A Givet, la crise est passée, elle n'est jamais repartie

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Petite ville de 6 500 habitants située au fond de la pointe des Ardennes, Givet subit depuis des années une désindustrialisation massive. Aujourd'hui, parmi les bataillons de travailleurs licenciés, beaucoup sont partis. Les autres vont de petits contrats en petits contrats ou s’engluent dans le chômage de longue durée.

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De notre envoyé spécial à Givet

Petite ville de 6 500 habitants isolée au fond de la pointe des Ardennes, cerclée par la Belgique, Givet subit depuis quinze ans une désindustrialisation quasiment intégrale. Mediapart s'y était rendu alors que l'une des dernières grandes entreprises de la ville fermait ses portes. C'était il y a quatre ans. Depuis, petit à petit, sans fracas ni plans de licenciements massifs, les emplois industriels continuent de déserter la ville.

Certes, Givet, parsemée de friches industrielles, porte les stigmates physiques de la crise, mais c'est en entrant chez les Givetois que l'on constate ses effets les plus durs et les plus tenaces. Le chômage s'installe durablement, abîme les hommes et les familles, et parfois même il tue. Nous sommes donc retournés dans la petite cité ardennaise pour faire le point et force est de constater les ravages causés par le chômage.

Qui pourrait croire les Givetois quand ils vous racontent qu'il n'y a pas si longtemps, ils vivaient aux pieds de leurs usines ? Car en cherchant bien, par ici, les employeurs industriels se comptent sur les doigts de la main. Mais en voyant les friches qui ceinturent et semblent asphyxier l'ancien bastion industriel, on sent bien que la crise est passée à Givet et qu'elle n'en est pas partie. Sur la commune, l’industrie emploie environ 400 personnes, contre des milliers auparavant. Des fermetures d'usines retentissantes avaient frappé la cité entre 2000 et 2008 (voir ici et ici). Pour une population active de moins de 3 000 personnes, on compte près de 1 000 chômeurs et quatre sur dix sont des chômeurs de longue durée. Ces statistiques ne prennent en compte que les personnes inscrites à Pôle emploi. Ils étaient un peu plus de 800 en 2008.

Givet, ville frontière au fond de la pointe des Ardennes © Simon Castel Givet, ville frontière au fond de la pointe des Ardennes © Simon Castel

Avec cette saignée dans le tissu industriel, la ville a perdu près de 1 000 habitants ces quinze dernières années, mais la courbe se stabilise, assure la municipalité. « Avec les nouvelles constructions de logements, on a continué de perdre des habitants, mais pas autant qu’on aurait dû en perdre », explique Claude Vallendorff, maire (sans étiquette) de Givet où une centaines de pavillons sont en construction.

Certes, la nature omniprésente et les vieilles pierres du centre-ville sont un atout à Givet. Mais la ville ardennaise est un cul-de-sac ferroviaire et n'est desservie par aucune autoroute. Alors, parmi les bataillons de travailleurs licenciés, beaucoup sont partis tenter leurs chances sous des cieux plus propices, car c'est toute la pointe des Ardennes qui est frappée. Ceux qui n’en ont pas eu l’envie, les moyens ou la force, vont de petits contrats en petits contrats ou s’engluent dans le chômage de longue durée.

Retrouvez sur cette carte, les entreprises qui ont fermé (en rouge) ou supprimé des postes (en jaune) dans la pointe des Ardennes ces dernières années. Pour Givet, un zoom s'impose tant leur nombre est important. La liste n'est pas exhaustive. Pour voir la carte en plus grand, cliquez ici.

 

« Celle-ci n’existe plus, celle-là a fermé il y a deux ans, ici, ils sont quatre salariés et non 30 », Serge Baroni égrène la liste des entreprises industrielles de Givet inscrite sur le guide pratique de la mairie. Certaines y figurent encore alors qu’elles ont fermé. Le dernier plan a eu lieu cet été. L’entreprise métallurgique KME, sur la commune voisine de Fromelennes (voir carte), a mis en place un plan de départs volontaires de 60 postes et ne compte plus que 300 salariés. Au total, il ne reste qu’une vingtaine « de morceaux d’entreprises industrielles », comme les appelle Serge Baroni.

À 54 ans, celui-ci enchaîne les missions d’intérim entrecoupées de période de chômage. Il y a douze ans encore, avec sa sœur et sa mère, il travaillait dans l’usine de fabrication de soie Cellatex, au bout du quartier ouvrier où il vit encore (voir sur la carte). Comme Serge, alors délégué du personnel CGT, 150 salariés ont été mis à la porte du jour au lendemain. Vingt ans de boîte relégués au placard pour aboutir à la galère des missions d’intérim.

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Je me suis rendu à Givet du 10 au 12 septembre.