A Roubaix, on s’interroge sur la reconstruction du PS

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Le premier débat télévisé de la primaire PS a opposé sept candidats ce jeudi soir. L’occasion pour les militants socialistes de se retrouver à l’aube d’un campagne qui s’annonce difficile. Reportage dans le Nord, auprès de la section socialiste de Roubaix.

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Ils sont une petite dizaine regroupés autour du poste de télévision, jeudi 12 janvier, pour suivre le premier débat de la primaire socialiste qui oppose sept candidats. Pas d’impatience chez ces militants de la section socialiste de Roubaix, mais une curiosité manifeste. « En raison de l’annonce de la non-candidature de Hollande, le 1er décembre, puis la coupure des fêtes, la campagne de la primaire aura été beaucoup plus courte que celle de la droite, regrette Romain. Il était temps que le débat ait lieu. »

Romain, 29 ans, fait sans doute partie des rares encartés à avoir rejoint le parti sous le quinquennat Hollande. Face à un PS moribond au niveau national et désavoué par ses propres militants, Roubaix fait figure d’exception : la section, qui compte 120 adhérents, n’a vu ces cinq dernières années que deux départs directement liés à la politique du gouvernement, et même si les grandes heures du socialisme roubaisien font partie du passé (la section comptait quelque 3 000 adhérents dans les années 1970), l’ambiance n’est pas aujourd’hui à la désertion. Depuis la perte de la mairie, passée à droite en 2014, la cellule est en réalité entrée dans une phase active de reconstruction, axée sur les enjeux locaux. Elle a pour objectif de reconquérir la ville, dans cette commune qui a vu naître le socialisme municipal au début du XXe siècle avec la construction de nombreuses infrastructure pensées pour la population ouvrière…

À la tête de la section, Mehdi Massrour a fait du débat interne une de ses priorités. « Roubaix fait partie des villes où la gauche progressiste s’est construite. C’est là où elle se reconstruira », veut croire ce secrétaire de section qui n’a pas peur d’entrer en dissonance avec la direction du parti. « Contrairement au mode de fonctionnement de la plupart des sections, nous avons instauré la liberté d’expression et je ne cherche pas à imposer quoi que ce soit. Tout le monde parle, tout le monde s’écoute. Il n’y a pas une forme de savoir supérieure à une autre. C’est pour cela que les militants sont restés. » Mehdi ne dira pas d’ailleurs au cours de la soirée quel est son candidat favori. « Je préfère ne pas me positionner, pour que les militants se fassent leur propre idée. »

A la section socialiste de Roubaix, pendant le premier débat de la primaire PS, le 12 janvier 2017 © Amélie Poinssot A la section socialiste de Roubaix, pendant le premier débat de la primaire PS, le 12 janvier 2017 © Amélie Poinssot

De fait, différentes tendances s’expriment ce jeudi 12 janvier au soir, parmi les militants socialistes de Roubaix. Seul Valls fait l’unanimité contre lui. « C’est bizarre quand même. Ce type a été premier ministre et il n’est toujours pas capable de masquer ses émotions… », observe Mehdi face au visage crispé de l’ancien chef de gouvernement, qui ne desserra pas la mâchoire de la soirée. « Qu’est-ce qu’il est anxiogène ! » lâche Romain lorsque Valls évoque l’environnement international : « Il s’agit d’élire le président de la République de la 5e puissance mondiale, de la 2e puissance économique de l’Union européenne dans un monde en crise, avec des dirigeants comme Trump et Erdogan… » Mehdi renchérit : « Il joue sur les peurs. Mais il faut donner de l’espoir ! » La politique de Manuel Valls pendant ce quinquennat a été particulièrement rejetée à Roubaix, ville de mixité où vit une importante communauté d’origine maghrébine. « La déchéance de nationalité a constitué le moment de rupture », racontent Romain et Mehdi. C’est même de leur section qu’est partie la première critique de la base militante du parti, à travers la mise en ligne d’une page Facebook intitulée « socialistes contre la déchéance de la nationalité »

Autour du poste de télévision, il n’y en a pas un pour défendre l’ancien premier ministre. Pierre Dubois, ancien maire de Roubaix, doyen de la soirée, analyse : « Valls est sur le registre du sortant. Il essaye d’être solidaire du bilan, il essaye de faire quelques propositions, mais il a bien du mal. Il personnalise trop en disant “mon gouvernement”, “mon bilan”… »

Ici, on est plutôt favorable à Arnaud Montebourg, Vincent Peillon ou Benoît Hamon. Les trois autres candidats non PS sont déjà mis hors jeu. On rigole devant les sorties décalées de Jean-Luc Bennahmias, on est indulgent face à la prestation de Sylvia Pinel « qui ne s’en sort pas mal », on écoute à peine François de Rugis « qui n’a vraiment pas un profil d’écolo »

Mickaël, jeune militant de 24 ans, est un partisan déclaré de Montebourg. « C’est quelqu’un qui a été mécontent de l’action gouvernementale, et en même temps il ne joue pas la facilité en fustigeant ceux qui ont tout raté, comme le fait Hamon. C’est aussi quelqu’un qui a gardé la même ligne depuis 2012 : le candidat Montebourg de 2017 est le même que celui de la primaire socialiste il y a cinq ans. Enfin, je me reconnais dans son côté patriote. » Il faut dire que Montebourg bénéficie déjà d’un certain capital de sympathie à Roubaix : il y a un mois, il s’est prêté au jeu du « banquet populaire » organisé par la section. Autour d’un bon repas, le candidat a répondu aux questions d’une assemblée de quelque 300 personnes. Un succès, aux dires de tous ceux qui étaient présents.

Romain, toutefois, sait déjà qu’il votera Peillon. « Pour l’instant, je suis le seul de la section, mais je ne désespère pas d’en convaincre quelques-uns ce soir… ! » Ce qui lui plaît dans le programme de l’ancien ministre de l’éducation ? « L’inversion du bouclier fiscal, avec le plafond de la taxe d’habitation à 20 % du revenu fiscal. Cette taxe constitue l’un des impôts les plus inégalitaires… » Une mesure particulièrement parlante pour cet habitant de Roubaix, ville marquée par d’impressionnants écarts sociaux entre le quartier de Barbieux, au sud, où résident quelques-unes des familles les plus riches de France, et les quartiers populaires, majoritaires. À peine un cinquième des contribuables roubaisiens s’acquittent de la taxe d’habitation à taux plein tandis qu’à Barbieux, le taux d’ISF fleurte avec celui de Croix – la commune la plus riche de l’agglomération lilloise – voire celui de Neuilly en région parisienne.

D’autres, comme Pierre Dubois, sont encore hésitants. Il se décidera « à l’issue du deuxième ou du troisième débat », entre Montebourg et Hamon. « Montebourg par raison, parce qu’il a de l’expérience, une bonne connaissance des dossiers économiques, une volonté de faire, du panache. Et Hamon parce que j’aime bien ses propositions ». Benoît Hamon est le seul, parmi les quatre candidats socialistes, à avancer l’audacieux projet d’un revenu universel.

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Nous avons rencontré la section socialiste de Roubaix une première fois à l'occasion d'un reportage pendant l'entre-deux-tours des élections régionales, en décembre 2015.

Vous la retrouverez régulièrement dans Mediapart tout au long de la campagne présidentielle.