Ce qui a été dit en 1994 devant la commission d'enquête parlementaire

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Lors de la commission d'enquête parlementaire sur le Crédit lyonnais, en 1994, de nombreux témoins ou acteurs de l'affaire avaient – déjà – évoqué l'affaire Bernard Tapie. Mediapart a sélectionné quelques extraits de ces témoignages de l'époque.
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Lors de la commission d'enquête parlementaire sur le Crédit lyonnais, en 1994, de nombreux témoins ou acteurs de l'affaire avaient – déjà – évoqué l'affaire Bernard Tapie. Mediapart a sélectionné quelques extraits de ces témoignages de l'époque.

 

Jean Peyrelevade (à l'époque PDG du Crédit lyonnais) - 10 mai 1994:

 

«Le premier est le dossier Tapie. Il intéresse médiatiquement beaucoup de gens mais j'en dirai peu de choses, d'autant plus que nous sommes actuellement sous une procédure judiciaire de plus en plus active puisque Mr Michel Gallot (président de la SDBO) a été mis aujourd'hui en examen.»

 

«Le dossier Tapie est un dossier historique. Il est un très vieux client de la SDBO. Il y avait déjà un encours de l'ordre de 300 millions de francs à l'époque où Mr Deflassieux était président du groupe. Celui-ci est passé entre 400 et 450 millions de francs sous Mr Lévêque. Il a atteint 1,4 milliards de francs sous Mr Haberer.» (p 21)

 

«S'agissant d'Adidas, je suis incapable de vous répondre car Adidas n'étant pas un de mes soucis aujourd'hui, je n'ai pas regardé le dossier. Mais je crois qu'Adidas va finir par se redresser et je pense que le Crédit Lyonnais va retrouver son argent. Je n'ai pas de temps à perdre sur des dossiers qui marchent bien. Je ne sais donc pas dans quelles conditions a été approuvé le financement d'Adidas. Je ne sais pas comment a fonctionné le conseil.» (p 26)

 

Question du rapporteur : «Lors de la vente d'Adidas, l'année dernière, le Crédit Lyonnais a-t-il financé les acquéreurs?»

 

Réponse: «En ce qui concerne Adidas, je le répète, n'étant pas entré dans le détail, je ne suis pas capable de vous répondre de manière précise. Néanmoins vous me permettrez de rappeler un souvenir. Vous m'aviez agressé à l'époque où j'étais président de l'UAP et vous m'aviez accusé de participer à une entreprise inspirée par des raisons politiques. Je vous avais répondu que nous étions en situation de portage pour le compte du Crédit Lyonnais. Cette réalité s'étend, à ma connaissance, à l'ensemble des actionnaires d'Adidas, AGF mis à part. Donc, en fait, c'est le Crédit Lyonnais qui était le propriétaire d'Adidas. Il avait racheté Adidas à Mr Tapie.
Les détails, je ne les connais pas aujourd'hui mais comme je pense que nous allons vendre mieux que nous avons acheté, cette affaire aura, je l'espère, une heureuse issue.»
(p 37)

 

Jean-Yves Haberer (ex-PDG du Crédit lyonnais) - 11 mai 1994

 

«Je n'ai pas géré les dossiers de Mr Tapie. Pour moi, le problème n'a jamais existé car, de mon temps, il n'y avait pas de raison d'avoir des provisions sur le groupe Tapie. Je n'en dirai pas plus car on toucherait au secret d'un client ; je dirai simplement qu'il n'y avait pas de problème.»

 

«La question suivante sur le repreneur d'Adidas, je ne suis pas sûr de pouvoir y répondre ici (...). Vu par les créanciers d'Adidas, Robert-Louis Dreyfus est un « manager » et d'ailleurs les effets de cet excellent management se sont manifestés aussitôt : il a si bien pris les rênes de cette entreprise que, vous le savez comme moi, Mme Gilberte Beaux, investisseur privé, a déjà réalisé sa plus-value et que les autres, à leur tour, la réaliseront.»

 

«Pour la question sur Adidas, j'invoque le secret bancaire, il s'agit d'un client dénommé.»

 

«A supposer que je le sache, ce qui n'est pas le cas, j'invoque le secret bancaire, il s'agit de clients dénommés.»

 

«Les partenaires en cause ne se limitaient pas au client que vous dites et à la banque que vous dites, il y avait d'autres personnes impliquées mais dont je ne veux pas dire les noms car cela relève du secret bancaire [...].» (p 83).

 

François Gille (ex-Directeur général du Crédit lyonnais)- 9 juin 1994

 

« Alors, pourquoi Mr Tapie ? Parce que la SDBO voyait venir, dans le dossier Tapie, la perspective d'échéances qui ne seraient pas payées et qu'il a été décidé au niveau du groupe que ce dossier quand même sensible pour de multiples raisons ferait l'objet d'une gestion distincte de celle de la SDBO.» (p 616)

 

« S'agissant de Mr Tapie, je dirai que pour moi c'est le problème de l'autonomie des trois ou quatre filiales que j'ai citées. A ma connaissance, les engagements Tapie relevaient de la seule décision de la SDBO en vertu de l'autonomie de la décision initiale. Je parle de l'histoire. Le fait que Mr Tapie ait été un client de la SDBO est un phénomène SDBO. Parce que je n'en ai pas été témoin, j'ignore ce qui s'est passé en 1991 ou 1992 mais la longue histoire de la relation est quand même une relation SDBO-Tapie dans le cadre de l'autonomie de la SDBO. J'ai donc tendance à dire -je ne veux surtout pas diaboliser qui que ce soit- que cette histoire qui nous vaut certes des pertes importantes n'aurait peut-être pas évolué comme elle a évolué si était intervenu dès l'origine un contrôle groupe sur la SDBO, contrôle mis en place depuis la mi-93.» (p 620)

 

«Monsieur le Rapporteur, je ne peux pas savoir s'il y a eu une lettre d'un ministre à Mr Haberer. Je n'ai pas initié cette opération de rachat d'Adidas mais j'ai eu à en connaître et je l'ai approuvée. Je n'ai pas eu seul le pouvoir de décision mais je l'ai approuvée pour ma part car j'ai considéré que c'était la meilleure chose que nous pouvions faire. Mr Tapie ne gérait pas. Il est apparu, peu à peu, que ce n'était pas un bon gestionnaire. Sortir Adidas de la gestion Tapie constituait l'urgence, c'était la meilleure chose que l'on pouvait faire. Cette opération a été voulue, à mon avis par le Crédit Lyonnais, mais je ne sais faire la preuve négative qu'il n'y a pas eu une lettre. En tout cas, pour ce qui est de ma petite part qui a été de viser cette opération -je suis intervenu au niveau des financements à mettre en place s'agissant d'ingénierie un peu spéciale- cette opération a été voulue, a été comprise par moi comme voulue, volontaire, afin de sortir Adidas du contrôle et de la gestion de Mr Tapie et pour en confier la gestion un homme capable de la redresser effectivement, ce qui je crois est en train de se faire. » (p 621).

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