Irène, étudiante: «J’aimerais que la culpabilisation des jeunes cesse»

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Irène a 20 ans et pour son cursus à la très élitiste London School of Economics, elle a contracté un prêt de 27 000 livres, soit près de 30 000 euros, « pour une connexion Zoom et des PDF sur internet ». Elle se sent seule, craint la crise sociale.

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Irène* est l’une des étudiantes françaises de la très élitiste London School of Economics, en Angleterre. Comme nombre d’étudiants restés en France ou partis en échange à l’étranger, la jeune femme de 20 ans raconte l’incertitude et la frustration qui sont les siennes après les confinements successifs. Elle s’inquiète pour son avenir et lance un appel au gouvernement français : « J’aimerais que la culpabilisation des jeunes cesse. »

« Mon université est très exigeante, il faut beaucoup travailler, c’est pas mal de pression. Le problème du confinement, c’est qu’on ne peut pas évacuer cette pression correctement. On ne peut pas faire de grosse soirée en boîte… Les boîtes anglaises vendent leurs billets à parfois moins de 4 livres sterling, donc très accessibles et très populaires auprès des étudiants. On ne peut pas, non plus, faire de soirées à la maison, on ne peut pas rester dans un resto ou dans un bar/pub à plus de 22 heures. Aujourd’hui, les bars et restaurants ferment, donc on ne peut plus rien faire. 

Pour certains cela paraît “égoïste” de se plaindre mais je vois mes années d’université me passer sous le nez.

La London School of Economics, en 2010. © Ben Pipe / Robert Harding Premium / robertharding via AFP La London School of Economics, en 2010. © Ben Pipe / Robert Harding Premium / robertharding via AFP

J’ai eu 20 ans cette année, je sacrifie beaucoup de ma vie sociale pour mon travail parce que je veux réussir académiquement et professionnellement, et j’ai l’impression que je n’ai pas le droit de m’amuser. On me prive aussi de voir ma famille en France d’une certaine manière, car si je m’y rends pour un week-end, je dois faire une quatorzaine au retour. Cela implique que je ne puisse pas venir sur mon campus et suivre mes cours physiquement. J’ai donc privilégié mes cours mais mes parents me manquent. Je les vois normalement toutes les trois semaines, maintenant cela fait plus de deux mois que je ne les ai pas vus.

Et j’en ai marre de lire dans la presse ou sur les réseaux sociaux que des adultes se plaignent de l’ouverture d’écoles ou d’universités. Pour ma part, j’ai fait un prêt de 27 000 livres sterling [30 000 euros – ndlr] pour mon bachelor et je n’ai pas envie de payer pour une connexion Zoom et des PDF sur internet.

Le protocole sanitaire est parfaitement respecté partout dans mon école, donc je ne vois pas le problème. De toutes façons, il y a peu de monde sur le campus vu que beaucoup d’étudiants internationaux ont décidé de rester chez eux. Je ne me suis fait presque aucun nouveau pote cette année. Déjà que ma santé mentale est faible, je n’ai pas besoin que mon université annonce qu’elle ferme ses portes.

J’aimerais aussi que la culpabilisation des jeunes cesse.

On ne profite pas de notre jeunesse, on tente de nous protéger d’une maladie qui nous touche le moins, on ne trouve pas de stage ni de poste au vu de la situation économique et nos futurs impôts vont servir à payer l’accroissement de la dette actuelle. Nous sommes la génération qui va souffrir le plus de cette crise sur le long terme. Cela m’inquiète pour la suite de mon parcours professionnel. Je suis en deuxième année mais mes amis en troisième année ont déjà peur de ne rien trouver qui leur convienne. 

Je ne comprends pas non plus la stratégie de long terme des gouvernements européens : allons-nous enchaîner des confinements puis des déconfinements successifs ? Un vaccin a une durée standard de développement de 5 ans. Même s’il était disponible demain, la population acceptera-t-elle de se faire vacciner ? Toutes ces questions n’ont pas de réponse et c’est bien là le problème.

Le gouvernement est incohérent. Au début, je le comprenais, mais maintenant il est difficile de lui trouver des excuses.  »

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*Le prénom a été modifié.