A gauche du PS, on se maintient et on scrute Grenoble

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Quand ils se présentaient en autonomie des socialistes au premier tour, écologistes et Front de gauche se situent autour des 10 %, voire plus. A Grenoble, ils ont fini en tête, mais n'en tirent pas les mêmes enseignements.

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Allegro, ma non troppo, dans la gauche non-socialiste. Au soir du premier tour des municipales, marquée par une abstention en hausse et une percée du FN, le Front de gauche, PCF et Parti de gauche (PG), comme les écologistes, se satisfont de leurs résultats, signe d’une meilleure résistance à la démobilisation électorale dans leur camp. Mais face à la déroute électorale du PS et à la probable reconquête de la droite, chacun tire des leçons bien spécifiques d’un scrutin fixant un nouveau rapport de force interne après deux années sans élections. Dans la morosité ambiante d’une action gouvernementale durement sanctionnée dans les urnes locales, les attentes de bouleversement politique dans la majorité de gauche sont bien fragiles, tant celle-ci est désormais minoritaire dans le pays.

Seule Grenoble semble représenter un espoir d’alternative crédible au PS (lire notre reportage). Dans cette ville de 160 000 habitants, la liste emmenée par les écologistes et soutenue par le PG et des collectifs citoyens a devancé de quatre points le PS (29,4 % contre 25,3 %). Un petit séisme dans la cité iséroise tenue depuis 1995 par le rocardien Michel Destot, qui avait décidé de passer la main, tandis que les écolos ont su faire fructifier localement leur forte implantation et leur présence dans l’opposition municipale. « Tout ce que nous avions dit autour de la nécessité de réinventer la gauche est en train de s’incarner dans ce résultat, s’enthousiasme la n°2 de la liste, la PG Élisa Martin. Notre score est important pour la gauche, et je dirais même pour la France. »

Au meeting du « rassemblement citoyen » (EELV, PG etc.), le 28 février. © Mathieu Magnaudeix Au meeting du « rassemblement citoyen » (EELV, PG etc.), le 28 février. © Mathieu Magnaudeix


Pour Éric Coquerel, le secrétaire national du PG aux relations unitaires, « Grenoble, et bien d’autres villes où nous passons les 10 ou les 15 %, montrent qu’il n’y a pas une gauche, mais la gauche gouvernementale et celle qui la conteste. À chaque fois que nous avons fait une campagne très autonome, ça donne des bons résultats ». Selon ce proche de Jean-Luc Mélenchon, « la leçon du scrutin est que le PS est en chute libre et qu’il y a un espace pour une majorité alternative. Avec une stratégie nationale d’alliance de ce type, nos résultats seraient encore plus évidents ». Cette main tendue aux écologistes a aussi pour intérêt de sortir le PG de son tête-à-tête avec le PCF, avec lequel les relations se sont considérablement refroidies durant la campagne municipale. Pour autant, ce désir d’EELV et de transposition nationale de l’exemple grenoblois est tempéré par les écologistes eux-mêmes.

Ainsi, pour David Cormand, secrétaire national d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) aux élections, « Grenoble profite surtout de l’implantation ancienne des écolos. Comme à Rennes ou Nantes, nous y améliorons des scores précédents déjà bons, surtout parce que nous proposons de bons programmes locaux ». Lui ne croit pas à la réalité d’une « opposition de gauche » sur le plan national : « Nos bons scores démontrent que dans un moment d’“abstention sanction”, notre participation gouvernementale est comprise, les électeurs voient bien qu’on n’avale pas toutes les couleuvres, même si on nous en sert beaucoup. À chaque fois que nous sommes opposés à une liste PG, nous finissons devant elle. Et à chaque fois que la liste est emmenée par un PG, le score n’est pas très élevé. » Avant le scrutin, un eurodéputé rappelait combien un rapprochement de type grenoblois pouvait être délicat : « Comment on ferait aux européennes avec Mélenchon, sur le fédéralisme, la décentralisation, la laïcité ou les langues régionales ? »

Chez les communistes, on se félicite surtout d’avoir bien contenu les offensives du PS dans les ceintures rouges francilienne et rhonalpine (même si Bobigny et le Blanc-Mesnil risquent de passer à droite). Désireux d’être au cœur d’un infléchissement du pouvoir vers la gauche, et donc soucieux de ne pas rompre les ponts avec le PS, les communistes espèrent désormais conserver un maximum d’élus au soir du second tour. « La droite est surmobilisée, alors que le PS s’effondre, soupire Marie-Pierre Vieu, dirigeante du PCF. Mais cet effondrement ne crée pas d’afflux de voix vers le reste de la gauche. Il ne suffit pas de délégitimer le PS pour améliorer nos résultats. Donc il faut discuter, pour parvenir à réorienter vraiment l’action gouvernementale. » Elle espère aussi que l’on « revienne à la matrice originelle du Front de gauche, en oubliant les divisions pour avancer ». Pour celle qui a recueilli 14,5 % à Tarbes (mais où le maire sortant UMP a été réélu au premier tour), le modèle de Grenoble, où le PCF est allié au PS, n’en est pas forcément un : « On ne peut pas théoriser sur la situation nationale à partir de deux ou trois exemples locaux. La vraie question, c’est comment on rassemble le plus largement possible. Pas certains ensemble contre d’autres ensemble, selon les endroits… »

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