Bertrand Delanoë «assume et revendique» l'esplanade Ben Gourion

Malgré un important dispositif policier, les manifestants pro-palestiniens se sont invités, le 15 avril dans le VIIe arrondissement, à l'inauguration de l'esplanade David Ben Gourion, fondateur de l'Etat d'Israël.

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Bourguiba plutôt que Arafat. A l'occasion de l'inauguration de l'esplanade David Ben Gourion, dans le VIIe arrondissement, Bertrand Delanoë, maire de Paris, et Shimon Peres, le président israélien, ont préféré s'attarder sur l'ancien président tunisien plutôt que d'évoquer l'ancien leader de l'Autorité palestinienne. «Et pas parce que je suis né en Tunisie», ironise le maire socialiste, mais parce qu'il «y a là un heureux hasard». Cette nouvelle esplanade, inaugurée jeudi 15 avril, se trouve en effet non loin de celle de Habib Bourguiba, le «premier chef d'Etat arabe à avoir reconnu l'Etat d'Israël», rappelle Bertrand Delanoë, devant un portrait en noir et blanc de Ben Gourion.

Controversée, la cérémonie en l'honneur du créateur d'Israël a également réuni Rachida Dati ou Anne Hidalgo. Une inauguration sous ultra-haute surveillance. Et si du côté du quai Branly – entre le 15 et le 61 –, la question politique a été savamment détournée, les manifestants se sont, eux, invités pour évoquer la cause palestinienne. Résultat: 41 interpellations.

Pourtant tout avait été orchestré pour que rien ne vienne interférer. Reléguée de l'autre côté de la Seine, au coin du pont de l'Alma, la centaine de manifestants dénonçaient la «provocation» et la «sinistre farce», selon l'un des tracts distribués. Pas moins d'une vingtaine de camions de CRS pour contenir ces potentiels pertubateurs. Quatre CRS – un peu trop zélès? – raccompagnaient fermement trois jeunes Maghrébins. «On vous accompagne, ça ne sert à rien d'envenimer les choses!» justifient-ils. «Mais quelles choses, on ne fait que passer?» s'étonnent-ils, surpris.

Le long du quai Branly, seuls les détenteurs d'une des précieuses invitations étaient autorisés à franchir les nombreux barrages. Une centaine de personnes, relativement âgées et apprêtées, s'y pressent. Une fanfare tente de faire oublier le retard, tandis que certains s'amusent à chercher les célébrités. «Je le vois pas, mais a priori, il y a Enrico Macias», entend-on parmi la foule. Quant aux journalistes, ils passent le temps en scrutant les toits de Paris, à la recherche des tireurs d'élite.

Faute de carton, les militants pro-palestiniens – militants du NPA, de Génération Palestine... – se sont invités à la cérémonie. Sur la Seine, un bateau-mouche a réussi à gagner le site de l'inauguration, semant quelques instants la panique, alors qu'au même moment d'autres ont déroulé un drapeau palestinien sur l'Arc de triomphe. Un même cri: «Israël assassin, Delanoë collabo». Peu avant le début du discours de Rachida Dati, deux manifestants palestiniens, un drapeau à la main, ont également réussi à déjouer la vigilance policière, derrière la vitre du musée Branly, sous l'œil médusé de l'assistance.

Ben Gourion, une figure polémique

Mais pourquoi tant de passion? Le choix de nommer cet espace Esplanade David Ben Gourion avait pourtant été voté à l'unanimité au conseil de Paris en juillet 2008.

David Ben Gourion, figure historique du parti travailliste, est à l'origine de le naissance de l'Etat israélien le 14 mai 1948. Adulé par les sionistes, il l'est beaucoup moins par les Palestiniens. Il est plutôt à l'origine d'un épisode douloureux, celui de la Naqba, la «catastrophe». «David Ben Gourion est celui qui a fondé l'Etat d'Israël sur la terreur, expulsant 800.000 Palestiniens de leurs terres et rasant plus de 500 villages palestiniens entre 1948 et 1949», lit-on sur le tract du groupe EuroPalestine. Du côté des manifestants, l'invité d'honneur en prend également pour son grade. Ils imputent à Shimon Peres la «responsabilité directe du massacre délibéré de plus de 100 réfugiés dans le village libanais de Cana en 1996». Autant d'éléments qui justifient, selon une des manifestantes, «la nécessité de rebaptiser l'esplanade».

Mais autant d'éléments très peu soulevés au cours de l'inauguration. «Emue», Rachida Dati, maire du VIIe arrondissement, salue en Shimon Peres «le plus illustre et le plus légitime témoin de l'œuvre» de David Ben Gourion. «Un symbole de paix», ajoute-t-elle.

Seul, Bertrand Delanoë, se risque à évoquer la polémique. «Je ne m'excuse pas, j'assume et je revendique la légimitité de l'Etat d'Israël», éructe-t-il soudainement, devant une assemblée conquise et applaudissante. «Mon cher Shimon», ajoute-t-il, «je suis heureux de faire rentrer le nom d'un grand homme et de ce qu'il symbolise dans le cœur de Paris. (...) J'y tenais politiquement et affectueusement!»

Politiquement inexistant, le discours du président israélien relevait, lui, davantage de la déclaration d'amour à Paris. Pas une seule référence à la question palestinienne. Mais beaucoup d'anecdotes, sur Ben Gourion et de Gaulle. Et une perle: «A Paris, on ne vote pas avec ses mains, mais avec ses pieds!», lâche-t-il en souriant. «Il a pas dit ça quand même? Elle a mal dû traduire?», s'étonne un journaliste.

En marge de l'événement, le maire de Paris est cependant revenu sur la polémique, «n'acceptant pas les arguments» des manifestants. Interrogé sur un éventuel pendant palestinien à l'esplanade Ben Gourion, Bertrand Delanoë a rapidement évacué l'idée d'une rue Arafat, plébiscitée par certains. «Ben Gourion est mort il y a quelques décennies, alors que Arafat, seulement depuis quelques années», justifie-t-il.

Faisait-il référence à la règle, qui prévoit que le nom d'une personnalité ne soit attribué à une voie publique qu'au minimun cinq ans après le décès? Pourtant la mairie de Paris vient d'annoncer que le quai Malaquais, dans le VIe arrondissement, prendrait prochainement le nom de de Mahmoud Darwich. Un célèbre poète palestinien, décédé au Texas en août 2008...

Jihane Bergaoui

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