Primaire à droite : Nicolas Sarkozy affine sa stratégie

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Faisant mine de se désintéresser de la primaire qui désignera le candidat de la droite pour 2017, Nicolas Sarkozy soigne en sous-main sa stratégie pour remporter le scrutin. Avec trois vieilles recettes : gagner du temps, mépriser ses adversaires et construire un semblant de programme sur le terreau de l'extrême droite.

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La Baule (Loire-Atlantique), de notre envoyée spéciale.– Il y avait quelque chose d’un peu ridicule à les voir se lever tous les trois à la demande du sénateur Bruno Retailleau. À les regarder sourire, de façon crispée, pour que les photographes puissent immortaliser ce grand moment de « rassemblement » que furent les cinq petites minutes durant lesquelles Nicolas Sarkozy, François Fillon et Alain Juppé se sont retrouvés, samedi 5 septembre, à l’université LR (ex-UMP) de Loire-Atlantique. La mise en scène était cadrée, mais ses ficelles bien trop grosses pour que l’on puisse y croire.

Alain Juppé, Nicolas Sarkozy et François Fillon à La Baule (Loire-Atlantique), le 5 septembre. © Reuters Alain Juppé, Nicolas Sarkozy et François Fillon à La Baule (Loire-Atlantique), le 5 septembre. © Reuters

L’opération communication de La Baule, aussi factice soit-elle, était nécessaire pour apaiser les craintes des militants LR, à quatorze mois de la primaire qui désignera le candidat de la droite pour 2017. Nul ne souhaite revivre l’épisode de la guerre Copé-Fillon pour la présidence du parti en 2012. Trois ans après les faits, le traumatisme – parce que c’en est un à leurs yeux – est encore vivace. « Tout le monde est d’accord pour dire que cette fois-ci, il faut que ça se passe bien », souligne le sénateur Roger Karoutchi, venu représenter la branche sarkozyste du parti.

Qu’importe si la plupart des journaux ont titré sur « l’unité de façade » affichée samedi par les trois hommes. Qu’importe aussi qu’Alain Juppé s’en soit agacé, dimanche matin, au micro d’Europe 1, regrettant que la politique soit tirée « par le bas ». Oui, l’histoire de la photo de La Baule est anecdotique, surtout au regard des sujets – crise des migrants en tête – qui ont été abordés pendant cette journée. En revanche, la façon dont les équipes des candidats – celle de Nicolas Sarkozy en particulier – ont remué ciel et terre pour qu’elle ait lieu, en dit long sur la préoccupation numéro 1 de l’ex-chef de l’État. Il parle des régionales, de la nécessité de rassembler sa famille politique et de sa volonté d’alternance. Mais en réalité, il ne pense qu’au scrutin de novembre 2016.

La Baule : le discours de Nicolas Sarkozy en intégralité © LCP

Voilà des mois que le patron de l’opposition tente de se placer au-dessus de la mêlée. De reprendre discrètement la main sur ce nouveau mode de désignation si étranger à la tradition bonapartiste du parti qu’il dirige. Après avoir essayé dans un premier temps de ne pas s’y soumettre, « Nicolas Sarkozy a fini par se convertir à l’idée, progressivement et dans la douleur », comme l’indique un élu LR. Désormais, il adopte une nouvelle stratégie, en repoussant au maximum le moment d’entrer en campagne et dans le débat d’idées. « Les Français ne comprendraient pas que nous leur donnions le sentiment d’être obsédés trop tôt par cette échéance », ne cesse-t-il de plaider.

Dans le même temps, il s’agrippe à son atout “ex-chef de l’État” et renoue avec l’attitude méprisante qui avait marqué son quinquennat. Ainsi a-t-il moqué, samedi, ceux qui « utilisent la primaire pour combler un déficit de notoriété », adressant un salut aussi peu discret que dédaigneux à son ancienne ministre Nadine Morano, qui avait officialisé sa candidature la veille du rassemblement baulois. On aimerait encore croire le directeur général de LR, Frédéric Péchenard, quand il explique à Mediapart que le scrutin de 2016 n’est « pas la priorité dans le timing actuel ». Mais rien dans l’attitude et le discours de son patron ne le permet.

Nicolas Sarkozy n’est d’ailleurs pas le seul à s'intéresser de près au sujet. Longtemps restée obscure, la primaire commence à imprégner les esprits. En témoigne l’échange organisé à l’université LR de Loire-Atlantique, en présence d’un représentant de chaque candidat et du député Thierry Solère, qui préside la commission d’organisation du scrutin. Pour la première fois depuis longtemps, aucun sifflet ne s’est fait entendre. Aucune attaque frontale n’a été proférée. Il fut principalement question de modalités pratiques, de programmes et même d’éthique. « J’ai été agréablement surpris ! » se réjouit d’ailleurs le député Jérôme Chartier, bras droit de François Fillon.

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