La subvention royale de Wauquiez à son petit Puy du Fou

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Le président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes veut accorder un million d’euros au château de Saint-Vidal, revendiquant d’avoir sur ses terres un petit Puy du Fou. Au-delà du caractère idéologiquement très marqué du projet, l’opposition dénonce le financement public d’un patrimoine privé.

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Alors que la Région de Laurent Wauquiez a drastiquement réduit les subventions aux associations – provoquant un immense plan social dans le milieu associatif et, singulièrement, dans le secteur culturel –, le montant d’une subvention bientôt attribuée au château de Saint-Vidal provoque le malaise.

Ce vendredi, les élus d’Auvergne-Rhône-Alpes vont en effet accorder un million d’euros au château de Saint-Vidal, une forteresse médiévale située à quelques kilomètres du Puy-en-Velay, le fief du patron des Républicains.

L’« Association pour la valorisation du Velay, Auvergne et Gévaudan » qui va recevoir la généreuse enveloppe défend depuis deux ans un projet singulier : créer en Auvergne, sur le site de Saint-Vidal, un petit Puy du Fou avec moult reconstitutions historiques en costumes.

Pour mener à bien son projet, le jeune Lyonnais Vianney d’Alançon, qui a racheté en 2016 le château, ancienne propriété de la famille, a déjà reçu l’an dernier 600 000 euros de la Région, 300 000 euros du département et 300 000 euros de la communauté d’agglomération. Un premier tour de table complété par le soutien des fondations Dassault et Michelin, lequel a permis au château de Saint-Vidal d’ouvrir ses portes au public l’été dernier en présentant des spectacles historiques, avec force hallebardes et costumes médiévaux, dans la droite ligne, en plus modeste, des productions du vicomte de Villiers.

Vianney d’Alançon, qui dirige une entreprise de médailles et bijoux religieux, Laudate, a confié l’aménagement des jardins à son ami François d’Orléans, « prince paysagiste » dixit Point de vue –, comte de Dreux et fils du prince Michel d’Orléans.

Ardemment soutenu par le comédien Lorànt Deutsch et l’animateur Stéphane Bern, deux personnalités qui ne cachent pas leur fascination pour la monarchie, le projet propose à travers un « parcours déambulatoire » sobrement intitulé « Mémoires d’un peuple » de revisiter les grandes heures de l’histoire de France. Une histoire au parfum de roman national, avec une insistance toute particulière sur le glorieux épisode des croisades, exaltant à travers les figures de Saint-Vidal les « ardents défenseurs de la foi catholique ». « Chaque pièce sera l’occasion unique d’une rencontre avec votre mémoire où vous rencontrerez chevaliers, bâtisseurs, croisés, damnés […]. Vivez au gré des mariages et des combats la fabuleuse histoire d’une forteresse jamais prise depuis plus de 1 000 ans… et par la Grâce de Dieu, vive Henri IV ! », annonce le site de Saint-Vidal.

Affiche d’un spectacle de Saint-Vidal. © Saint-Vidal Affiche d’un spectacle de Saint-Vidal. © Saint-Vidal

Pour le fervent catholique Vianney d’Alançon, proche du très conservateur évêque de Fréjus-Toulon, monseigneur Rey, qui a défrayé la chronique en invitant Marion Maréchal à son université d’été en 2015, la forteresse siège de la « Sainte Ligue catholique » pendant les guerres de religion doit servir de phare en nos temps troublés. « Jamais le désir de retour aux racines n’a été aussi fort qu’aujourd’hui. Les Français veulent connaître leurs origines, se passionnent pour leur culture », peut-on lire sur le site de Saint-Vidal. « Cette forteresse intacte et invaincue depuis dix siècles est un symbole. Symbole de résistance face aux attaques extérieures en tous genres. Symbole d’ancrage sur un territoire et dans le temps, au cœur d’un monde bouleversé », écrit-il.

La forteresse de Saint-Vidal, en Haute-Loire. © François Iordanoff

Dans une tribune récemment publiée par le Figarovox, le jeune châtelain s’inquiète de la disparition du patrimoine français. « Châteaux, églises, chapelles, calvaires, fermes, moulins, lavoirs… chaque village peut s'enorgueillir de son chef-d'œuvre ! Mais aussi de notre patrimoine immatériel, encore moins protégé. Folklore, musique traditionnelle, patois, métier d'art, fête patronale… sont en train de disparaître petit à petit dans un silence assourdissant […]. Saint-Vidal ne doit pas être une exception. La France a le potentiel pour multiplier de telles réussites, de clocher en clocher, et créer un puissant élan fédérateur », s’enthousiasme-t-il.

Pour Laurent Wauquiez, qui ne cesse de se présenter comme le défenseur des « racines » face à un Macron « sans ancrage », rejouant l’opposition entre droite conservatrice et droite libérale, le projet de Saint-Vidal est une aubaine qui entre – au risque de la caricature – en parfaite résonance avec son agenda politique. Le patron de la Région Auvergne-Rhône-Alpes a par ailleurs récemment montré qu’il n’était pas insensible à l’imagerie chevaleresque. En juin dernier, l’opposition avait découvert, stupéfaite, que la Région allait casser sa tirelire pour changer son logo et que celui-ci emprunterait « au délicieux vocabulaire héraldique », comme Mediapart le racontait ici.

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