A Paris, Vincent Peillon conclut sa campagne entre espoir de surprise et baroud d'honneur

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Le député européen a tenu son premier et dernier meeting avant le vote de dimanche. Devant une modeste salle parisienne, il a appelé à démentir les sondages et « les diktats » médiatiques qui le donnent perdant derrière Hamon, Montebourg et Valls.

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Un premier meeting aux airs de dernier tour de piste. Le député européen Vincent Peillon a réuni ses partisans vendredi à Paris, en espérant créer « la surprise » dimanche lors du premier tour de la primaire du PS et de ses satellites. Un pari auquel peu de socialistes croient, tant il s’est engagé tard dans la primaire et a peiné à imposer ses propositions dans le débat.

Son équipe le martèle pourtant depuis plusieurs jours : le syndrome Fillon, rapporté au scrutin du PS, ce n’est pas Benoît Hamon mais Vincent Peillon. « La surprise est à portée de main, nous devons en être convaincus », a encore expliqué vendredi soir Emmanuel Grégoire, le patron de la fédération de Paris, désormais la plus importante du parti. En milieu de semaine, son directeur de campagne avait même convoqué quelques journalistes pour les convaincre de la « surprise Peillon » à venir, jurant que les retours sur le terrain démentaient les sondages. « Faites mentir ceux qui voudraient imposer leurs diktats », a lancé le candidat en conclusion de son discours.

À l'entrée du meeting de Vincent Peillon, vendredi à Paris. À l'entrée du meeting de Vincent Peillon, vendredi à Paris.

Comme pour les autres postulants, le score de l’ancien ministre de l’éducation est très difficile à prévoir : personne ne connaît l’ampleur de la mobilisation de dimanche – les résultats peuvent être très différents si 1 ou 3 millions de personnes se déplacent – et nul ne peut prédire avec certitude quels électeurs iront voter – du cœur de l’électorat socialiste à celui, bien plus large, de François Hollande au second tour de la présidentielle, en passant par tous les déçus du quinquennat.

Mais vendredi soir, la salle de l’espace Reuilly, dans le XIIe arrondissement, est bien modeste (500 places) et tous les sièges ne sont pas occupés. Personne ne traîne dans les travées ; tout le monde est sagement assis. L’enthousiasme n’est pas débordant – le tout a été bouclé en moins de deux heures, dont 37 minutes pour le candidat. Il y avait d’ailleurs quelque chose d’étrange à entendre les orateurs qui l’ont précédé à parler parfois au passé de sa campagne. Vincent Peillon « a parlé à l’intelligence », s’est félicitée Catherine Baratti-Elbaz, la maire du XIIe. « Tu nous as permis de voir se lever des femmes et des hommes qui, comme moi, se sentaient un peu isolés et ne savaient vers qui se tourner », a aussi lancé la maire de Paris Anne Hidalgo, principal soutien du candidat.

Les élus parisiens sont d’ailleurs les plus nombreux dans l’équipe de campagne : outre le directeur de campagne, le député Patrick Bloche, et le responsable de la communication, le sénateur David Assouline, Peillon est soutenu par de nombreux adjoints d’Anne Hidalgo, dont Bruno Julliard, et par trois maires d’arrondissement. Au premier rang, vendredi soir, se tenaient aussi Mazarine Pingeot et la députée européenne Pervenche Bérès. Mais le cœur de l’appareil socialiste, en dehors du parlement européen et du Sud-Est (Patrick Mennucci et Marie-Arlette Carlotti à Marseille, Karine Berger dans les Hautes-Alpes), est resté acquis à Manuel Valls.

Au meeting de Vincent Peillon, vendredi à Paris. © L.B. Au meeting de Vincent Peillon, vendredi à Paris. © L.B.

Surtout, Vincent Peillon est très tardivement entré en campagne, après le renoncement de François Hollande, et il a dû boucler son volumineux projet en deux semaines. Il lui a aussi fallu se remettre en selle, lui qui s’était astreint à une diète médiatique depuis son départ du gouvernement, en mars 2014, et qui n’apparaissait plus dans les raouts socialistes. À plusieurs reprises, devant les caméras, le candidat a semblé lui-même avoir intégré par avance sa défaite. Sur le plateau d’une émission de France 2, début janvier, il a ainsi eu cette phrase : « Je ne suis pas toujours le meilleur dans les combats électoraux, vous le verrez bientôt. »

Dans les trois débats télévisés, Peillon a pourtant été souvent à l’aise ; il a même été celui qui a le plus attaqué frontalement ses adversaires (Valls sur les réfugiés ou le mot « guerre » ; Hamon sur le revenu universel). Valls s’en est plusieurs fois agacé, jusqu’à moquer le « vieux professeur » – Peillon est prof de philosophie et parle parfois avec un ton très condescendant à ceux qui le contestent. Mais il n’est jamais parvenu à imposer ses propres thèmes dans le débat. 

« Au-delà du PS parisien, Peillon ne surgit nulle part, estime sans nuances un cadre socialiste, sous couvert d’anonymat. De toute façon, c’est hyper difficile d’imposer une candidature au dernier moment, surtout en le faisant parfois un peu en touriste et en commentateur. »

Sur le fond, Vincent Peillon a défendu de nouveau ce vendredi sa « gauche fière », à la fois sociale-démocrate économiquement et socialement, et « intransigeante sur les valeurs ». Il a dit à nouveau s’inscrire dans la longue histoire de la gauche, évoqué les combats de 1830, des Canuts, de 1848, puis du Front populaire, de 1981 et de la gauche plurielle. Depuis le début de sa campagne, son équipe défend la comparaison entre son champion et l’ancien premier ministre Lionel Jospin lors de sa campagne (perdue) de la présidentielle de 1995.

Il assume aussi, mais avec plus de nuances, la filiation avec le quinquennat qui s’achève. « Il y a eu de bonnes choses de faites », a-t-il répété vendredi. Puis : « Il se peut que des erreurs aient été commises. » Il propose notamment d’amender la politique de l’offre de François Hollande, dont il défend le principe, pour la conditionner. Opposé à la déchéance de nationalité, Peillon a aussi défendu « la gauche morale » dont il se revendique. « Je suis choqué de voir que la laïcité et notre devise Liberté, Égalité, Fraternité redevenaient une activité de communication, y compris de communication politique », a lancé Peillon. Puis : « J'entends aujourd'hui qu'il faudrait former les professeurs aux valeurs de la République. Oui, très bien ! Et les policiers alors ? […] Elles doivent être enseignées à tous. » « Des valeurs pour tous les Français, pas des valeurs pour communiquer ou se pousser du col », a-t-il ajouté.

Peillon prétend incarner le centre de gravité de cette gauche, qui parle aussi bien à Emmanuel Macron qu’à Jean-Luc Mélenchon, à qui il a rendu un hommage appuyé. « C’est un ami personnel. J’ai beaucoup de considération pour lui », a dit l’eurodéputé. Avant d’ajouter : « Je n’ai aucune difficulté à entrer dans des nuits de négociations avec lui et ses amis pour construire […] un nouvel espace de progrès. » Sur le leader d’En Marche !, il s’est fait plus mordant : « Je l’ai rencontré, il existe vraiment. Il est charmant d’ailleurs. […] Il va revenir dans sa famille. En attendant, ce n’est pas la peine de l’injurier. » À tous ceux qui jugent le PS moribond, voire « inutile » (le terme est de Mélenchon), Peillon a rétorqué que « personne ne pourra gagner à gauche sans les socialistes ». Et à ceux qui estiment que les partis politiques de Macron à Mélenchon sont irréconciliables, il rappelle qu’ils « n’ont pas connu Georges Marchais ! ».

Un peu plus tôt dans la soirée, il avait appelé ses partisans à déjouer les pronostics et les préférences médiatiques, dont il estime ne pas faire partie. « J'en appelle à l'insurrection dans les urnes ! » avait-il lancé. Il lui faudra bien cela dimanche pour accrocher « la surprise ».  

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