Handicap à l’école: la majorité s’enlise dans la polémique

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La controverse continue sur le refus par la majorité à l’Assemblée de débattre d’une proposition de loi du groupe Les Républicains sur le handicap à l'école, texte soutenu par les oppositions de gauche. Des collectifs de professionnelles qui s’occupent d’enfants nécessitant un accompagnement montent à leur tour au créneau, alors que les associations plaident pour une scolarisation vraiment « inclusive ».

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Manipulation, politique politicienne, effets de manche… Les réactions ont été vives de la part de la majorité après l’intervention enflammée de François Ruffin, député du groupe La France insoumise, le jeudi 10 octobre. Le député de la Somme réagissait dans l’hémicycle après le refus du groupe LREM de discuter en séance publique de la proposition de loi (PPL) du groupe LR sur l’inclusion des élèves en situation de handicap.

« Pour les enfants handicapés, leurs accompagnants, j’espère que le pays ne vous le pardonnera pas. Nous demandons un scrutin public ! Les noms publiés ! Ils circuleront à travers la France. Et ce vote, j’en suis convaincu, vous collera à la peau comme une infamie », a-t-il clamé à la tribune, visiblement ému par la surdité des élus LREM.

La colère de François Ruffin après le rejet de la proposition de loi sur le handicap par la majorité, à l'Assemblée nationale, le 11 octobre 2018. © La Luciole Mélenchantée

La vidéo de son court discours, faisant suite à la proposition de motion de rejet préalable des élus LREM et MoDem, a fait le tour d’Internet et des réseaux sociaux. François Ruffin a aussitôt été accusé de démagogie, faisant réagir les députés LREM et les ministres concernés.

Le député Adrien Taquet, auteur en mai 2018 d’un rapport pour le gouvernement sur le handicap, est monté le premier au créneau, multipliant pour justifier la posture de la majorité les interviews et les tweets, complétés par une tribune dimanche dans le JDD. « Surfer sur les difficultés et les angoisses des personnes, en hurlant contre le rejet d’un texte inutile et dangereux, après plusieurs heures de débats en commission et de discussion dans l’hémicycle, n’est pas digne de responsables politiques », écrit l’élu Hauts-de-Seine.

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Déclinés en plusieurs salves, ses éléments de langage – les fameux « EDL » demandés par les militants pour répondre à la vague de critiques qui s’est abattue sur LREM – ont été repris à l’envi par les élus de la majorité et les « marcheurs », tout au long des trois jours qui ont suivi la polémique.

Le ministre Jean-Michel Blanquer, à l’Éducation, et la secrétaire d’État Sophie Cluzel, pour ce qui concerne le champ du handicap, ont été appelés à la rescousse pour éteindre l’incendie médiatique. Le premier a contre-attaqué : « Certains cherchent à réaliser un “coup” politique sur le sujet qui réclame le plus dignité et rassemblement. »

« Ne perdons pas de temps à faire des lois qui ne servent à rien, nous avons les lois qu'il nous faut ! », a même expliqué la secrétaire d’État le 15 octobre, pour justifier le refus de débattre avec les oppositions. La même n’avait pourtant pas réagi sur « l’inutilité » de la proposition de loi de la majorité sur l’usage du téléphone portable au collège et en primaire, dont la portée a été plus que nuancée… Par ailleurs, aucune loi portant spécifiquement sur le handicap n'a pour le moment été déposée par le gouvernement depuis le début du quinquennat, même si Emmanuel Macron avait fait du sujet une « priorité politique » au cours de sa campagne.

Avec cette motion de rejet préalable, la majorité s’est pris les pieds dans le tapis sur le plan politique en refusant le débat sur un sujet hautement inflammable. « Humblement, nous reconnaissons que le système actuel n’est pas parfait, mais nous ne voulons plus une politique du pansement », a asséné Jacqueline Dubois, la députée LREM de Dordogne, qui a porté la parole du groupe majoritaire à la tribune.

Interrogée par Mediapart, la députée LREM Cécile Rilhac, qui s’est exprimée dans l’hémicycle pour soutenir la position de son groupe, estime que « la PPL était mal écrite, approximative et ne réglait rien ». Mais elle reconnaît une erreur : « On en a oublié les conséquences politiques. On est tombés dans le panneau. » Elle plaide que la discussion avait déjà eu lieu en commission – ce qui est le cas de tous les projets et de toutes les propositions de loi – et que c’était « du temps perdu » de débattre à nouveau en séance.

C’est évidemment faire fi de l’importance du débat politique au Palais-Bourbon qui, au-delà d’être un lieu où les lois sont votées, est également une tribune pour les oppositions. « En effet, nous n’avons peut-être pas pris la bonne décision », dit-elle, évoquant des dizaines de messages extrêmement critiques reçus tout au long du week-end.

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