Django Reinhardt, concerto pour une main gauche

Par et

Django Reinhardt aurait eu 100 ans samedi 23 janvier. Le temps est passé mais la musiquedu manouche de Liberchies (Belgique) n'a jamais cessé de plaire. Evocation en forme d'hommage ému. Des images, quelques mots, beaucoup de musique.

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Commençons par la fin. Django Reinhardt a disparu le 16 mai 1953, emporté par une congestion cérébrale alors qu'il était attablé à la terrasse d'un bistrot de Samois (Seine-et-Marne) où il attendait son café au lait (ou un anis). Revenait-il d'une partie de pêche ou de Bois-le-Roi par la forêt? Il avait l'air fatigué, dit-on. Le temps était à l'orage. Des éclairs pour accompagner la fin d'un génie. Le plus grand guitariste de l'histoire du jazz venait de mourir. Place à la légende et à la littérature. Marc-Edouard Nabe, écrivain, dessinateur, guitariste, fils de saxophoniste, dit: «Django Reinhardt est un nuage. Il est passé au-dessus du monde. Bien ouaté, tout en vapeur d'amour, il flotte dans le ciel inquiet, pour toujours.»

 

Liberchies (Belgique). La prairie où Django Reinhardt est né. © photo DR Liberchies (Belgique). La prairie où Django Reinhardt est né. © photo DR
Samedi 23 janvier, il s'agit de fêter les 100 ans que Django Reinhardt n'aura jamais. On jouera de la guitare à Samois, où il est mort, à Paris, où il est devenu si grand, à Liberchies (Hainaut, Belgique), où il est né. Comme il est venu au monde dans une caravane, lui le manouche, on n'a pas trouvé de mur pour sceller la stèle rappelant l'événement alors on l'a fixée sur un pieu fiché dans la prairie wallonne. Un panneau indicateur pour mémoire et un gros bloc de granit pour monument: «A Django. 1910-53. Liberchies». Un peu court? Après tout peu importe, les Reinhardt n'étaient que de passage, toujours ailleurs. Les Ardennes. Porte de Choisy (Paris, XIIIe). L'Italie. L'Algérie. Porte d'Italie (Paris, XIIIe). Etc., etc., etc.

Il aura manqué 57 ans à Django Reinhardt pour devenir centenaire. Il lui en aura fallu beaucoup moins pour devenir immortel. Mais d'abord, roder le métier. Quelques années passées à taquiner un banjo de fortune sur les flancs de la Montagne Sainte-Geneviève (Paris, Ve) ou dans les abords de La Villette (Paris, XIXe) pour le plus grand profit des accordéonistes bougnats — café, bois, charbon et valse musette. Derrière eux, il assure la pompe. Chez les guitaristes, on dit «ramoner». Pas sûr qu'on l'entende. Pas sûr qu'on le voit. Pas sûr que tout ça lui plaise. De fait, ça ne lui plaît pas. Il aime les beaux costumes, les Borsalino, les applaudissements et la lumière. Il veut jouer mais seul devant les autres.

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Pour célébrer le 100e anniversaire de la naissance de Django Reinhardt. Nous avons décidé de tourner une vidéo illustrant le texte magnifique de Marc-Edouard Nabe (Nuage, Le Dilettante 1993 puis 2009), racontant le dernier voyage du guitariste manouche, superbement mis en musique par Dominique Cravic et ses Primitifs du futur (dont Pierre Barouh, lecteur pour l'occasion) sous le titre La dernière rumba de Django (album Tribal musette, Universal 2008). Ils nous ont autorisé à utiliser leur création tout en nous demandant de rappeler que ni Django Reinhardt, ni Stéphane Grappelli n'ont jamais interprété cette musique contrairement à ce que notre montrage pourrait laisser croire. Qu'ils soient ici sincèrement remerciés de leur confiance. Direction la Seine-et-Marne, Bois-le-Roi et Samois-sur-Seine, mardi 19 janvier. La gare, la forêt, les bords de Seine. Ciel bas. Au cimétière nous n'avons pas filmé la tombe de Django Reinhardt. Mercredi 20 janvier, nous avons rencontré François Charle, luthier, auteur d'une monumentale et unique monographie de la légendaire guitare Selmer, au cœur de son échoppe de la galerie Véro-Dodat (Paris, Ier). Jeudi 21 janvier, nous avons interviewé Sébastien Vidal, directeur des programmes de TSF Jazz et directeur artistique du Festival Django Reinhardt de Samois-sur-Seine. Merci à eux de leur disponibilité et de leur chaleur. Vendredi 22 janvier, Vincent Truffy a achevé le montage et le mixage. Samedi 23 janvier, le jour de ce 100e anniversaire, j'ai mis la dernière main au texte. M. D.