EDF: le travail de sape de Matignon

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Matignon a annoncé ce mardi une réforme du marché de l'électricité français à partir du 1er juillet 2010. Pour mettre un terme au contentieux avec Bruxelles, les fournisseurs privés d'électricité pourront bénéficier à prix coûtant de la production nucléaire d'EDF, afin de renforcer la concurrence. La complexité technique liée aux questions du marché électrique risque d'occulter le débat politique: il s'agit rien de moins de la remise en cause d'EDF en tant que service public payé pendant des décennies par les Français. La Bourse ne s'y est pas trompée: l'annonce de Matignon a été saluée par une envolée du cours d'EDF, les marchés pariant sur le fait que la rente nucléaire deviendra bientôt financière. Parti pris.

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La complexité technique risque d'occulter le débat politique. Pourtant, ce que le gouvernement prépare n'est rien de moins que l'affaiblissement voire le démantèlement d'EDF. Sans discussion préalable, sans débat public, Matignon vient d'annoncer ce mardi 15 septembre une grande réforme du marché de l'électricité, qu'il souhaite voir mise en œuvre dès le 1er juillet 2010. Le projet doit être discuté au préalable au parlement, mais le gouvernement a déjà donné toutes les orientations.
Reprenant les conclusions du rapport Champsaur remis au printemps qui visait à préparer le terrain, le projet de Matignon prévoit la fin des tarifs réglementés pour les grands clients à partir de 2015, mais leur maintien pour les particuliers et les petites entreprises. Une façon de rassurer une opinion publique et des parlementaires de plus en plus inquiets sur l'évolution des prix et sur le maintien des services publics.
Ces assurances, cependant, risquent de se révéler des faux semblants. Car en parallèle, le projet gouvernemental, reprenant les recommandations du rapport Champsaur, prévoit que tous les fournisseurs d'électricité en France pourront s'approvisionner auprès d'EDF. En clair, les électriciens privés, qui n'ont consenti aucun investissement, pourront bénéficier des efforts financiers qu'ont consentis les Français depuis trois décennies et auront leur part de la rente nucléaire.
Cette grande idée s'impose, selon le gouvernement, pour mettre un terme aux contentieux entre la France et Bruxelles. Depuis des années, EDF est une des bêtes noires de la Commission européenne. Ce monopole public, capable de produire de l'électricité à un des prix les moins élevés d'Europe, est une hérésie par rapport à sa vision de la concurrence. Au nom de la libéralisation du marché de l'énergie donc, la commission européenne ne cesse d'exiger de nouvelles concessions de la part d'EDF. Il y a d'abord eu l'ouverture du marché français. Pour donner le change, EDF a soutenu certains petits acteurs comme Poweo. Il a renoncé à tout projet de rapprochement avec GDF, comme Bruxelles le lui avait interdit, alors que l'allemand E.ON en position aussi dominante en Allemagne a obtenu de racheter le distributeur historique Ruhrgaz, l'équivalent de GDF.
Mais tout cela ne suffit pas aux yeux de la Commission. Pour elle, la concurrence est insuffisante sur le marché de l'électricité. Les concurrents n'arrivant pas à s'implanter sur le marché français compte tenu de l'avantage historique dont dispose EDF – curieusement, GDF qui est dans la même situation ne se voit plus adresser ce genre de reproches depuis sa privatisation – du fait de la rente nucléaire. Il fallait donc casser cela.

Sous inspiration bruxelloise