A quoi servent les sénateurs (5/5) - Une bataille à couteaux tirés pour la présidence

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Lors du renouvellement d'un tiers de la chambre haute, dimanche, la gauche a progressé de 25 places mais ce résultat reste insuffisant pour lui permettre de participer de manière décisive au choix du président. Jean-Pierre Raffarin et Gérard Larcher se disputent donc le "plateau". Alors qu'une primaire interne au groupe UMP devrait les départager, mercredi 24 septembre, Mediapart revient sur leur campagne et les réseaux dont ils ont joué.
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Vendredi 19 septembre, un courrier assassin a atterri dans les casiers des sénateurs, visant leur collègue Gérard Larcher (UMP), ancien ministre du travail en course pour la présidence du Sénat. Signé par un collectif jusqu'ici inconnu d'associations de la Vallée de Chevreuse, cette «note d'information» assène: «L'un des candidats déclarés [à cette fonction] a occupé le poste de président du SICTOM de Rambouillet, actuellement au cœur d'un très grand scandale concernant les ordures ménagères...» En pièce jointe, un article du Canard enchaîné de 2004, évoquant la garde à vue du bras droit de Gérard Larcher dans une affaire de malversations financières. On frise la diffamation, mais les termes ont été pesés. Dans la bataille pour le «plateau» (l'équivalent du «perchoir» de l'Assemblée), remis en jeu samedi 1er octobre, les coups volent bas.

 

Plusieurs parlementaires UMP se sont en effet jetés dans la bagarre depuis des mois, espérant succéder à Christian Poncelet, élu en 1998 (né en 1928). Le groupe UMP, composé d'environ 150 membres, a donc prévu de les départager lors d'une primaire interne, programmée mercredi 24 septembre. Gérard Larcher devrait y affronter Philippe Marini, rapporteur général de la commission des finances (pur outsider monté au créneau pour décrocher un lot de consolation) et surtout Jean-Pierre Raffarin, non officiellement déclaré, mais en campagne effrénée. Du coup, ces jours-ci, on croirait voir des poignards briller derrière les tentures du Palais. Si les prétendants tirent à fleurets mouchetés dans les médias, recouvrant la campagne d'un voile pudique ennuyeux à mourir pour le grand public, ils se livrent une guerre de réseaux en coulisse, dans une ambiance de conclave. «On voit de ces coups de Trafalgar!» s'amuse Paul Girod (UMP), trois décennies de maison.

 

Sur la ligne de départ, début 2008, Gérard Larcher pouvait s'appuyer sur les vétérans du RPR (comme lui), majoritaires au groupe UMP, tandis que Jean-Pierre Raffarin, venu de l'UDF et du giscardisme, comptait plutôt sur les anciens Républicains indépendants. Mais depuis, l'intervention discrète de Jacques Chirac aidant, les lignes ont considérablement bougé, au point que la bataille se livre presque à fronts renversés désormais. Deux jeunes élus, biberonnés au RPR, viennent ainsi d'écrire à leurs collègues, vendredi 20 septembre, pour appeler à voter Jean-Pierre Raffarin... Talleyrand lui-même y perdrait ses petits.

 

Beaucoup d'autres ficelles ont également été tirées : camaraderies personnelles, catholiques ou franc-maçonnes. S'il s'avère délicat d'estimer l'influence réelle de ces dernières, il est attesté que la Fraternelle parlementaire cherche toujours à peser dans ce type d'élections. Ainsi en juillet dernier, à l'Assemblée nationale, le chef de file des élus francs-maçons, Pierre Bourguignon (PS), avait soutenu Jean-Marc Ayrault dans son duel contre Arnaud Montebourg pour la présidence du groupe socialiste. Dans un mail adressé aux députés, que Mediapart s'est procuré, Pierre Bourguignon avait notifié sa préférence: «Je souhaite que vous partagiez cette volonté. (...) Je compte sur vous»... Arnaud Montebourg avait d'ailleurs été battu à plate couture. De même, au Sénat, la réputation de franc-maçon de Gérard Larcher (qu'il dément systématiquement) pourrait bien lui rapporter quelques voix.

 

Mais chacun a surtout travaillé ses relais à l'Elysée : Jean-Pierre Raffarin s'est appuyé sur Catherine Pégard, conseillère politique de Nicolas Sarkozy, tandis que Gérard Larcher s'est adossé à Claude Guéant, secrétaire général de la présidence. Au point que les regards se sont illico tournés vers ce dernier, le 15 septembre, lorsqu'une note des RG a «fuité» dans Le Figaro et donné son poulain gagnant. Info? Intox? Les derniers pointages, au groupe UMP, révèlent en tout cas que le favori de l'été, Gérard Larcher, s'est fait lentement rattrapé.

 

 

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Hum... L'institution sénatoriale conserve une bonne marge de progression en termes de transparence.

Un seul exemple, tiré de quelques jours d'enquête: j'ai pris un «savon» du chef du service du budget, simplement parce que j'avais passé cinq coups de fil au sujet de la commission d'apuration des comptes (composée d'éminents sénateurs) et d'une réunion qu'elle aurait tenue à l'autre bout du monde, en Polynésie...

Soit, le tuyau était percé. Mais non: je n'ai pas «une drôle de conception du travail de journaliste». Non, je n'ai pas «dérangé la France entière, le banc et l'arrière-banc pour une question ridicule». Et non, décidément non, je ne vois pas de «problème» à contacter directement un élu pour lui poser la question...