Maurizio Pollini en maître du chant et des songes

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Le pianiste Maurizio Pollini, à la Philharmonie de Paris, donna l’un des plus beaux concerts de l’année : le programme ambitieux, les risques osés de bout en bout, la musicalité totale sous des doigts parfois un rien amoindris – à rebours de la perfection technique totale masquant une musicalité souvent défaillante qu’infligent tant de récitals… Le critique Alain Lompech a écrit un compte-rendu nous offrant en partage culturel cette expérience fabuleuse du 9 octobre au soir.

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Maurizio Pollini entre en scène comme à son habitude, d’un pas rapide, le dos légèrement voûté, souriant mais tendu. Il salue. À peine est-il assis devant le piano qu’il se lance dans l’Arabesque de Schumann. Surprise d’entendre un chant dru, plein, dense, sombre s’échapper de l’instrument par nappes qui se déploient dans l’acoustique généreuse de la Philharmonie pleine à ras bord. L’opus 18, d’un coup, change de visage : elle est moins lumineuse, moins charmante, plus sombre, plus introvertie et tourmentée, sa mélodie n’est plus portée par l’accompagnement, mais elle naît de l’harmonie, un peu comme Chopin le fait dans sa Première étude op. 25. Tout à l’heure, quand le thème reviendra après la partie centrale plus agitée, Pollini fera sonner plus clair le chant, en timbrant plus nettement chaque note pour nous conduire vers cette fin si poétique qu’il a bien raison de jouer en respectant le soudain forte demandé par Schumann. Pour un peu, on ajouterait presque l’Arabesque ainsi jouée aux Kreisleriana qui la suivent.