The Conversation: à la recherche du temps perdu de la lutte antiterroriste

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Le site The Conversation publie une analyse sans concession des errements de la lutte antiterroriste française. Exemples à l’appui, le chercheur Yves Trotignon pointe les contre-vérités assénées par certains hiérarques des forces de l’ordre. Ravageur.

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« Les crimes de Mohamed Merah à Toulouse et Montauban, au mois de mars 2012, marqueraient l’entrée de notre pays, au moins aux yeux du public et des responsables politiques, dans une nouvelle ère du terrorisme. C’est à partir de cette période que certains ont d’ailleurs commencé à évoquer, sans vraiment convaincre, l’émergence de soi-disant néodjihadistes ou l’apparition de modes opératoires inédits. Quelques heures après la mort du terroriste, à l’issue d’un interminable siège, on a même entendu un policier d’élite s’exclamer : “Rendez-vous compte, il nous a tiré dessus !” C’est, en effet, ce que font les terroristes face aux forces de l’ordre, et ça ne date pas d’hier. […] Au cours de l’automne 2014, les autorités gouvernementales françaises sont d’ailleurs tellement certaines qu’un attentat va se produire sur le territoire national que les services du premier ministre se préparent à la gestion d’une crise et rédigent des éléments de langage. À défaut d’éviter le pire, chacun se prépare à le gérer, au moins parmi les responsables politiques. […] Dans les services, force est de constater que la mobilisation des énergies ne s’accompagne pas d’une réflexion stratégique. Alors que les signaux passent tous au rouge en quelques mois, l’impensable ne semble pas être envisagé. Ni chez les uns ni chez les autres, on ne détecte ou on ne corrige les impasses ou les manquements – suivi des filières yéménites ? coordination entre les services intérieurs ? transmission des dossiers ? entraînement des unités d’intervention ? etc. – qui faciliteront le passage à l’acte des frères Kouachi puis d’Amedy Coulibaly, au début du mois de janvier 2015. […] Le confort trompeur de succès ponctuels contre des ennemis qu’on méprise et qu’on n’étudie pas prend toujours fin dans les larmes. 2015 est née de 2012, elle-même issue d’une période de certitudes sans fondement. L’accalmie actuelle ne doit pas plus nous abuser, et le nombre d’attentats déjoués ces derniers mois, parfois grâce à l’action de simples citoyens, confirme s’il en était besoin que la menace djihadiste ne va pas disparaître avec la défaite militaire annoncée de l’État islamique en Syrie et en Irak. »