Logement : le gouvernement empêtré dans ses contradictions

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En ce jour où s'achève la trève hivernale, l'Etat s'apprête à lancer des expulsions. Alors que l'an passé, il s'était engagé à loger tous les Français.

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Le 16 mars marque la fin de la trêve hivernale. Pas la trêve des contradictions gouvernementales. Qu’adviendra-t-il des quelques dizaines de milliers de familles françaises de nouveau menacées d’expulsion depuis ce matin pour impayés de loyers? Seront-elles plus ou moins nombreuses que les dernières années à être évacuées par la force ? Impossible à dire. Une circulaire du Premier ministre et l’esprit de la loi du Droit au logement opposable (DALO) devraient a priori mieux les protéger. Mais leur sort dépend des préfets, écartelés entre les textes et les desiderata du ministère de l’intérieur.
Pour Etienne Pinte, député (UMP) des Yvelines, pas de doute : les locataires sont à présent protégés. «Le Premier ministre adhère au rapport que j’ai rendu le 29 janvier, qui stipule que "le concours de la force publique, pour toute expulsion, sera subordonné à une proposition d’hébergement" ». Selon Etienne Pinte, la circulaire signée par François Fillon le 22 février, acte cette nouvelle politique, «que le locataire soit de bonne ou de mauvaise foi». Le premier ministre se serait même engagé à passer clairement la consigne aux préfets qu’il réunira prochainement autour d’Alain Régnier, récemment nommé préfet délégué général à la coordination de l’hébergement et de l’accès au logement.
Cette évolution paraîtrait cohérente avec la loi DALO (Droit au logement opposable), votée en 2007, et qui fait reposer sur les préfets la charge de reloger six catégories de personnes prioritaires, dont les «menacées d'expulsion sans relogement».
Pourtant, Jean-Baptiste Eyraud, de l’association Droit au logement (DAL), reçu il y a quelques jours au ministère de l’intérieur, dit «ne pas avoir senti de volonté de réduire le nombre d’expulsions. Ils nous ont juste dit qu’ils examineraient les dossiers avec rigueur».
Autant dire que demain, un préfet pourrait donner son aval à l’expulsion d’une famille le matin, et se trouver immédiatement dans l’obligation de la reloger l’après-midi. On frôle la schizophrénie.