Sophie Montel, l’«iconoclaste», est mise au ban du Front national

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L’élue comtoise, proche de Florian Philippot, est officiellement démise de la tête du groupe FN au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté. Problèmes de discipline pour les uns, guerre des clans pour les autres ; la polémique fait tache en cette période de refondation du FN.

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Des mois d’agitation, de tirs croisés par réseaux sociaux interposés et de suspensions à la chaîne. C’est désormais officiel : Sophie Montel est débarquée pour de bon de la présidence du groupe Front national au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté. C’est le secrétaire général du parti, Nicolas Bay en personne, qui s'est rendu à Dijon dans l'après-midi du jeudi 7 septembre pour le notifier aux cadres locaux.

Militante depuis 30 ans du Front, dont elle est membre du bureau politique, par ailleurs eurodéputée, Sophie Montel ne reprendra pas les rênes du groupe d’opposition remanié, épuré de ses proches. Parmi les griefs avancés par ses détracteurs, une gestion autoritaire, ou le refus de sanctionner certains conseillers suspendus par le parti. Peu après la déroute des élections législatives, Julien Acard et Antoine Chudzik s’étaient émus de la piètre organisation de la campagne, dont Nicolas Bay était en charge. Ils avaient été suspendus par le parti, mais Sophie Montel leur avait permis de continuer à siéger au conseil. C’est cet événement qui lui avait valu, le 30 juin, d’être écartée de la tête du groupe au conseil régional. 

Sophie Montel © Capture d'écran i-télé Sophie Montel © Capture d'écran i-télé

Jeune élu bourguignon qui doit succéder à Sophie Montel à la tête du groupe, Julien Odoul pointe du doigt des « problèmes de discipline » récurrents, et la remise en cause de « la ligne de Marine Le Pen, qui est aussi celle du FN, soutenue par les militants ». « Quand vous faites des provocations sur Twitter pour remettre en cause le combat politique du FN concernant l’immigration massive, ça vient en rupture avec la ligne du parti », accuse-t-il, dans une référence à une sortie remarquée de l’édile comtoise. Sur le réseau à l’oiseau, elle avait posé cette question à ses followers : « Souhaitez-vous que le FN parle de : “Identité et musulmans” ou “Tous les sujets” ? » Une façon de bousculer les tenants d’une ligne « classiciste », incarnée par Marion Maréchal-Le Pen et focalisée sur les questions d’identité et de sécurité.

Julien Acard, l’un des conseillers suspendus par le parti, ne comprend pas les raisons de cette mise au ban. Interrogé par Mediapart, celui qui a quitté le FN après la confirmation de l’éviction de Sophie Montel (« une agression d’une violence inouïe ») dit : « Tous les jours ça change. Un coup, c’est à cause du soutien qu’elle nous a apporté quand on a décrié Bay, puis ce sont les propos sur l’immigration qu’elle n’aurait pas dû tenir. Ce matin, c’était la protection animale… Faut arrêter quoi. Ça devient du délire. »

Julien Acard annonce qu'il quitte le FN. © Compte Youtube de Julien Acard

Antoine Chudzik, le second damné de Montel, abonde : « Il n’y a pas de bonne raison. Objectivement, il n’y a rien à lui reprocher. Il y a des haines, des jalousies de certains au FN qui ont fini par aboutir. » Des jalousies ? « La jalousie de quelqu’un qui prenait peut-être trop d’importance, trop iconoclaste aussi », considère celui qui, comme elle, siégera désormais parmi les non-inscrits au conseil régional.

Les deux hommes ne comprennent pas l’éviction de cette fidèle parmi les fidèles, qui a « fait tomber le gouvernement Macron 1 » en dénonçant l’emploi présumé fictif d’assistants parlementaires par une vingtaine d’eurodéputés à la mi-mars 2017. Elle avait déclenché une enquête du parquet de Paris pour « abus de confiance », visant notamment deux élus Modem. Cinq semaines plus tard, les ministres Modem François Bayrou, Sylvie Goulard et Marielle de Sarnez démissionnaient du gouvernement. Florian Philippot, dont l’élue est une très proche, a d’ailleurs déclaré à CNews : « C’est Marine qui lui a demandé de faire ça. Elle a demandé à un volontaire de bien vouloir le faire, et c’est Sophie qui s’y est collée. »

Comment alors expliquer la destitution de celle qui se décrit comme un « bon petit soldat » ? « La seule raison que je voie, c’est qu’elle est proche de Florian [Philippot], explique Julien Acard. Pourtant, il a passé l’été à soutenir Marine Le Pen. » Pour l’ex-frontiste, on lui fait payer sa ligne politique et ses affinités avec le vice-président du parti. « Jusqu’à maintenant, je croyais que le FN, c’était “ni droite ni gauche”, mais manifestement ce n’est plus le cas. Il y a un virage à droite, on va bientôt rejoindre Wauquiez », dénonce-t-il. Le séminaire de refondation qui s’était tenu fin juillet avait notamment acté le report aux calendes grecques de la sortie de l’euro, thématique chère aux partisans de Florian Philippot (voir ici)« Il y a une dérive droitière. Si on m’avait dit ça il y a cinq ans, je ne serais pas venu au FN », conclut Julien Acard.

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