie le 3 octobre, il ne lâche pas le dossier. À la veille d'une nouvelle journée de manifestations, rencontre avec des femmes en colère, qui pour certaines s’habillent désormais en noir en guise de protestation.

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  1. Bożena Przyłuska, cadre dans une entreprise, 40 ans.

    « Je suis l’une des organisatrices des manifestations contre l’interdiction totale de l’avortement. Je le fais à titre personnel, pas pour le compte d’une organisation. Je ne fais pas partie du milieu féministe polonais qui, durant des années, n’arrivait pas à rassembler. C’est en tant que mère de deux adolescents que j’ai commencé à prendre conscience du poids de l’Église dans ma vie : l’année dernière, constatant qu’il était difficile d’échapper aux cours de religion à l’école, j’ai créé un mouvement pour une école laïque. Très vite, j’ai été suivie par d’autres parents d’élèves… Je ne voulais pas m’arrêter à ce premier succès. J’ai commencé alors à me mobiliser pour le droit à l’avortement. Ce lundi 24 octobre, pour la prochaine manifestation, je vais parler devant l’une des églises de Varsovie : nous organisons une “conférence épiscopale des femmes”. Mon discours portera sur ce que veut dire défendre la vie des femmes dans le monde contemporain. Malgré le retrait du premier projet d'interdiction totale de l'avortement, le gouvernement ne va pas lâcher : l’Église a fait campagne pour lui, il doit payer sa dette. Or il n’a rien d’autre que nos droits pour le faire. Ce qui caractérise la situation actuelle, c’est le mépris de nos dirigeants. Ils veulent décider pour nous, dans ce qui est une affaire très personnelle. Ces dernières années, la Pologne a connu de grands succès matériels mais ça n’a pas suivi sur le plan démocratique : les pratiques mafieuses dominent dans les partis et les électeurs ne sont jamais écoutés. Il faut peut-être avoir atteint le fond pour grandir enfin. »

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