Que s'est-il passé le 27 décembre à la Bourse de Paris?

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En moins de dix minutes, les contrats à terme sur le Cac 40 ont perdu plus de 4% avant d'effacer toutes les pertes. Des dizaines voire des centaines de millions d'euros ont changé de main. Tout le monde n'y a pas perdu, manifestement.
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Cela devait être une journée sans histoire. Ce lundi 27 décembre, au lendemain de Noël, les intervenants sur les marchés sont plutôt rares. La séance à Paris commence très mollement: aucune grande nouvelle n'est venue perturber le week-end de Noël. Chacun se prépare à entamer une semaine assez tranquille, marquée par l'expédition des affaires courantes et la liquidation de la fin d'année.

Mais brusquement, vers 9h30, l'atmosphère change complètement. Tout s'affole sur le marché des futures – les contrats à terme – des trois grands indices européens: le Cac 40, le Dax (l'indice phare de la Bourse allemande), l'Eurostoxx 50 (l'indice des valeurs européennes). Simultanément, ceux-ci commencent à décrocher. En un éclair, ils s'effondrent.


Eurex, qui est responsable de la cotation sur les marchés allemands, décide sur-le-champ de mettre en place la procédure d'urgence prévue en cas de baisse subite instantanée et déclenche des coupe-circuits dès que la chute de l'indice atteint les 2%. Ce qui normalement permet à tout le monde de reprendre ses esprits et d'interrompre les transactions automatiques déclenchées par les ordinateurs. En France, rien de tel. Euronext, la société franco-américaine chargée d'organiser la cotation sur la Bourse de Paris, ne bouge pas, et laisse les transactions se poursuivre.

Ce décalage entre Paris et Francfort amplifie encore les pertes sur les marchés parisiens, les intervenants venant arbitrer à Paris les opérations qu'ils ne peuvent plus faire ailleurs. En à peine cinq minutes, le Cac 40 futures passe de plus de 3.900 points à 3.737,5 points. Cela représente une baisse de plus de 4%. Cinq minutes après, toutes les pertes sont effacées dans des volumes de transactions imposants afin de reprendre le train-train normal d'une fin d'année.


cotation par intervalle de cinq minutes des futures Cac 40 , le 24 et 27 décembre cotation par intervalle de cinq minutes des futures Cac 40 , le 24 et 27 décembre

Interrogée pour savoir comment elle interprétait ces mouvements, l'Autorité des marchés ne nous a pas répondu. Les rares opérateurs vigilants ce jour-là n'en sont pas encore revenus. Pour eux, ce jour-là, la main invisible du marché a été prise dans le pot de confiture. Ils ont l'impression d'avoir assisté à un fric-frac en direct en toute impunité. «En moins de dix minutes, on a assisté à une variation sur le Cac que l'on constate normalement en un mois. Aucune nouvelle ne justifiait une telle correction de l'indice. Tout cela ressemble à une manipulation de marché. Ce qui s'est passé est sans doute un "blitz crack", c'est-à-dire un mouvement rendu possible par les transactions à haute fréquence», explique l'un d'entre eux.

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