Le Sri Lanka est frappé par une vague d’attentats qui fait près de 300 morts

Par

Une série d’attaques-suicides coordonnées a visé plusieurs hôtels et églises où des fidèles assistaient à la messe de Pâques. Selon le bilan provisoire, au moins 290 personnes sont mortes. Il y a plus de 500 blessés, dont de nombreux dans un état critique.

Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

Une série de huit attentats coordonnés, visant plusieurs hôtels et églises où des fidèles célébraient la messe de Pâques, a fait au moins 290 morts et plus de 500 de blessés au Sri Lanka, selon les bilans provisoires des autorités donnés par l’hôpital national, rapporte Le Monde.

Ce bilan devrait cependant évoluer au fur et à mesure de la journée en raison du grand nombre de blessés. « Il y a beaucoup de blessés dont certains dans un état critique », a annoncé à l’AFP une source policière, précisant que 254 personnes avaient été prises en charge par l’hôpital national de Colombo et qu’environ 60 autres blessés avaient été recensés dans deux attaques menées hors de la capitale.

Des policiers devant l’église Saint-Anthony à Colombo. © Reuters Des policiers devant l’église Saint-Anthony à Colombo. © Reuters

Une première série d'explosions ont d’abord retenti vers 8 h 45, heure locale. Elles ont touché trois hôtels de luxe de Colombo – le Shangri-la, le Kingsbury et le Cinnamon Grand Hotel, situé près de la résidence officielle du premier ministre – et trois églises : celle de Saint-Anthony de Colombo, de Saint-Sébastien de Katuwapitiya à Negombo, une ville à majorité catholique située au nord de la capitale, ainsi que l’église de la ville de Batticaloa, située à l’est de l’île. En début d’après-midi, heure locale, une maison d'hôtes à Dehiwala, dans la banlieue sud de Colombo, a été attaquée et deux personnes tuées.

Selon un décompte du Monde, au moins 64 personnes sont mortes dans les premières attaques menées à Colombo. Parmi celles-ci figurent au moins 35 étrangers, dont des ressortissants indiens, turcs, portugais, britanniques, américains, néerlandais et chinois. La quatrième attaque a fait deux victimes. Le bilan provisoire est de 67 victimes à Negombo et de 25 victimes à Batticaloa.

Une huitième explosion a eu lieu lors d’une opération de police dans un immeuble résidentiel du district de Dematagoda, rapporte le New York Times. Une fusillade aurait éclaté entre les forces de l’ordre et un groupe d’hommes. L’un d’entre eux aurait réussi à s’enfuir et un autre se serait fait exploser alors que les policiers l’interrogeaient. Les enquêteurs pensent que l’appartement, dans lequel des explosifs ont été retrouvés, était le QG des terroristes. Trois policiers ont trouvé la mort dans l’assaut.

Le ministre de la défense Ruwan Wijewardene a également indiqué que les attentats semblaient avoir été tous perpétrés par des kamikazes. L'AFP rapporte ainsi le témoignage d'une salariée de l'hôtel Cinnamon, où l'attaquant s'est fait exploser à l'entrée du restaurant de l'établissement : « Il est allé au début de la queue et s’est fait sauter. »

Le premier ministre Ranil Wickremesinghe a annoncé, dans une allocution télévisée, que huit suspects avaient été interpellés. « Jusqu’ici les noms que nous avons sont locaux », a-t-il précisé, mais les enquêteurs sont à la recherche d’éventuels « liens avec l’étranger ».

Les attaques ont été particulièrement meurtrières dans les églises, où de nombreux fidèles étaient venus assister aux messes de Pâques. L’archevêché a annoncé l’annulation de toutes les célébrations pascales.

Jusqu’à présent, les attentats n’ont pas été revendiqués mais l’AFP rappelle que le chef de la police nationale, Pujuth Jayasundara, avait affirmé il y a une dizaine de jours qu’un mouvement islamiste, le National Thowheeth Jama’ath (NTJ), préparait « des attentats-suicides contre des églises importantes et la Haute Commission indienne ». Le NTJ avait déjà commis, en 2018, des actes de vandalisme contre des statues bouddhistes, religion majoritaire au Sri Lanka.

Le président sri-lankais Maithripala Sirisena a ordonné le déploiement de l’armée dans les rues de Colombo, ainsi que la constitution d’une unité spéciale conjointe de la police et de l’armée pour mener l’enquête sur ces attaques.

Le couvre-feu a également été décrété pour une période indéterminée. Les touristes pourront cependant circuler afin de se rendre à l’aéroport en présentant leur billet d’avion. Une cellule de crise a été ouverte par le ministère des affaires étrangères français, avec un numéro de téléphone (01 43 17 51 00).

Les réseaux sociaux, Facebook, WhatsApp et Viber, ont par ailleurs été bloqués par le gouvernement afin d’empêcher la diffusion de rumeurs.

Ranil Wickremesinghe a de son côté réagi sur Twitter en dénonçant des « attaques lâches » et en appelant « tous les Sri-Lankais à rester unis et forts dans cette période tragique. S’il vous plaît, évitez de propager des informations non vérifiées ou des spéculations. Le gouvernement prend des mesures immédiates pour contenir la situation », a assuré le chef du gouvernement.

Le premier ministre de l’Inde, pays voisin du Sri Lanka, Chowkidar Narendra Modi, a lui condamné « fermement les explosions horribles au Sri Lanka. Il n’y a pas de place pour une telle barbarie dans notre région, a-t-il affirmé dans un message diffusé sur Twitter. L’Inde se tient aux côtés du peuple sri-lankais avec solidarité. Mes pensées vont aux familles endeuillées et mes prières aux blessés ».

Son homologue pakistanais, Imran Khan, a adressé un message semblable, toujours sur Twitter, en condamnant « l’horrible attaque terroriste au Sri Lanka le jour du dimanche de Pâques, provoquant la perte de vies précieuses et des centaines de blessés ».

En Europe, Emmanuel Macron a fait part de sa « profonde tristesse ». « Nous condamnons fermement ces actes odieux. Toute notre solidarité avec le peuple sri-lankais et nos pensées pour tous les proches des victimes en ce jour de Pâques ». Le ministre de l’intérieur Christophe Castaner a quant à lui fait part de sa « solidarité avec les victimes, leurs familles, leurs proches », « coupables de croire, coupables de vivre tout simplement ».

Au niveau européen, le président de la Commission européenne Jean-Claude Junker a transmis « ses sincères condoléances aux familles de victimes qui s’étaient rassemblées pour prier pacifiquement ou venir visiter ce beau pays ».

En Grande-Bretagne, la première ministre Theresa May a appelé à « s’unir pour s’assurer que personne n’aie à pratiquer sa foi dans la peur ». Son homologue espagnol Pedro Sánchez a fait part de « sa condamnation la plus ferme des terribles attaques au Sri Lanka. Des dizaines de victimes célébrant la résurrection de Pâques nous font pleurer », a-t-il affirmé.

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale