Ce que migrer veut dire

Qu'est-ce que s'exiler ? Comment appréhender l'expérience migratoire ? Réponses des historiens Anouche Kunth, spécialiste de la question arménienne, et Yann Scioldo-Zürcher, familier des rapatriés d'Algérie. Les rapatriés permirent à la République française d'acquérir un savoir-faire qui pourrait aujourd'hui servir, s'il y avait une volonté politique…

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Penser l'expérience migratoire
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Et si les fêtes étaient faites pour se décentrer, en dehors du simple cercle familial ou amical ? Tel est le pari engagé par l’échange de la vidéo ci-dessus, organisé avec notre partenaire habituel, le CHS (Centre d’histoire sociale du XXe siècle : voir ci-dessous en “Boîte noire”). Nous avons interrogé deux historiens des migrations contemporaines, Anouche Kunth, et Yann Scioldo-Zürcher, membres du laboratoire Migrinter (Migrations internationales, espaces et sociétés), sis à Poitiers – comme de bien entendu

Introduit par l’antépénultième strophe du Cygne de Charles Baudelaire (« Je pense à la négresse, amaigrie et phtisique… »), le débat examine d’emblée les différentes dénominations possibles, à partir d’une liste de termes que cite Alexis Nouss dans La Condition de l’exilé (collection “Interventions”, éditions de la Maison des sciences de l’homme).

À 3'00, Yann Scioldo-Zürcher revient sur la notion de rapatrié, qui gomme l’expérience migratoire pouvant être douloureuse après parfois plusieurs générations d’absence. Le chercheur rappelle (4'30) la différence « très clairement juridique » entre migrant et réfugié.

Anouche Kunth rappelle (6'30) comment, dans le cas des Arméniens dans l’Empire ottoman, on est passé d’un processus de marginalisation à un processus génocidaire, avec son lot de déportations vidant l’Anatolie : les survivants ne perdent d’abord pas l’espoir de rentrer avant de se projeter autrement (9'30) dans un espace à l’échelle planétaire – en une instabilité turbulente qui va se stabilisant (12'30).

Yann Scioldo-Zürcher rappelle comment en France, entre le printemps et l’automne 1962, l’État accueille, régule, sédentarise et réinstalle 600 000 personnes : les rapatriés d’Algérie (14'30), dont le chercheur rappelle les différents statuts dans un territoire colonial formant trois départements français (16'30), s’arrêtant sur le cas des harkis (17'45). L’État considère qu’il faut « se protéger » de ces individus pour des raisons politiques, militaires et religieuses (19'00). Évocation des camps dits d’accueil mais de relégation – temporaire –, dont celui de Bourg-Lastic, dans le Puy-de-Dôme (20'30).

Anouche Kunth rappelle comment les Arméniens, à Marseille ou ailleurs en France, furent considérés d’abord comme des Orientaux, avec tous les stéréotypes le plus souvent négatifs que cela supposait (23'30). Les archives font état d’une vague d’inquiétude, tempérée par quelques gestes philanthropiques, que l’historienne oppose à l’accueil bienveillant réservé aux Russes fuyant la révolution après 1917 (26'00).

À 27'30 : y a-t-il un « savoir migratoire » ? Assurément chez les élites, qui déjà circulaient et pratiquaient différentes langues. Les populations ayant moins d’atouts connaissaient de très fortes situations de contraintes, ayant nécessité des politiques publiques et la création du statut d’apatride (30'30), analyse Anouche Kunth. Elle évoque néanmoins les stratégies mises en place par des migrants à même de trouver bien des ressources possibles dans le déplacement forcé.

De son côté, Yann Scioldo-Zürcher, à propos des rapatriés d’Algérie, estime que s’il y eut savoir et apprentissage, ce fut de la part de l’État, qui mit en place une politique d’intégration immédiate de migrants, qui devrait nous faire réfléchir aujourd’hui (33'00). 900 lois furent promulguées entre le début des années 1960 et la fin des années 1990 : « L’État a su apprendre comment intégrer des migrants, en y mettant des moyens – financiers ou administratifs – considérables. L’État est-il capable d’un tel effort, politique, pour des migrants qui arrivent mais ne sont pas de nationalité française ? S’il décide que oui, il sait le faire. »

À consulter, sous l'onglet “Prolonger”, les précédentes séances organisées avec le Centre d'histoire sociale du XXe siècle (CHS).

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