Caisse des dépôts: le socialiste Marc Goua rattrapé par sa couardise

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Membre de la Commission de surveillance de la Caisse des dépôts, le socialiste Marc Goua est la risée des personnels. Dans une déclaration à la Correspondance économique, il défend l'indépendance statutaire de l'institution financière mais à la condition que son avenir se tranche toujours… à l'Élysée !

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Un petit article de la Correspondance économique, en date du 23 mai, fait beaucoup jaser à la Caisse des dépôts et consignations (CDC), dans les rangs des personnels et des syndicalistes. Il révèle en effet la couardise de l’un des membres de la Commission de surveillance de l’institution financière, en l’occurrence le député socialiste Marc Goua.

Comme Mediapart l’a raconté (lire notamment Coup de force et coups tordus à la Caisse des dépôts), la Commission de surveillance de la CDC a en effet adopté, le 27 avril dernier, le principe d’un projet d’avis recommandant que le directeur général, Pierre-René Lemas, atteint par la limite d’âge en août 2017, puisse achever son mandat qui court jusqu’au printemps 2019. Le projet a été adopté à l’unanimité, les deux parlementaires de droite et les deux parlementaires de gauche votant donc en faveur de ce texte, dont Marc Goua, qui présidait la séance, en l’absence d’Henri Emmanuelli, absent pour raison de santé.

Les deux raisons de cette unanimité coulent de source. D’abord, l’institution a connu une valse incessante de ses directeurs généraux ces dernières années et a besoin de stabilité. Ensuite, la CDC est, depuis sa création, en 1816, une institution dont l’indépendance vis-à-vis de l’exécutif est l’un des fondements ; et elle est placée sous la protection du Parlement.

Seulement voilà ! Seul contre tous les membres de la commission de surveillance dont il est le président et contre l’intersyndicale de la CDC, mais avec l’appui du secrétaire général de l’Élysée, Henri Emmanuelli refuse de rendre public l’avis pourtant adopté. Et pour parvenir à bloquer le projet, il a passé une sévère engueulade à son collègue Marc Goua. Et visiblement, cela a marché. N’écoutant que son courage, le député sermonné a en effet tenu lundi dans la Correspondance économique des propos pour le moins inattendu, disant d’abord une chose, et puis aussitôt son contraire. Justifiant d’abord le vote unanime du 27 avril, il est apparu « souhaitable » aux membres de la Commission de surveillance, selon lui, dans une période marquée « par de grandes réformes pour la Caisse », que la nomination soit « détachée des contingences électorales ». « Il ne faudrait pas en faire un enjeu électoral. Notre souci, c’est l’indépendance de l’institution », a-t-il déclaré. Mais après avoir dit blanc, il s’est empressé de dire noir : « Mais il y a un principe de réalité qui veut que ce soit au prochain président de choisir », au lendemain de la prochaine élection présidentielle, a-t-il ajouté, dans un délicat exercice de rétropédalage. Traduction : la CDC est indépendante, mais sous réserve… que l’Élysée puisse faire ce que bon lui semble.

Avec de pareils élus, qui changent d’avis comme de chemise, et qui sont prêts à brader les principes, la Caisse des dépôts est assurément entre de bonnes mains…

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