L'OPA du fils Sarkozy sur les Hauts-de-Seine

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Son entourage vante sa «maturité», son «charisme», sa «puissance de travail». Les médias se fascinent pour son «ascension éclair» et son «entrée fracassante» sur la scène politique, la presse people se régale pour la saga de la famille présidentielle. Mais Jean Sarkozy est-il plus qu'une bulle médiatique et qu'un fils bien né? Avec quelles compétences assure-t-il sa double casquette ? Quelle est son influence dans ce département clé ? Enquête.

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«On ferme le robinet», explique-t-on dans l’entourage de Jean Sarkozy au conseil général des Hauts-de-Seine. «Jean ne répond plus à tout ce qui est portrait, il concentre ses sorties sur l’actualité du conseil général et les questions techniques. Il ne veut pas donner le sentiment qu’il tire la couverture vers lui.» Le fils du président aurait été, selon ses proches, «ébranlé» par les récents articles du Figaro et des Echos.

 

«Il y a une curiosité, un voyeurisme par rapport au fils du président», assure Paul Subrini, conseiller général des Hauts-de-Seine proche de Patrick Devedjian. En témoigne l’afflux inhabituel cette année aux vœux du conseil général, à Nanterre, le 13 janvier : au-delà des ministres issus du département (Rama Yade, André Santini), des figures emblématiques du 92 (Charles Pasqua, Patrick Devedjian, les Balkany) et des élus locaux, le public était venu en masse.

 


 

«Il s’agite et agite les journalistes, c’est tout, déplore Jean-François Probst, ex-conseiller de Chirac, ancien élu des Hauts-de-Seine et neuilléen depuis 33 ans. C’est un actif et un activiste. Tout le monde est persuadé qu’il est au conseil municipal de Neuilly grâce à la presse nationale, mais non !» Aujourd’hui, le principal intéressé semble avoir fait le choix de son département et de ses études (il est encore en deuxième année de droit). Fini, donc, les unes des journaux people, les sorties médiatiques fracassantes, le déchaînement sur la toile (il a mis en veille son profil Facebook et son blog).

 

Il faut dire que l’année 2008 a été celle d’une ascension éclair pour Jean Sarkozy. En mars, il est devenu, à 21 ans, le plus jeune conseiller général de France, avant de s’emparer, en juin, de la présidence du groupe UMP au conseil général des Hauts-de-Seine – le plus riche département de France après Paris –, et ce sans laisser le choix à Patrick Devedjian, patron du "92". En novembre, lors des élections internes du mouvement, il a été élu délégué de la circonscription de Neuilly-Puteaux avec plus de 95% des suffrages. Plus récemment, c’est carrément un poste de secrétaire général adjoint de l’UMP qui lui aurait été proposé par son président de père – offre qu'il a déclinée.

 

«On est dans une espèce de monarchie», estime Jean-François Probst, pour qui «ce qui semble intéresser Jean Sarkozy, c’est gravir les échelons. Il veut être le Brutus de tout le monde, mais il brasse de l’air. Il paraît qu’il est brillant, en fait il est comme son père, il trahit, ment, ricane, donne du grain à moudre aux journaux people.»
«On lui dit qu’il peut prendre le département, la députation, la mairie de Neuilly, mais c’est du fantasme. Quand les gens grimpent vite, ils descendent plus rapidement», affirme Paul Subrini. «N’est-il pas uniquement une présence médiatique ?» interroge quant à lui Vincent Gazeilles, conseiller général Verts. Jean Sarkozy est-il plus qu'une bulle médiatique et qu'un fils bien né? Avec quelles compétences assure-t-il sa double casquette ? Quelle est son influence dans ce département clé ?


Parmi les proches du jeune conseiller général, on ne trouve pas de superlatifs assez forts pour dire à quel point «ce garçon est hors norme», assure Marie-Cécile Ménard, conseillère générale du canton voisin qui «le connaî[t] depuis quinze ans». «Le critère de l’âge n’a aucune valeur s’agissant de Jean. Il a une maturité exceptionnelle, un vrai sens politique, du charisme, une puissance de travail extraordinaire. Il connaît ses dossiers par cœur, il est imbattable sur celui de la RN13 [l'enfouissement de la bruyante avenue de Neuilly] ; il monte les assises de la jeunesse, il est très impliqué dans les collèges et le numérique.» Mais Jean Sarkozy, c'est avant tout «une certaine tchatche», reconnaît Paul Subrini. Ses discours en témoignent:

 

 

 

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Le but de cette enquête était non pas d'alimenter le flot de papiers évoquant l'ascension éclair du fils Sarkozy ou ses points communs avec son père, mais plutôt de s'intéresser à son travail concret dans le département.

 

Enquêter sur Jean Sarkozy signifie s'exposer à trois types d'interlocuteurs: ceux qui ne voient pas l'intérêt de s'intéresser à un phénomène qu'ils jugent essentiellement médiatique; ceux qui s'empressent de rappeler; ceux qui redoublent de méfiance, recourent à la plus grande prudence et exigent l'anonymat.

 

Contactée, la section UMP de Neuilly m'a expliqué qu'elle ne communiquait pas sur Jean Sarkozy sans l'aval d'Emmanuel Voguet, son conseiller au conseil général. Sollicité par l'intermédiaire de son attachée de presse, Jean-Christophe Fromantin avait accepté de nous recevoir à Neuilly et n'a pu le faire dans nos délais. Egalement contacté, Hervé Marseille, vice-président (Nouveau Centre) du conseil général, n'a pas donné suite à notre demande.