Gauche prolétarienne : Olivier Rolin s'explique sur le "noyautage" par la DST

Par
Après la publication par Mediapart de deux témoignages d’anciens agents de la DST et des RG sur l’infiltration de la Gauche prolétarienne de 1969 à 1973, son ancien chef militaire, l’écrivain Olivier Rolin, conteste vivement leurs «visions policières de l’histoire». Il s'explique sur ce que furent alors les actions de l'organisation maoïste.

La lecture des articles est réservée aux abonnés.

Dans des entretiens publiés par Mediapart, deux anciens agents, l'un de la DST et l'autre des RG, viennent de révéler comment et pourquoi leurs services avaient infiltré la Gauche prolétarienne. Après la parution récente du livre de son fils David, L'Arme à gauche (éditions Flammarion), Dominique Defendi a ainsi évoqué pour la première fois publiquement son passage à la DST et sa mission d'infiltration et de manipulation de l'organisation maoïste. Un récit complété par celui d'un ancien inspecteur des RG, également interrogé par Mediapart.
Ancien chef de la branche armée de la Gauche prolétarienne (la Nouvelle Résistance populaire), l'écrivain Olivier Rolin revient à son tour sur cette époque, et conteste vivement ce qu'il considère comme des « visions policières de l'histoire ».

Les deux entretiens publiés par Mediapart vous ont-ils appris quelque chose ?

Le fait précis que révèle, paraît-il, le livre de Defendi (que je n'ai pas encore lu) sur l'infiltration de la Gauche prolétarienne par la DST en la personne de Denis Mercier, je ne le connaissais pas. Mais ce n'est pas non plus vraiment une surprise, je m'étais bien sûr imaginé que ce genre de choses avait pu advenir, j'imagine que ça arrive dans l'histoire de toutes les organisations politiques subversives. Comme je n'ai pas été surpris lorsque nous avons appris en 1981 que Joseph T. était un indic des RG. Je n'étais pas très proche de lui, comme le note d'ailleurs l'ancien de la DST dans l'entretien à Mediapart. Ça ne me bouleverse donc pas vraiment.
Quand on apprit, en 1981, que Joseph était une balance, on s'est réuni à quelques-uns et on s'est demandé si on allait faire quelque chose. Pas le tuer bien entendu (rires). Mais lui faire peur, lui faire passer un message un peu raide. Et puis on a décidé que non. Rétrospectivement, je pense qu'on aurait dû quand même lui faire savoir qu'on savait. Je l'ai fait apparaître dans mon roman Tigre en papier sous le nom de Gustave, un personnage absolument déplorable. Dans mon souvenir, c'était un obsédé du cul, mais du cul graveleux, sordide. C'est lui le grand inspirateur, si le mot convient, de l'histoire de Bruay-en-Artois, qui est quand même ce qu'on a fait de plus honteux. Il voulait que j'aille cravater le notaire. Ce que je n'ai heureusement pas fait.