Affaire de Karachi: la DCN confirme la piste de rétrocommissions en France

Les juges d’instruction chargés de l’enquête sur l’attentat de Karachi disposent de deux documents explosifs issus de la Direction des constructions navales (DCN). Ils confirment la piste du versement de rétrocommissions en 1994-1995 à des responsables politiques français en marge d’un important contrat d’armement avec le Pakistan. Une note affirme que le versement de certaines commissions a été bloqué «sur instructions des autorités françaises faisant état de retours illicites de tout ou partie des commissions en France». Sont aussi évoqués des «faits de corruption en France». L’attentat de Karachi a causé la mort, le 8 mai 2002, de 15 personnes dont 11 Français.

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Les juges d’instruction Marc Trévidic et Yves Jannier, chargés de l’enquête sur l’attentat de Karachi, disposent désormais au dossier de deux documents explosifs issus de la Direction des constructions navales (DCN). Ils confirment, noir sur blanc, la piste du versement de rétrocommissions en 1994-1995 à des responsables politiques français en marge d’un important contrat d’armement avec le Pakistan, selon des témoignages et documents exclusifs recueillis par Mediapart. L’attentat de Karachi a causé la mort, le 8 mai 2002, de quinze personnes dont onze employés français de la DCN qui travaillaient à la livraison de sous-marins Agosta vendus, en 1994, au Pakistan, par le gouvernement de l’ancien premier ministre Edouard Balladur.
Selon une enquête interne à la DCN, menée en 2002 sous le nom de code «Nautilus» par un ancien agent de la Direction de la surveillance du territoire (DST), Claude Thévenet, les causes véritables de l’attentat, initialement imputé à la mouvance Al-Qaida, seraient en réalité liées au non-versement de commissions occultes dues par la France à des officiels pakistanais (politiques et/ou militaires), comme l’avait révélé Mediapart en septembre 2008.
L’arrêt de ces paiements fut le fait, en juillet 1996, du nouveau président de la République, Jacques Chirac. Celui-ci aurait alors suspecté son rival de l’époque, Edouard Balladur, d’avoir financé illégalement sa campagne présidentielle de 1995 à la faveur de deux gros contrats d’armement signés sous son gouvernement. L’un avec l’Arabie saoudite (contrat Sawari 2) ; l’autre avec le Pakistan (contrat Agosta). Le mécanisme mis en place aurait alors consisté à récupérer, par le biais de rétrocommissions, une partie de l’argent initialement versé dans le cadre de ces contrats à deux intermédiaires libanais, Ziad Takieddine et Abdulrahman El-Assir.
Le directeur de la campagne électorale de M. Balladur était aussi son ministre du budget pendant la cohabitation de 1993-1995: Nicolas Sarkozy.
S’il n’existe, pour l’heure, aucune preuve matérielle d’un lien entre l’arrêt du versement des commissions et l’origine de l’attentat, l’affaire de Karachi permet aujourd’hui de mettre en lumière les obscures pratiques financières qui entourent certains grands contrats d’armement internationaux. Elle réveille le spectre de la corruption et du financement illégal de la vie politique française qui en découle.

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