Cachez ce Larry Clark que la jeunesse ne doit pas voir!

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Les adolescents ne verront pas la grande rétrospective du photographe et réalisateur Larry Clark, qui débute le 8 octobre au Musée d'art moderne de la Ville de Paris. Elle est interdite aux moins de 18 ans. Sexe, drogue, armes: il faut cacher tout cela.

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Les adolescents ne verront pas la grande rétrospective du photographe et réalisateur Larry Clark, qui ouvrira ses portes le 8 octobre au Musée d'art moderne de la Ville de Paris. L'information est désormais officielle: les moins de 18 ans seront personæ non gratæ au musée, sauf pour les plus malins d'entre eux qui sauront déjouer la surveillance des gardiens chargés pour l'occasion de vérifier les cartes d'identité.

Il fallait s'y attendre: du haut de ses 67 ans, Larry Clark est coutumier de la censure. On irait même jusqu'à penser qu'un bon Larry Clark est un Larry Clark censuré.

Référence incontournable de l'histoire de la photographie made in USA, l'artiste est également réputé pour ses nombreux passages derrière la caméra. De sa première monographie Tulsa en 1971, en passant par ses nombreux longs métrages qu'il réalise depuis 1995, Larry Clark est devenu le témoin clef des excès de l'adolescence. Sexe, drogue, armes: un véritable cocktail Molotov lancé au visage du spectateur qui assiste – passif – à la révolte et aux maux d'une génération qu'il ne comprend plus. «La jeunesse, c'était mieux avant», penseront certains.

Courtesy of the artist. Luhring Augustine, New York and Simon Lee Gallery, Courtesy of the artist. Luhring Augustine, New York and Simon Lee Gallery,

C'est ainsi qu'à plusieurs reprises ses films fondés sur la vie de jeunes bravant les interdits connaîtront une diffusion limitée: Bully sera interdit au moins de seize ans, idem pour Another day in paradise ou Ken Park. Kids, censuré aux Etats-Unis, ne sera interdit en France qu'aux moins de 12 ans. Destricted, regroupant sept courts métrages faisant se rencontrer l'art et le sexe, sera interdit aux moins de 18 ans.
Si la censure au cinéma est monnaie courante pour certains types de films, la fermeture des portes d'un musée aux mineurs est plus inhabituelle. On se souvient simplement de l'exposition L'Enfer présenté par la BNF, interdite aux moins de 16 ans.

Comment un musée public peut-il exposer des œuvres sensibles, sans dénaturer le travail de l'artiste, tout en évitant la polémique? C'est le second apport de cette exposition, outre la richesse de sa programmation (y seront présentés deux cents tirages d'origine, pour la plupart inédits).
La polémique, c'est elle que la Ville de Paris souhaite neutraliser, en la devançant. La décision d'interdire l'accès de l'exposition aux mineurs a été prise il y a plusieurs mois, après consultation de services juridiques, sur le fondement de la loi du 5 mars 2007 sur la protection de l'enfance. Et c'est ainsi que l'œuvre la plus aboutie sur l'adolescence sera interdite... aux adolescents!

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Pour mieux comprendre la problématique posée par cette exposition, j'ai contacté par téléphone Kamel Mennour (galeriste parisien de Larry Clark), Marine Le Bris (attachée de presse de l'exposition au Musée d'art moderne de la Ville de Paris), et Alix Vic Dupont (service presse de la mairie de Paris).J'ai souhaité interroger Henry-Claude Cousseau (actuel directeur de l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris, mis en examen dans l'affaire «Présumés innocents»). Il n'a pas souhaité répondre favorablement à ma demande pour des raisons «d'agenda».

 

Dans un article du Monde, Stéphanie Moisdon -mise en examen à propos de l'expo Présumés Innocents- apporte une précision à mon article: "Après une ordonnance de non-lieu, l'organisation La Mouette a décidé de pourvoir en cassation et rien à ce jour n'indique que la procédure ne puisse aboutir."