Caisses d'épargne: un «scandale» français bientôt sanctionné par l'Elysée

Par
Du Canada, Nicolas Sarkozy a vivement critiqué la direction de la Caisse nationale des Caisses d'épargne, après l'annonce d'une perte de 600 millions d'euros ces derniers jours sur les marchés financiers. «C'est suffisant pour que les responsables sachent en tirer les conséquences», a notamment dit le chef de l'Etat. Le Financial Times fait sa "une", samedi 18 octobre, avec ce qu'il qualifie de «scandale». Le socialiste François Hollande demande des sanctions.
Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

La nouvelle affaire des Caisses d'épargne, qui ont perdu près de 600 millions d'euros sur les marchés financiers dans le courant du mois d'octobre, prend de l'ampleur. Du Canada, où il poursuit son voyage officiel, Nicolas Sarkozy a en effet vivement critiqué le comportement de l'établissement et a invité sa direction à tirer les conséquences de ces actes.

 

«Mon sentiment, c'est que ce n'est pas acceptable, a déclaré le président de la République, cité par l'agence Associated Press. Tout ceci montre l'inconséquence de l'absence de prise de responsabilités», a-t-il jugé, avant de déclarer que «640 millions de perdus, c'est suffisant pour les responsables sachent en tirer les conséquences».

 

Quelques heures auparavant, interrogée par France 2, la ministre de l'économie, Christine Lagarde, avait pour sa part déclarée être «vraiment, vraiment en colère» alors que «tout le gouvernement actuellement est mobilisé pour prendre des mesures fortes, des mesures lourdes pour essayer de faire tourner l'économie». Cet événement «n'arrive pas au meilleur moment», alors que le gouvernement vient de mettre au point un vaste plan de soutien au secteur bancaire, d'un montant de 360 milliards d'euros, avait-elle ajouté.

 

Ces propos suggèrent donc que le gouvernement a brutalement changé de position à l'encontre des Caisses d'épargne. Au cours des derniers mois, de nombreuses alertes ont suggéré que la Caisse nationale des caisses d'épargne (CNCE), autrefois symbole de l'économie sociale à la française au travers du livret A, était l'un de ceux qui s'étaient le plus exposé à la crise financière venue des Etats-Unis. La longue enquête de Mediapart fin janvier-début février (elles peuvent être retrouvées dans l'onglet Prolonger), qui nous a valu une cascade de mises en examen (voir l'article joint), l'établissait clairement. D'autres enquêtes plus récentes, comme celles du Carnard enchaîné de la semaine passée, ou du magazine Challenges, cette semaine, sont venus le confirmer.

 

Dans un très intéressant article, Challenges rapporte un fait étonnant: alors que les Banques populaires et la CNCE sont actionnaires tous les deux à hauteur de 34,5% dans Natixis, cette prise de participation n'est pas valorisée de la même façon dans les comptes des deux groupes: «Dans les comptes du holding, les 34,5% de Natixis sont valorisés 8 milliards d'euros, quand le même niveau de participation est inscrit pour 3 milliards d'euros dans les livres des Banques populaires

 

Mais jusque-là, la ministre des finances, qui a un pouvoir d'agrément pour la nomination du président du directoire de la CNCE, s'était gardée de formuler des critiques sur la gouvernance de la CNCE. Tout juste le gouvernement – et surtout l'Elysée – sont-ils intervenus en coulisse pour accélérer la fusion entre la CNCE et les Banques populaires, et faire en sorte que l'équipe de direction exécutive du nouvel ensemble provienne des Banques populaires et non pas de la maison d'en face.

 

Le nouvel «incident» – c'est comme cela que la direction des Caisses d'épargne qualifie la perte des 600 millions d'euros – a convaincu Bercy et l'Elysée que ces pressions, en coulisse pour hâter le mariage, ne suffisaient pas mais qu'il fallait aussi un audit généralisé des comptes de la CNCE. C'est donc la raison pour laquelle la Commission bancaire, le gendarme du secteur, a débarqué, vendredi matin, au siège de la CNCE, comme l'avait révélé Mediapart.

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale