Fanny Chiarello, d'autres voix que la sienne

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Fanny Chiarello est fascinée par les fins et les disparitions. Après L'Éternité n'est pas si longue, elle publie Une faiblesse de Carlotta Delmont, art de la fugue et cartographie de ses « paysages mentaux habituels ».

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« Quoi de plus romanesque qu’une diva sur un paquebot ? » : c’est par cette parenthèse discrète, sous une photographie de Geraldine Farrar, que Fanny Chiarello annonçait sur son blog, en mai dernier, la parution de son prochain roman, Une faiblesse de Carlotta Delmont.

Quoi de plus romanesque que la trajectoire brisée de Carlotta Delmont, diva des années folles qui se rêvait Mimi de Montparnasse ? Que la vie d’une femme qui aspira à ne jamais se laisser enfermer dans un carcan, coupant ses cheveux, refusant tout engagement, sinon scénique, forçant sa nature pour changer de tessiture ? « La soprano que vous connaissez n'est autre, à l'origine qu'une mezzo-soprano ; mais la mezzo-soprano se rêvait prima donna au point de forcer sa voix dès le plus jeune âge. Ce faisant, comme certaines Chinoises se bandent les pieds pour les empêcher de grandir, Carlotta Delmont allait contre la nature. Elle ne pourra sans doute pas chanter longtemps ces grands rôles de femmes écorchées, amoureuses légendaires et vénéneuses, pour lesquels elle a sacrifié sa tessiture naturelle, elle le sait. Mais devant quel sacrifice reculeraient les personnages qu'elle incarne avec une étourdissante vérité, ces femmes qui par amour peuvent tuer et se tuer ? »

Lorsque le lecteur la découvre, en avril 1927, Carlotta Delmont est aphone et, pour elle, « ne pas chanter (...) c’est comme ne respirer qu’à moitié ». La cantatrice américaine est en proie à une « suffocante mélancolie » dans sa chambre luxueuse du Ritz, perplexe face à ce qui « se joue » en elle. Peu de temps après, Le Petit Journal annonce sa disparition. Un avis de recherche est placardé dans Paris, sans trop d'espoir « à moins qu’elle n’ait revêtu son costume complet de Norma avant de disparaître ».

Mais qui est la femme sous les atours d'opéra, la « couronne de lauriers », « la robe blanche à l’immense traîne liserée de motifs étrusques », le maquillage qui « attirerait votre regard à des centaines de mètres » ? C’est cette identité sous les rôles de composition qu’interroge le roman, une fascination pour la fuite et la disparition dans ce qu’elles révèlent d’un tropisme du désir : s’échapper comme de se trouver.

Surexposée, traquée, la diva veut (re)devenir une femme, aimer, vivre. Elle s’offre une parenthèse enchantée qui causera sa perte, sans doute. Mais la liberté n’est-elle pas à ce prix ? En croisant témoignages, lettres, coupures de journaux, poèmes, télégrammes, le roman part à la recherche de Carlotta.

Fanny Chiarello : inspiration - opéra © Mediapart

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