L'appartement qui abrite les relations secrètes du président lié au grand banditisme

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L’appartement du 8e arrondissement de Paris, utilisé secrètement par François Hollande pour ses rencontres avec une actrice, est au nom de Michel Ferracci, soupçonné de liens avec le grand banditisme corse. Son ex-épouse, l’actrice Emmanuelle Hauck, qui prêtait cet appartement, était devenue la compagne de François Masini, assassiné le 31 mai 2013 en Corse, également soupçonné d’être lié au gang de la Brise de Mer.

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Les révélations du magazine people Closer sur la relation secrète de François Hollande avec l’actrice Julie Gayet ne relèvent définitivement plus du débat sur la vie privée du président de la République. Outre la question de la sécurité présidentielle, mise à contribution pour assurer la discrétion de ces rencontres, alors que Valérie Trierweiler occupe à l’Élysée le rôle public de compagne officielle du président de la République (voir ici sa page personnelle sur le site de la présidence), les informations de Mediapart et du Point (lire là) sur l’appartement utilisé pour ces rendez-vous clandestins transforment cette affaire en scandale politique.

L’appartement où se retrouvaient François Hollande et Julie Gayet a en effet été prêté à cette dernière par une amie actrice, Emmanuelle Hauck. Il est toujours au nom de l’ancien mari de celle-ci et père de ses enfants : Michel Ferracci. En effet, son nom apparaît bien dans les Pages blanches de La Poste à l’adresse indiquée (voir ici) et sur la boîte aux lettres de l'immeuble (voir ci-dessous). Toutefois, selon des sources proches de la présidence et selon l’avocat de Michel Ferracci, le bail de location serait désormais au nom d’Emmanuelle Hauck qui y vit avec ses enfants, lesquels portent le nom de leur père. Pourtant, à l’inverse de celui de son ex-mari, son nom n’apparaît pas à cette adresse dans les Pages blanches (voir là notre capture d’écran).

Le nom de Ferracci apparaît bien sur la boîte aux lettres © Mediapart Le nom de Ferracci apparaît bien sur la boîte aux lettres © Mediapart

Or Michel Ferracci est soupçonné de liens avec le grand banditisme corse. Lui-même acteur dans la série télévisée Mafiosa, en partie inspirée de l’histoire du gang corse de la Brise de Mer et dans laquelle a joué Emmanuelle Hauck, Michel Ferracci a été condamné, le 4 novembre 2013, à dix-huit mois de prison avec sursis dans le procès du Cercle Wagram, cercle de jeux dont il fut l’un des directeurs (lire ici). Le procès du Cercle Wagram a mis en évidence les liens de cet établissement de jeux avec la Brise de Mer – l’un des plus puissants gangs mafieux corses dont les activités ne se limitent évidemment pas à l’île de Beauté (lire cette enquête fouillée du Point en 2012) – mais aussi ses relations avec beaucoup de hauts responsables policiers. L’ancien directeur des services secrets intérieurs sous la présidence Sarkozy, Bernard Squarcini, avait d'ailleurs été entendu comme témoin dans ce dossier.

Mais ce n’est pas tout. Depuis sa séparation avec Michel Ferracci, Emmanuelle Hauck vivait avec un certain François Masini, un autre Corse, connu des services de police pour des affaires de braquage et également soupçonné de liens avec la Brise de Mer. Or François Masini a été assassiné le 31 mai 2013, en Haute-Corse, dans un guet-apens criminel (lire là et encore là). L’avis de décès mentionne bien Emmanuelle Hauck comme sa compagne (lire ici).

Ces informations posent la question évidemment politique de l’imprudence de François Hollande lui-même qui, non seulement, expose la fonction qu’il occupe à un imbroglio sentimental mais, de plus, la compromet dans un réseau relationnel où s’entremêlent grand banditisme et milieux du spectacle. Mais elles posent surtout des questions troublantes sur la sécurité du président de la République et sa protection, y compris vis-à-vis de lui-même, par les services de police qui dépendent du ministre de l’intérieur, Manuel Valls.

De deux choses l’une : ou le ministère de l’intérieur n’a rien su de tout cela, malgré le fait que ce sont des policiers qui assurent la protection du président de la République, avec ce que cela suppose de repérages, contrôles et vérifications – et dans ce cas, l’incompétence est avérée ; ou le ministère de l’intérieur en a été informé, ce qui est évidemment l’hypothèse la plus logique et la plus probable, et, dans ce cas, la question de la loyauté est posée.

Contacté, le cabinet de Manuel Valls se contente de rappeler que le Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR), dirigé par la commissaire Sophie Hatt, a « une autonomie totale de fonctionnement, qui a été renforcée par la pratique de la cohabitation ». « Il n'est pas concevable que le ministre de l'intérieur soit au courant de la vie privée d'un président, indique-t-on. Lorsque Jacques Chirac a eu un accident vasculo-cérébral, le ministre de l'intérieur Nicolas Sarkozy n'était pas au courant. Nous ne sommes pas aux États-Unis : si un ministre ou un responsable politique national décide de ne pas accepter un dispositif de sécurité, on ne le lui impose pas. » 

Victime de ses passions, François Hollande est-il de plus tombé dans un piège parce qu’il n’a pas été alerté sur les liens de l’appartement qu’il fréquentait avec le grand banditisme ?

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Cet article a été modifié dimanche 12 janvier vers 21 heures, avec le rajout de la réaction du ministère de l’intérieur.