La mort de Jean-Marc Roberts

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Jean-Marc Roberts est mort d'un cancer du poumon le 25 mars à l'âge de 58 ans. Cet écrivain s'était fait rare, cet éditeur au cœur du système se voulait à part : doué, invivable et attendrissant.

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À l'heure du trépas de Jean-Marc Roberts (3 mai 1954 - 25 mars 2013), disparu au dernier jour du Salon du livre, comme pour un ultime clin d'œil potache et sémiotique, voici un moment de musique, bref, unique. En juillet 2002, pour le dixième anniversaire du festival de Verbier, dans le Valais suisse, la pianiste Marta Argerich, qui lutte avec vaillance contre divers cancers, avait réuni trois confrères du clavier (Evgeny Kissin – qui a quelque chose de Roberts jeune –, James Levine, Mikhail Pletnev), accompagnés de cordes fabuleuses (de Sarah Chang à Gidon Kremer en passant par Vadim Repin ou Renaud Capuçon...), histoire d'interpréter le concerto pour quatre pianos BWV 1065 de Jean-Sébastien Bach. Cet extrait du mouvement lent devient ici le “Tombeau” de Jean-Marc Roberts.

Il était sans doute difficile de travailler sous les ordres de Jean-Marc Roberts, tant sa passion de la littérature le rendait fantasque voire autoritaire. Et pourtant, à en croire le livre magnifique de Marie Billetdoux, C'est encore moi qui vous écris (Stock, 2010), cet homme était l'ultime éditeur d'une grande maison (Stock, adossé au groupe Hachette) à lire les auteurs plutôt que leurs courbes de ventes, à travailler leurs textes plutôt que de les flatter quant à tel passage sur tel petit écran, à aimer l'imprimé, follement, au point de vouer le numérique aux gémonies !