Au vu de son travail à la région Ile-de-France, 1/10 pour Valérie Pécresse

Un classement qui tombe à pic. A la veille du second tour des élections régionales, le bureau d'études Parlorama révèle en exclusivité à Mediapart une étude sur l'activité des conseillers régionaux d'Ile-de-France. 209 élus passés à la loupe. Et les conclusions sont étonnantes: les conseillers sont plutôt présents et le FN y travaille le plus activement. Côté têtes de listes, Jean-Paul Huchon sort gagnant, alors que Valérie Pécresse se classe à 172e place.

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«Les élus (régionaux) travaillent plutôt bien.» Après avoir fait grand bruit en avril 2009 avec le classement des députés européens, le bureau d'études Parlorama pour la transparence démocratique s'est attaqué au conseil régional d'Ile-de-France. Pour en tirer cette conclusion rassurante à la veille du second tour des élections régionales.

Le mandat 2004-2009 de ces 209 élus est décortiqué et disséqué à partir de 13.371 pages de procès-verbaux, 7.838 rapports, 69 questions écrites, 227 questions orales et 38.662 interventions. Parmi ces élus notés de 0 à 10 selon l'assiduité et la participation à la vie du conseil régional, 19 conseillers régionaux obtiennent la note maximale de 10/10. Tous les élus sont notés les uns par rapport aux autres, selon un calcul relatif. Plutôt qu'une étude d'opinion, Parlorama propose ici une analyse statistique de données publiques, qui permet de rendre compte des performances individuelles (lire en page 3) comme collectives.

Une étude qui tombe à pic. Un timing qui n'est pas anodin, selon Edouard Meier, l'un des créateurs de Parlorama: «A la base, on a sorti l'étude pour aider à éclairer le choix citoyen. Mais également pour sanctionner les mauvais et récompenser les bons élus. Mais on voulait surtout essayer de comprendre ce qui se passe dans un conseil régional.» Et a fortiori, bousculer quelques idées reçues: «On trouve que les explications données de l'abstention au premier tour des régionales ne sont pas toujours justes. Notre étude montre qu'il y a un décalage entre l'idée qu'on se fait des conseillers régionaux et leur travail effectif.»

Certes les élus travaillent «plutôt bien». Mais pas tous. «On préfère se focaliser sur des enjeux d'ensemble, et pas forcément sur des personnalités. Mais lorsqu'on voit que Roger Karoutchi, qui s'est fait virer du gouvernement, obtient 10/10, puis qu'il s'est fait évincer de la tête de liste pour ces élections par Valérie Pécresse, qui a elle 1/10, on se pose des questions. On aimerait que l'étude permettre de corriger a posteriori des nominations...», explique Edouard Meier.

Une telle étude statistique pose pourtant la question de la méthodologie. Notamment en terme de qualitatif/quantitatif. «On voulait travailler sur la transparence démocratique, et moins sur l'influence politique. Les gens à qui l'on confie des mandats remplissent-ils leurs missions? Or pour remplir cette mission, cela suppose assiduité et activité, ce que l'on peut mesurer concrètement avec notre algorithme. Si on devait s'attaquer à l'influence politique, il nous faudrait d'autres outils, parce que, actuellement, on n'a pas vraiment moyen de la mesurer. Là, on travaille exclusivement sur du concret, sur des données vérifiables et inattaquables, pas sur quelque chose de volatil», justifie de son côté Edouard Meier.

209 élus scrutés avec précision. Mais au-delà du classement individuel – riche en surprises –, l'étude apporte une vue d'ensemble sur ces élus méconnus. Plusieurs enseignements que Mediapart détaille ici.

Assiduité et cumul des mandats...

L'activité

La grosse surprise, c'est l'activité du Front national. Selon les calculs de Parlorama, le FN est le parti le plus performant avec une note de 7,27 sur 10 pour l'ensemble de ses élus. Une surprise, «mais finalement pas tant que ça. C'est la stratégie du FN depuis 1986 de s'agiter et d'être le plus démocrate parmi les démocrates», souligne Edouard Meier. Faute de méthode qualitative, il est cependant impossible de mesurer la capacité du Front national d'influencer ou de nuire à l'activité politique du conseil régional. «Certes le FN est actif, mais la majorité de gauche également, parce que leurs élus connaissent les dossiers débattus », ajoute-t-il. Juste derrière l'extrême droite, arrivent donc les partis de gauche. Les Verts récoltent la note de 5,93, le Parti socialiste 5,18, et le Front de gauche 4,92. Et en bon dernier, la majorité présidentielle avec 3,7. Plus précisément, «parmi les 50 premiers du classement final figurent 18 élus du PS, 9 Verts, 8 UMP, 7 FN et non-inscrits, 5 communistes et extrême gauche et 3 MoDem».

Outre cette activité, l'étude révèle également la proximité entre les sujets traités par les conseillers régionaux et les thèmes qui intéressent les citoyens. De par l'analyse des mots les plus cités dans les documents (soit «action», «emploi», «décentralisation»), « il est clair que les élus travaillent sur ce qui intéressent les Franciliens et qu'ils ne sont pas déconnectés de la réalité», précise Edouard Meier.

L'assiduité

Actifs mais également assidus. Parlorama révèle ainsi que le taux de présence moyen pour l'ensemble des conseillers régionaux est de 74% en plénières et commissions. Seuls 10% des élus n'ont pas participé à plus de 50% des réunions. «On se fait une mauvaise idée des conseillers régionaux, on pense qu'ils ne font rien, or leur taux de présence est plutôt bon. Il faut comparer ces chiffres avec ceux de l'Assemblée nationale et on verra qui travaille... », raille Edouard Meier. En terme de groupes politiques, ce sont les élus du groupe socialiste et apparentés qui affichent le taux de présence maximal. Pourtant le lien entre présence et activité n'est pas forcément déterminant. A la 85e place du classement, Jeanne Chedhomme, élue PS, obtient par exemple un 5/5 en présence, mais n'a que 1/5 en activité. «Sur les 50 conseillers régionaux les plus présents, 64% d'entre eux ne sont pas classés dans les meilleurs en terme d'activité», lit-on dans l'étude.

Le cumul ne se fait pas forcément au détriment de l'échelon régional

Le cumul des mandats peut-il favoriser la professionnalisation? C'est l'un des enseignements tirés de l'étude. Celle-ci révèle que les «cumulards» obtiennent souvent une meilleure note (5,13 en moyenne) que les élus qui ont une autre vie professionnelle (4,79 en moyenne). Une pratique largement répandue au sein des 209 conseillers régionaux: 61% cumulent avec un autre mandat voire une fonction ministérielle. «A de rares exceptions, le cumul des mandats ne semble pas être un frein à l'activité: parmi les 50 premiers, 66% exercent un autre mandat électif», dont trois avec un mandat européen ou une nomination ministérielle. Les grands partis comme le PS (73,25%) et l'UMP (78,26%) cumulent davantage que les plus petites formations (37,04% pour les Verts). Cependant, entre les différents mandats, «certains élus privilégient l'échelon régional, comme Marine Le Pen. Elle avait obtenu 0/10 à notre étude sur les eurodéputés, elle obtient ici 10/10», soulève Edouard Meier. D'autres élus oubliraient-ils, eux, ce mandat? Secrétaire d'Etat à la prospective et à l'économie numérique, députée de l'Essonne, maire de Longjumeau et conseillère régionale d'Ile-de-France, Nathalie Kosciusko-Morizet multiplie les fonctions. Et se classe 202e avec un zéro. «Au cours de la mandature 2004-2009, elle n'a été présente que 22 fois. Mais elle se justifie en disant qu'elle a de l'influence. Or pour être influente, personne ne lui a dit qu'il fallait poser des questions, s'investir? A quoi sert-il d'être conseiller régional si on n'est jamais là?», s'agace Edouard Meier.

Les dix meilleurs et les dix derniers

La parité est respectée

Avec 103 femmes pour 106 hommes, la représentation féminine au sein des groupes politiques est bien respectée. Pourtant, derrière cette proportion à peu près égale, l'étude plus affinée montre que les femmes, à l'exception du FN et des Verts, «interviennent moins dans les débats que les hommes». Et en ce qui concerne les responsabilités, l'étude rappelle que si «7 des 15 vice-présidences de la région» sont aux mains de femmes, elles sont peu nombreuses à la tête d'un groupe. La queue de classement soulève d'autres interrogations. Sur six années de mandat, Marie-Anne Montchamp (UMP) comptabilise 11 présences et 0 intervention. Claire Le Flecher (PS), 29 présences et 3 interventions. Certaines élues ne seraient-elles là que pour remplir l'objectif nécessaire – et obligatoire – de la parité? «C'est certain qu'il y en a quelques-unes qui sont là mais qui ne font rien. Et puis, celles qui sont en bout de liste ont tendance à tirer la note vers le bas», ajoute Edouard Meier.

De bons et de mauvais élus. Mais surtout trop d'élus? Edouard Meier soulève finalement l'hypothèse d'une «surpopulation des conseillers régionaux. Le peu d'activité de certains donne à penser qu'il y en a trop et que ceux en fin de liste n'ont rien à faire...». La création d'une nouvelle catégorie d'élus en 2014 – les conseillers territoriaux – serait-elle alors la solution?

Le classement des conseillers régionaux (2004/2009) en Ile-de-France selon Parlorama
Les dix premiers conseillers régionaux
  • 1er - Jean-Paul HUCHON (Président PS sortant et tête de liste) 10/10
  • 2e - Roger KAROUTCHI (UMP) 10/10
  • 3e - Marie-Christine ARNAUTU (FN) 10/10
  • 4e - Martial BILD (Parti de la France, ex-FN) 10/10
  • 5e - Marie-Pierre DE LA GONTRIE (PS) 10/10
  • 6e - Daniel BRUNEL (PCF) 10/10
  • 7e - Serge MERY (PS) 10/10
  • 8e - Francis PARNY (PCF) 10/10
  • 9e - Marine LE PEN (FN) 10/10
  • 10e - Mireille FERRI (Les Verts/Europe Ecologie) 10/10
Les dix derniers conseillers régionaux
  • 199e - Claire LE FLECHER (PS) 0/10
  • 200e - Emmanuel MOREAU (Républicain, Radical et citoyen) 0/10
  • 201e - Daniel CATTELAIN (Les Verts/Europe Ecologie) 0/10
  • 202e - Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET (UMP) 0/10
  • 203e - Marie-Claire CARRERE-GEE (UMP) 0/10
  • 204e - Didier BANQUY (UMP) 0/10
  • 205e - Jean-François LAMOUR (UMP) 0/10
  • 206e - Nicolas ABOUT (MoDem) 0/10
  • 207e - Marie-Anne MONTCHAMP (UMP) 0/10
  • 208e - Jean-François COPE (UMP) 0/10
  • 209e - Jean-Yves PERROT (UMP) 0/10
Et le classement des ministres et secrétaires d'Etat
  • 2e - Roger KAROUTCHI, ex-secrétaire d'état UMP chargé des relations avec le Parlement 10/10
  • 172e - Valérie PECRESSE, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, tête de liste UMP en Ile-de-France 1/10
  • 196e - Frédéric LEFEBVRE, porte-parole de l'UMP 0/10
  • 208e - Jean-François COPE, président du groupe UMP à l'Assemblée nationale 0/10

Jihane Bergaoui

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