Jonathan Safran Foer, son nombril et le monde

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Jonathan Safran Foer était apparu en 2002 comme un nouveau prodige de la scène littéraire américaine – et donc mondiale. Après 11 années sans roman, il revient avec un récit opportunément intitulé Me voici. Ou comment prétendre parler du monde pour mieux parler de soi.

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« Me voici », c’est ce que déclare Abraham dans la Genèse : le patriarche se tient prêt, il répond à l’appel de Dieu qui lui ordonne de sacrifier son fils Isaac. La formule résonne tout le long du roman, jusqu’aux derniers mots, ceux du héros, Jacob, qui annonce à son tour : « Je suis prêt. » Mais il faut croire que la tragédie n’est plus ce qu’elle était, pour qui vit très confortablement sur la côte Est des Etats-Unis, comme le personnage principal, jeune écrivain à succès : l’enjeu du livre est d’arriver à ce que Jacob et sa femme Julia se séparent, sans faire trop souffrir leur progéniture. Tout cela est très tendre, très bienveillant, plein de mélancolie, d’humour exquis et d’enfants merveilleusement intelligents. Il y aura quand même du sang – mais pas dans le joli petit intérieur de la famille Bloch, un peu plus loin, un peu trop loin pour que cela affecte vraiment nos gentils héros.