En finir avec l’illusion boréale

Par Lionel Cordier

Le Grand Nord est un objet de fantasmes prisé des écrivains comme des politiciens, représenté à cheval entre réel et imaginaire, investi par une nature extraordinaire et animé par des cultures scandinaves pensées comme supérieures. Le « mythe boréaliste » est ainsi régulièrement mobilisé par l’extrême droite européenne afin de justifier ses délires racialisants. Une enquête de la Revue du Crieur, dont le no14 vient de paraître.

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C’est du Nord aujourd’hui que nous vient la lumière.» Lorsque Voltaire dédie cet alexandrin à la gouvernance éclairée de Catherine II en 1771, a-t-il conscience qu’il offre ainsi la plus belle synthèse du regard que va porter l’Europe sur ses contrées nordiques durant les deux siècles suivants? Obsession de la pureté, retour aux racines de l’humanité, utopies égalitaristes et écologistes, le nord du continent a été progressivement investi par les attentes et les espoirs de tout un ensemble d’administrateurs européens. Du projet nazi au modèle social-démocrate, des théories raciales aux grands classements des Nations unies, les pays nordiques restent placés au pinacle de l’accomplissement politique, de ce qu’une société devrait attendre d’elle-même et ce, malgré le passage des gouvernements et la flétrissure des idéologies.