Logement: La Fondation Abbé Pierre demande un virage politique

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Le débat ouvert par les "Gilets jaunes" sur les inégalités doit amener l'exécutif à changer de politique pour le logement, estime la Fondation Abbé Pierre dans son rapport 2018, année marquée par la persistance de quatre millions de mal-logés et les effondrements meurtriers de la rue d'Aubagne à Marseille.
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PARIS (Reuters) - Le débat ouvert par les "Gilets jaunes" sur les inégalités doit amener l'exécutif à changer de politique pour le logement, estime la Fondation Abbé Pierre dans son rapport 2018, année marquée par la persistance de quatre millions de mal-logés et les effondrements meurtriers de la rue d'Aubagne à Marseille.

"Ce drame rappelle, si besoin était, que la crise du logement n'est pas un accident ou un fait divers, mais le résultat de rapports de force, de choix ou de non-choix politiques", estime la fondation dans son 24e rapport publié vendredi.

Douze millions de personnes sont en situation de fragilité par rapport au logement en France (copropriétés en difficultés, impayés, surpeuplement, froid).

Signe que la question du pouvoir d'achat est intrinsèquement liée à celle du logement, 5,7 millions de ces personnes "fragiles" dépensent plus de 35% de leur revenu pour se loger, leur laissant un reste-à-vivre inférieur à 650 euros par mois et par unité de consommation.

La fondation appelle le gouvernement à ne pas réduire à un "filet de sécurité minimal" la politique sociale et de logement, au risque d'ignorer la perméabilité entre très pauvres et modestes et à remettre en cause la légitimité d'institutions déjà fragilisées par la contestation des "Gilets jaunes".

"Il est essentiel de tout faire pour améliorer leur quotidien et éviter qu'une partie de la frange des 'fragilisés' ne bascule dans la catégorie des 'mal-logés' ou de la 'grande pauvreté", estime la fondation, qui déplore la relative absence de la thématique logement au sein du plan pauvreté.

Dans la réponse du gouvernement aux "Gilets jaunes", "la problématique du logement n'est pas abordée à sa juste mesure, puisque les dépenses énergétiques pour se chauffer pèsent moitié plus que les dépenses de carburant dans le budget des Français".

LE LOGEMENT AU COEUR DU POUVOIR D'ACHAT

"Avec près de 1.800 euros de dépenses de chauffage par an en moyenne, la mauvaise performance énergétique du parc de logements français provoque un problème de pouvoir d'achat", ajoute la fondation.

Elle juge nécessaire une "montée en puissance" des dispositifs d'aide à la rénovation, et en attendant, salue l'avancée "modeste mais réelle" de l'augmentation du chèque énergie.

Par ailleurs, ce 24e rapport invite l'exécutif à ne pas "traiter la pauvreté d'un côté, contribuer à l'accentuer d'un autre". Il l'appelle à cesser de "jouer les apprentis sorciers de la coupe budgétaire sur les bailleurs sociaux" et à renoncer à la ponction de 1,5 milliard d'euros de réduction de loyer solidarité l'an prochain (RLS, 800 millions d'euros cette année), qui commence à affecter la construction.

En mettant bout à bout les différentes coupes qui ont touché les aides personnalisées au logement, la fondation estime à 4 milliards d'euros par an leur recul total à partir de 2020.

La fondation préconise de renoncer à l'objectif de revente d'1% du parc social chaque année qui va "à rebours de son statut de patrimoine de la nation qui devrait être le sien".

Elle salue cependant le plan "Logement d'abord" présenté l'an dernier, qui entend placer l'obtention d'un logement au départ du processus d'insertion des personnes à la rue, plutôt qu'à son aboutissement, assorti de la promesse de construire 40.000 logements très sociaux.

La Fondation concentre cette année ses analyses de terrain sur les "sorties sèches" des institutions, qu'il s'agisse des 85.000 personnes sortant chaque année de prison, des quelque 27.000 jeunes quittant les dispositifs d'aide sociale à l'enfance (ASE) ou des malades psychiatriques.

Près de 18% des enfants placés disent avoir connu la rue dans l'année de la fin de leur prise en charge et un quart des personnes sans domicile sont d'anciens enfants placés, note la fondation, qui recommande de prévenir davantage ces ruptures de parcours dans un impératif de "non-abandon".

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