Dans l’Hérault, LREM se divise déjà pour les municipales

Par Benjamin Téoule (Le D'Oc)

Manque de démocratie participative, difficultés à se situer pour les prochaines municipales à Montpellier, querelles de personnes… Dans l’Hérault, le mouvement d’Emmanuel Macron a déjà perdu de sa fraîcheur et de sa vitalité. Un constat que l’on retrouve dans plusieurs régions de France.

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C’est une réunion qui laissera des traces au sein des « marcheurs » héraultais. La conférence sur le renouveau en politique organisée le 9 octobre par le comité du centre-ville de Montpellier avec comme unique intervenant Romain Subirats, ancien conseiller du président Philippe Saurel (DVG) à la métropole, n’a fait qu’amplifier les tensions au sein de la « macronie » locale. Cette fois-ci, la fracture semble imminente.

Les militants à l’initiative de la rencontre ont reçu des pressions. Ils ont été contraints de publier leur compte-rendu parmi d’autres informations plus générales et n’ont pas pu diffuser leur vidéo sur les comptes officiels d’En Marche 34 sur les réseaux sociaux, contrairement à leur habitude. « Il existe une réelle oppression pour empêcher toute forme de débat public », déplore même un adhérent.

En cause : le soupçon d'une manœuvre électorale en vue de l'échéance de mars 2020. Les proches de la direction départementale du mouvement y ont vu « l’orchestration d’une candidature, à peine déguisée, pour les prochaines municipales ». Yolaine Vignaud, référente départementale d’En Marche! dans l’Hérault, n’a guère apprécié « l’implication politique » du comité du centre-ville de Montpellier.

Selon elle, « la question n’est pas qui sera tête de liste LREM à Montpellier puisque ce sera le national qui décidera. L’essentiel est avant tout de travailler sur une stratégie programmatique en cohérence avec les valeurs du mouvement ». Et d’observer : « Cette ligne ne convient pas à certains qui tentent d’en influer une autre. »

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Pour sa part, Romain Subirats ne comprend pas vraiment la polémique. « Je suis étonné du buzz suscité par ma personne. Le renouveau des pratiques et des personnes, c’est l’ADN du mouvement », explique le jeune avocat. « J’ai été heureux d’avoir été invité à cette réunion. Je me demande bien pourquoi les animateurs départementaux ne proposent pas plus fréquemment ce genre de débats, estime-t-il. Notre président de la République n’a pas attendu que les trains passent. LREM doit s’affirmer sur Montpellier. » 

Cette polémique au sein de LREM intervient dans un contexte déjà tendu, sur fond de débats vifs sur la structuration du mouvement présidentiel. Quand les uns remettent en cause un mouvement trop vertical et peu démocratique, les autres jugent d’un mauvais œil la trop grande autonomie accordée aux comités locaux.

Yolaine Vignaud, qui a succédé à la députée Coralie Dubost pour prendre les rênes du mouvement dans l’Hérault, essuie de nombreuses critiques sur l’exercice de ses fonctions. « Quand on l’interroge sur des choses qui nous paraissent contradictoires, lorsque l’on sollicite des éclairages sur une problématique précise, nous n’avons pas souvent de retours. Elle nous répond simplement que sa légitimité ne dépend pas de nous », s’agace un marcheur montpelliérain. Et de s’inquiéter : « Mais comment va-t-on s’y prendre pour faire entendre nos voix s’il n’y a aucun processus de désignation ? Ne faudrait-il pas mettre en place des outils pour évaluer les référents qui ont été nommés par Paris de manière arbitraire ? »

Dans l'Hérault, l'euphorie des marcheurs au soir des législatives n'est qu'un lointain souvenir. © Xavier Malafosse / Le D'Oc Dans l'Hérault, l'euphorie des marcheurs au soir des législatives n'est qu'un lointain souvenir. © Xavier Malafosse / Le D'Oc

Les doutes sur le bon fonctionnement du mouvement se sont encore accentués récemment lors du passage d’une péniche dans différentes villes d’Occitanie. Celle-ci était l’occasion de réunir les marcheurs dans un cadre insolite. Mais pour la métropole de Montpellier, la commune de Lattes a été retenue alors que le maire n’a pas accordé l’autorisation d’occupation de l’espace public. Pour le coup, la direction départementale de LREM n’a pas souhaité ouvrir son rassemblement à l’ensemble des marcheurs mais a privilégié une équipe restreinte, celle qui compose le comité stratégique en vue des prochaines municipales. Une méthode qui ne passe pas vraiment.

« C’est une occasion ratée qui aurait pu être un petit moment festif pour remercier l’engagement bénévole des nombreux marcheurs », confesse un adhérent resté à quai.

De plus, le profil des personnes sélectionnées en a perturbé plus d’un. En effet, un nombre important d’entre eux sont connus pour leur bienveillance envers Philippe Saurel. Certains même ne cachent pas leur volonté d’intégrer sa prochaine liste aux municipales, comme Jean-Bernard Orlando-Moles, membre de la liste UMP de Jacques Domergue en 2014. Tout comme son compère Adile Charif, gérant d’une brasserie en centre-ville. Ou comme Marie-Véronique Billong, animatrice du comité de Lattes, proche de la députée Patricia Mirallès, conseillère municipale dans la majorité de Philippe Saurel à Montpellier.

« Yolaine Vignaud s’entoure d’adhérents pour lesquels elle laisse croire qu’elle leur distribuera des postes chez Saurel. Elle leur glisse un sucre dans la bouche pour qu’ils lui prêtent allégeance », analyse un marcheur de l’agglomération du Pic Saint-Loup.

Au sein du mouvement, un petit groupe reproche à la députée Coralie Dubost d’être à l’origine du conflit en favorisant volontairement les dissensions. En interne, ce noyau a même été rebaptisé « les anti-Coralie ». Et là encore les attaques subies par la parlementaire concernent son comportement en vue des prochaines élections municipales.

Offensive depuis la campagne présidentielle contre le maire de Montpellier, Coralie Dubost travaille désormais en marge du mouvement départemental. « Je ne partage pas le même constat que la direction locale qui évalue Philippe Saurel comme un bon maire. Selon moi, il y a un problème de gouvernance, notamment à la métropole. Montpellier ne va pas mieux. Il y a toujours des problèmes majeurs comme la pauvreté ou les embouteillages. Or, je ne vois pas les solutions venir », raconte-t-elle.

Symbole de la division sur le sujet, un membre de l’équipe territoriale d’En Marche 34 considère, à l’inverse, que l’édile actuel « fait mieux que l’ère Mandroux même s’il y a des choses à améliorer ». Et Yolaine Vignaud d’aller dans le même sens : « Il a parrainé Emmanuel Macron, il n’y a pas de chèque en blanc à donner au maire sortant mais quel intérêt y a-t-il à dézinguer Philippe Saurel ? Ce n’est quand même pas Robert Ménard ! »

Pour la référente départementale, la parole de Coralie Dubost engendre « de la confusion au regard de ses responsabilités passées », une attitude qui « n’engage qu’elle et qui ne facilite pas la cohésion d’un groupe ». De plus, d’après Yolaine Vignaud, « c’est l’Élysée qui demande la neutralité à Montpellier, pas la direction départementale ». Tout en faisant valoir ses relations apaisées avec le dissident socialiste : « Il comprend nos difficultés et nous maintenons un pacte tacite de non-agression. »

Et cela même si Philippe Saurel a récemment retiré « En Marche! » du nom de son groupe majoritaire à la Ville comme à la métropole, quinze mois à peine après l’avoir rajouté au lendemain des législatives.

Dans l’Hérault, LREM est bien au bord de la crise de nerfs. « Plus ce sera le bordel, plus on perdra en crédibilité, moins nous intéresserons Saurel pour dialoguer », résume un marcheur, un brin dépité, qui se verrait bien adjoint au maire dans la prochaine mandature municipale. Un autre de résumer : « Si Saurel a l’investiture d’En Marche!, plusieurs marcheurs ne feront pas campagne. Mais la réciproque est aussi vraie. » La campagne n’a pas encore commencé que les troupes d'Emmanuel Macron sont déjà éclatées.

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Cet article est proposé par Le D’oc, site d’information lancé en février 2017 qui couvre l’actualité du Grand Montpellier, avec lequel Mediapart a noué un partenariat éditorial, comme nous le faisons avec d’autres équipes de journalistes en région (Médiacités, Marsactu à Marseille et Le Ravi, mensuel satirique de la région PACA), ou avec le Bondy Blog.