Sur les chemins de traverse avec l'écrivain et journaliste Joseph Mitchell

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Alors que nos vies n’ont jamais été aussi soumises aux impératifs de rentabilité imposés par un capitalisme moderne, lire Joseph Mitchell permet de retrouver des chemins de traverse, de ceux qui rappellent que le vagabondage, la dépense improductive ne sont pas de simples ornements pour esthètes désabusés, mais des forces à portée de main.

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Jusqu’à sa mort, en 1996, Joseph Mitchell se rendait chaque jour ou presque au New Yorker, revue pour laquelle il avait commencé à écrire en 1939. Mais « durant les trois dernières décennies de son existence, il n’a écrit aucun mot que quiconque aurait pu voir », explique un journaliste dans un hommage qui paraît à son décès. « Chaque matin, il sortait de l’ascenseur avec un air préoccupé, (…) il émergeait de son bureau à l’heure du déjeuner (…) et quand arrivait la fin de la journée, il rentrait chez lui. Parfois, dans l’ascenseur du soir, je l’entendais pousser un léger soupir », relate un collègue. Il arrivait que parvienne de derrière sa porte le cliquetis d’une machine à écrire – mais aucun texte ne paraissait. Durant ces trente années, le New Yorker continua de verser fidèlement une rémunération substantielle à son journaliste consciencieux mais silencieux. Joseph Mitchell était devenu un personnage de ses propres récits.