Mediapart remporte le procès que lui avait intenté Gérald Darmanin

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Les ministres Gérald Darmanin et Sébastien Lecornu avaient poursuivi en diffamation Mediapart pour un article expliquant qu’ils avaient loué, pour leurs vacances en Corse, la villa d’un repris de justice. Le tribunal leur a donné tort. Comme lors des présidences précédentes, aucune de nos enquêtes sur le pouvoir n’a été démentie. À se demander si les mensonges et accusations à notre encontre ne sont pas le seul moyen pour tenter de discréditer notre travail.

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C’est un revers pour le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin et le ministre des outre-mer Sébastien Lecornu. Vendredi 13 novembre, le tribunal de Paris a relaxé Mediapart et la journaliste Hélène Constanty. Oui, les deux ministres ont bien loué en Corse la villa d’un repris de justice, comme nous l’avons écrit le 16 août 2017.

C’est une information. Simple. Factuelle. Reconnue comme telle par la justice. Le tribunal a en effet débouté de leurs demandes MM. Darmanin et Lecornu, et relaxé Mediapart en jugeant, tout simplement, que notre article n’était pas diffamatoire. En d’autres termes que notre enquête était légitime et aucunement diffamatoire, ainsi que l’avait plaidé à l’audience notre avocat, Me Emmanuel Tordjman..

Et c’est un revers cuisant pour le gouvernement, un de plus face à Mediapart. Qu’ils soient ministres, membres de cabinets ou députés, plusieurs ont annoncé depuis l’élection d’Emmanuel Macron que nos informations étaient fausses, erronées, orientées. Plusieurs ont déposé plainte, sans jamais obtenir gain de cause devant la justice.

 © Éric Feferberg / AFP © Éric Feferberg / AFP

Mediapart n’est pas au-dessus des lois. Nous répondons devant les tribunaux de tout ce que nous écrivons. Qu’il s’agisse d’abus personnels ou de scandales d’État. Mais force est de constater, que, comme sous les présidences Sarkozy et Hollande, aucune de nos informations publiées sur le pouvoir en place ne s’est révélée inexacte.

À titre d’exemple, nous rappellerons que quand Nicolas Sarkozy a contourné le droit de la presse pour nous faire condamner dans l’affaire libyenne, il a pris un violent retour de bâton, jusqu’en Cour de cassation. Et que, parallèlement, l’enquête judiciaire issue de nos révélations a prospéré, jusqu’à sa récente mise en examen pour association de malfaiteurs.

Gérald Darmanin, le perdant du jour, avait au moins eu la clairvoyance de ne pas nous attaquer lors de nos révélations sur la façon dont il s’est servi de ses postes passés pour s’attirer des faveurs sexuelles.

C’est autrement qu’il s’en prend à Mediapart et à la presse en général en s’attaquant personnellement à certains journalistes ou en les restreignant dans leur diffusion des images de violences policières.

Mais soyons honnêtes avec lui. Il n’est pas le seul à s’être agacé, à avoir menacé ou accusé Mediapart, sans jamais être en capacité de remettre en cause les faits que nous avions mis sur la place publique.

Rien que depuis l’accession d’Emmanuel Macron à la présidence de la République, on pourrait piocher parmi nos révélations, pour les citer en vrac, les interventions d’Alexis Kohler sur le dossier de l’entreprise de sa famille MSC, les conflits d’intérêts d’Éric Dupond-Moretti, les cadeaux d’une entreprise reçus par Olivier Dussopt tandis qu’il lui accordait des marchés, les innombrables mensonges et manquements d’Alexandre Benalla, les subventions injustifiables de Jean-Michel Blanquer, les aberrations d’Olivier Véran sur les masques anti-Covid, les propos à connotation sexiste, raciste et homophobe de Laetitia Avia*, les démêlés fiscaux de Laura Flessel, les conditions de scolarisation privilégiées de la descendance de Jean-Yves Le Drian, l’encombrant passé de Jean-Baptiste Djebarri au Luxembourg, les homards pour amis aux frais du contribuable de François de Rugy*, les investigations judiciaires stoppées dans la commune de Jean Castex, les frais de bouche injustifiés de Jean-Jacques Bridey, les mensonges de Christophe Castaner sur les violences policières. Sans même remonter jusqu’au financement de la campagne d’Emmanuel Macron.

Jamais une de nos informations ne s’est révélée inexacte sur l’un d’entre eux. C’est fort immodeste de le rappeler. Car après tout, c’est notre rôle, notre métier, et c’est l’inverse qui serait choquant. Mais il faut parfois rappeler des évidences : nous ne publions que des informations dont nous sommes à 100 % certains, sans laisser la moindre place à l’incertitude. Nous ne savons que trop que nos ennemis scrutent chacune de nos virgules, guettent le moindre faux pas et se serviraient de n’importe quelle erreur pour tenter de discréditer l’ensemble de nos investigations.

Alors, si nous nous permettons ce rappel, c’est parce que nous ne pouvons pas nous empêcher de penser que c’est aussi parce que les ministres sont en incapacité de nous prendre en défaut sur nos enquêtes qu’ils nous attaquent sur d’autres terrains. Car dans leurs multiples attaques, jamais ils ne citent une ligne, une phrase d’un de nos articles qui serait problématique.

Pour nous discréditer et nous affaiblir, les ministres et la majorité présidentielle préfèrent nous attribuer une idéologie, l’islamo-gauchisme, la haine de soi collective, la lâcheté intellectuelle, et nous reprochent – ce serait terriblement blessant si ce n’était grotesque – une complicité intellectuelle avec les terroristes.

À défaut de pouvoir s’en prendre à un article d’un journaliste, Gérald Darmanin attaque en justice un billet de blog d’un lecteur, et essaye de semer la confusion.

Peut-être pour faire oublier qu’en matière de terrorisme, également, nos informations sont reprises, par exemple lors des procès Charlie-Hyper Cacher, puisqu’elles permettent de mettre au jour les failles de nos services de renseignement dans la surveillance des réseaux et dans le trafic d’armes.

Faut-il répondre à chaque outrance d’un membre du gouvernement et nourrir des polémiques stériles ? Ce serait perdre un temps précieux, que nous préférons user à enquêter.

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* François de Rugy a porté plainte contre Mediapart.

* Laetitia Avia a porté plainte contre David Perrotin, l’auteur de l’article publié dans Mediapart.