L'économiste Liêm Hoang Ngoc: faire autrement pour sauver la Grèce

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Les chefs d'Etat réunis jeudi à Bruxelles sont tombés d'accord pour aider la Grèce au bord de la faillite. A condition que celle-ci s'engage à «assainir» un peu plus ses finances. Mais le débat sur l'opportunité de prêts bilatéraux à Athènes semble être reporté au début de semaine prochaine. Dans un entretien à Mediapart, l'économiste et eurodéputé socialiste Liêm Hoang Ngoc plaide plutôt, de son côté, pour une intervention directe de la Banque centrale européenne, pour racheter des bons du Trésor. Et prend ses distances avec les discours alarmistes sur les déficits publics en Europe: «Les agences de notation et les marchés surévaluent les risques.»

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Les dirigeants européens ont apporté, jeudi 11 février, leur soutien à la Grèce, minée par sa dette (112% de son Produit intérieur brut) et objet, depuis quelques semaines, d'attaques spéculatives sur les marchés. Le conseil européen informel a débouché sur une déclaration de principe: «Les Etats membres de la zone euro prendront des mesures déterminées et coordonnées, si nécessaire, pour préserver la stabilité financière de la zone euro dans son ensemble», a affirmé Herman Van Rompuy, le président du conseil, dont c'était le baptême du feu sur la scène européenne. Angela Merkel, la chancelière allemande, a assuré que l'Union n'allait pas «laisser tomber la Grèce».
Ce soutien européen est soumis à une condition: Athènes devra, de son côté, respecter à la lettre son ambitieux plan d'austérité (gel des effectifs des fonctionnaires, suppressions d'abattements fiscaux, blocage des salaires de la fonction publique, etc). Surtout, la décision sur les modalités de ce soutien a été reportée au début de semaine prochaine. Prêts bilatéraux à Athènes, achats d'obligations grecques par des banques publiques de la zone euro, mise en place d'un fonds de rachat communautaire, etc: différents scénarios continuent de circuler, et il reviendra aux ministres des Finances de la zone euro de trancher en début de semaine. En fait, les Européens butent sur un obstacle de taille: l'article 123 du traité de Lisbonne, qui interdit à un Etat membre de venir en aide à un autre, mais aussi à la Banque centrale européenne (BCE) d'intervenir.
Pour justifier l'absence de mesures concrètes d'aide à Athènes, Nicolas Sarkozy a précisé que «la Grèce n'a pas demandé d'aide financière», ajoutant que les modalités de soutien seront dévoilées «en fonction des événements». En l'absence de précisions sur les modalités d'aide, les marchés sont restés nerveux toute l'après-midi. A Paris, le CAC 40 a terminé en repli de 0,52%. Du côté des changes, l'euro perdait 0,52% contre le dollar jeudi vers 19 heures (heure française).