Le logement plutôt épargné

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Christine Boutin s'en sort bien. Le financement du logement social n'est pour l'instant pas remis en cause.

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Annoncé comme un des axes majeurs de la modernisation des politiques publiques, le logement est finalement relativement épargné. «Il n’y pas d’économie sur le budget de l’Etat et pas d’économie sur le financement du logement social», s’est réjouie Christine Boutin, ministre du logement.
Nicolas Sarkozy a plutôt insisté hier sur un sujet annexe, qui n’influe pas directement sur les comptes de l’Etat mais qu’il pense populaire : le changement des critères d’accession aux HLM. Comme nous l’annoncions le 21 mars, le plafond des ressources pour accéder au parc socil va en effet être revu à la baisse. Mais alors que l’Elysée avait un temps plaidé pour que cette baisse soit de 20%, le ministère du logement a obtenu gain de cause : la baisse ne sera que de 10%. «Il faut réserver les HLM à ceux qui en ont le plus besoin», a expliqué en substance Christine Boutin lors d’une conférence de presse. Dès lors, un couple de smicards a-t-il toujours vocation à être logé dans le parc social ? «Ce couple peut rentrer dans les clous pour la maison à 15 euros», a répondu la ministre.
En résumé : les HLM pour les plus pauvres. Et l’accession à la propriété, quitte à ce que cela soit à des dizaines de kilomètres du cœur de l’agglomération, pour les classes dites "intermédiaires". Et que pour être sûr que ces classes intermédiaires quittent le parc social, une hausse substantielle des surloyers (ces suppléments de loyers versés quand on dépasse les plafonds) va être mise en oeuvre. Le ministère s’est toutefois bien gardé d’en livrer le détail hier.
«Mais où vont se loger ceux qui n’auront plus accès au parc social?
, s'interroge en réaction Jean-Yves le Bouillonnec, spécialiste des questions de logement au PS et député-maire de Cachan (Val de Marne). On va encore alourdir la demande de logement dans le privé. Et par ailleurs, cela pose un problème de mixité. La seule solution serait de construire plus de logement social, pour pouvoir y loger à la fois les plus défavorisés et la classe intermédiaire. Or sur les 100.000 logements sociaux construits en 2007, seuls 17000 sont des logements très sociaux, accessibles aux plus pauvres. Pourquoi si peu ? Parce que cela coûte cher à l'Etat.»
Selon Jean-Yves Le Bouillonnec, le parc social s’est déjà considérablement paupérisé : «Les 25% des ménages les plus pauvres représentaient 12% des résidents du parc social en 1973. Ils représentent aujourd’hui 35,6%. Il faut donc maîtriser cette évolution.» Mêmes observations au sein des offices HLM, qui craignent peut-être d’augmenter leur taux de mauvais payeurs, mais qui redoutent aussi une «ghettoïsation, qui pourrait conduire à raser des barres tous les 20 ans».

Le Robien partiellement remis en cause

Nicolas Sarkozy a expliqué qu’il n’était pas normal que 70% de la population soit éligible au parc social. «Mais il oublie que parmi ces 70%, 50% sont déjà propriétaires de leur logement», analyse la Confédération nationale des locataires. Jean-Pierre Giacomo, son président, enrage : «C’est facile de demander aux classes intermédiaires de se débrouiller pour faire de la place aux plus pauvres. Mais pourquoi on ne demanderait pas plutôt à ceux qui payent l’ISF, ou qui ont bénéficié du paquet fiscal?»