Prix du carburant: même LR et le RN sont dépassés par la mobilisation

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Emmanuel Macron a de nouveau été interpellé jeudi 8 novembre sur la hausse des prix du carburant, alors que les partis de droite et d’extrême droite entendent bien tirer profit de la fronde contre la hausse des carburants. Même eux sont dépassés par une mobilisation protéiforme lancée sur les réseaux sociaux.

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Une pétition qui engrange en quelques semaines près de 800 000 signatures, des vidéos d’anonymes qui font d’un coup des millions de vues… Les chiffres de la mobilisation contre la hausse des prix du carburant ont de quoi faire pâlir d’envie les responsables politiques.

Avant la journée de mobilisation prévue le 17 novembre prochain où les automobilistes sont appelés à bloquer tous les axes de circulation, la colère des « gilets jaunes » a déjà parasité « l’itinérance mémorielle » sur 14-18 du président de la République qui a été violemment interpellé sur le sujet tout au long de son parcours. Ce fut encore le cas jeudi 8 novembre dans une usine Renault.

Même LR et RN, qui ont pourtant fait du matraquage fiscal contre les automobilistes leur fonds de commerce depuis longtemps, semblent dépassés par l’ampleur d’une mobilisation qui s’est faite largement en dehors d’eux, voire contre eux.

Depuis la mi-octobre, plusieurs dizaines de groupes Facebook se sont créés pour s’opposer à la hausse des prix en s’accordant sur la date commune du samedi 17 novembre. Une première pétition pour demander la baisse des prix à la pompe lancée il y a cinq mois par une habitante de Seine-et-Marne a recueilli en quelques semaines près de 800 000 signatures. Deux chauffeurs routiers ont également créé un événement Facebook pour une mobilisation le 17 novembre comme l’a relevé Libération. Avec pour presque tous ces groupes la revendication d’être foncièrement « apolitique », voire franchement hostile aux partis quels qu’ils soient.

Si le soutien apporté rapidement par le RN ou Debout la France a conduit les réseaux macronistes à beaucoup communiquer sur le noyautage par l’extrême droite de ce mouvement, force est de constater que ces organisations ont plutôt tenté d’attraper le train en marche qu’elles n’en ont été à l’initiative.

Devant l’ampleur de la contestation, la présidente du RN a bien sûr très tôt affiché un « soutien sans réserve » au mouvement indiquant que « l’ensemble de [leurs] cadres et de [leurs] élus seront aux côtés des manifestants ». Ces jours-ci, les cadres du RN ont aussi multiplié les interventions sur les réseaux sociaux et dans les médias pour dénoncer « le racket des Français ». Et le député du Nord et porte-parole du RN Sébastien Chenu n’a pas manqué d’appeler « les Français à prendre leurs responsabilités et à se faire entendre » le 17 novembre prochain, dans un entretien à France Info.

Alors que le parti enregistre ses meilleurs scores dans les zones périurbaines et rurales où l’usage de la voiture est une nécessité, le RN, qui fustige la « déconnexion des élites boboïsées » – et a de longue date pris fait et cause pour la défense des automobilistes –, estime naturel de prendre l’ascendant sur le mouvement. Sans avoir besoin de trop en rajouter. « Nous ne sommes pas à l’initiative du mouvement, nous le soutenons », a précisé le porte-parole du RN.

Page de présentation de la pétition contre la hausse des prix du carburant Page de présentation de la pétition contre la hausse des prix du carburant

Laurent Wauquiez, qui récite Christophe Guilluy (l’auteur du livre La France périphérique) sur tous les tons depuis qu’il a pris la tête de LR, et se fait le chantre de cette France des « milieux de cordées », est apparu, tout comme son parti, largement dépassé par le mouvement des gilets jaunes.

Non sans donner l’image d’une certaine précipitation, LR a sorti, dimanche 4 novembre, une pétition intitulée « Appel des territoires », en proposant un « chèque carburant » de 100 euros par mois destiné à compenser les récentes hausses. Les députés LR Damien Abad et Guillaume Peltier, à l’origine du texte, ont également avancé l’idée pour financer le dispositif de taxer les sociétés d’autoroutes dont les bénéfices ont atteint les 10 milliards d’euros l’an dernier. Une proposition qui ne manque pas de sel, la privatisation extrêmement favorable aux sociétés d’autoroutes ayant été menée par la droite en 2006 sous le gouvernement de Dominique de Villepin.

« Nous soutenons ce mouvement parce qu’il faut entendre cette majorité silencieuse », nous explique le député Damien Abad qui précise que « LR n’appelle pas à participer aux blocages », le parti n’ayant pas été avare de procès en « prise d’otage des usagers » lors des mouvements de grève à la SNCF.

Comme un signe du décalage entre les partis et cette mobilisation protéiforme lancée sur les réseaux sociaux, la pétition de LR a recueilli à ce jour moins de 4 000 signatures… « Cet appel n’est pas là pour faire du chiffre. Notre rôle est de faire entendre nos propositions au gouvernement », se rassure Damien Abad qui concède que la fronde contre la hausse des carburants se manifeste aussi par « une réelle défiance à l’égard des partis politiques en général. C’est pourquoi il est très maladroit, de la part de DLF et du RN, de vouloir récupérer ce mouvement ».

Dans cette course à capter la colère des automobilistes, le président de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, semble avoir pris une certaine longueur d’avance. C’est d’ailleurs la vidéo d’un délégué de circonscription de DLF, Frank Buhler, sonnant la « mobilisation générale » pour le 17 novembre prochain, qui a offert, avec quelque cinq millions de vues, l’une des plus fortes caisses de résonance au mouvement.

Dupont-Aignan, qui s’apprête à sortir un tract à un million d’exemplaires pour appeler aux blocages, rappelle, pour expliquer l’importance de sa formation dans le mouvement, qu’il a pu être aux avant-postes de cette colère parce qu’il « vit en banlieue ». « Cela fait un moment que je sens que les gens sont au bord de l’explosion alors qu’on voit bien qu’il y a une caste politique qui n’a aucune idée de ce que représentent ces dépenses contraintes sur les gens modestes », avance le député de l’Essonne.

Sa proximité avec les associations de consommateurs et dans le cas présent avec 40 millions d’automobilistes, – et derrière le puissant réseau des automobiles clubs –, a aussi aidé à implanter DLF dans le mouvement. « Je suis l’un des rares à travailler avec eux depuis longtemps », reconnaît-il, expliquant que ses adhérents, « plus populaires que ceux de LR, sont aussi souvent membres de ces associations. Dans le cas de Frank Buhler, il a pris l’initiative de lui-même, aucune consigne n’avait été donnée ».

Le rôle de celui qui se présente comme représentant de la « patriosphère » dans la mobilisation du 17 novembre a en tout cas été avancé par la CGT, dans un communiqué daté du 30 octobre, pour se désolidariser de cette « mobilisation d’extrême droite ».

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