Le RN exfiltre discrètement sa «candidate d’ouverture»

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Présentée depuis janvier comme la candidate d’ouverture de la liste RN aux élections européennes, Christiane Delannay-Clara a été officiellement sortie de la liste ce mercredi. La candidate déchue a en effet multiplié les déclarations hasardeuses sur son parcours. Un raté de plus dans la volonté d'ouverture du parti.

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À un mois du scrutin, c’est une éviction qui fait un peu désordre. Christiane Delannay-Clara, qui figurait en douzième place sur la liste du RN – une place éligible –, en a discrètement été exfiltrée la semaine dernière par les instances du parti. Une éviction officialisée ce mercredi, lors de la présentation complète de la liste.

Au grand meeting de lancement de la campagne européenne à La Mutualité, elle avait été présentée en grande pompe comme LA candidate d’ouverture de la liste du Rassemblement national. Christiane Delannay-Clara cochait en effet toutes les cases d’une belle prise de guerre pour le Rassemblement national : femme, Noire, ancienne élue PS de banlieue et Guadeloupéenne. Un CV d’ouverture presque trop beau pour être vrai.

Et de fait, il ne l’était qu’à moitié. Dès le lendemain du meeting de lancement de campagne, le maire PS de Créteil Laurent Cathala se fendait d’un communiqué rappelant que Christiane Delannay-Clara n’avait jamais été son adjointe. Elle « n'a jamais été élue municipale à Créteil, pas plus sur une liste PS que sur celle d'une autre formation politique », expliquait-il.

Grande convention des élections européennes : discours de Christiane Delannay-Clara. © Rassemblement National

Embarrassé, le Rassemblement national avait expliqué que cette fausse information – le dossier distribué à la presse ce jour-là la présentait bien comme une ancienne maire adjointe à Créteil, en 1998 – relevait d’un « abus de langage ». Elle aurait été « élue » « dans les comités de quartier de la ville » et aurait dans ce cadre « travaillé très étroitement avec le maire M. Cathala », explique alors le Rassemblement national.

À la tribune, la candidate déchue affirme avoir été « repérée » par Laurent Cathala pour son implication dans le milieu associatif local. Sauf que cette formulation fait sourire ledit Laurent Cathala, qui évoque « un cas de mythomanie ». À La Mutualité, Christiane Delannay-Clara avait aussi expliqué avoir été « en charge des affaires européennes » à Créteil. Ce que dément totalement le maire.

Interrogée, elle affirme que la formulation mérite d’être précisée. « J’étais en charge des échanges internationaux du comité de jumelage de la ville », assure ensuite l’intéressée. Une nuance de taille.

Dans le CV qu’elle égrène devant les militants du RN et les cadres du parti le 13 janvier, elle explique aussi siéger au « conseil communautaire, qui s’appelle la communauté du Levant », la communauté d'agglomération dont dépend Saint-François (Guadeloupe). Or sur le site du conseil, elle ne figure pas dans la liste des neuf conseillers communautaires de la ville.

La majorité municipale de la ville, l’Union pour Saint-François, réunie en urgence, l’avait exclue mi-janvier à l’unanimité pour « haute déloyauté politique et morale » et lui avait demandé de démissionner de son mandat. Dans un communiqué, les élus s’étaient dits choqués par cette usurpation de titres. 

Alors que Christiane Delannay-Clara se présente aussi devant les militants comme « femme de militaire », elle affirme également ce 13 janvier siéger au « conseil d’administration des réservistes de Guadeloupe », le service de communication du ministère de la défense précise qu’une telle instance n’existe pas au sein des réservistes qui dépendent de la Garde nationale.

Pour le Rassemblement national, l’affaire est embarrassante. Christiane Delannay-Clara a, en effet, effectué tous les déplacements aux Antilles et en Guyane aux côtés de Marine Le Pen lors de sa visite qui a, à plusieurs reprises, vanté cette candidate d’ouverture.

Aujourd’hui, le parti tente de minimiser ce sérieux ratage. « Le bureau exécutif s’est réuni et n’a pas validé sa candidature. Nous regrettons que cela se passe comme cela, mais il y a des comportements qui ont mis à mal la confiance », assure à Mediapart le conseiller spécial de Marine Le Pen, Philippe Olivier.

L’intéressée, contactée par Mediapart, ne décolère pas et rappelle qu’elle « mène campagne pour le parti depuis trois mois » loyalement. Elle affirme s’être déjà expliquée auprès des instances du parti sur « son glissement de langage » concernant son poste à Créteil.

L’éviction de Christiane Delannay-Clara rappelle en effet au RN ses difficultés à recruter des profils « d’ouverture » qui tiennent la route. Après Alain Soral, récemment condamné à un an de prison ferme pour négationnisme, ou Laurent Ozon, ancien conseiller de Marine Le Pen sur l’écologie, qui avait expliqué le massacre perpétré par Anders Breivik par l’explosion de l’immigration dans le pays, ce n’est pas la première fois que Marine Le Pen doit discrètement se débarrasser de personnalités encombrantes sur lesquelles elle avait beaucoup misé.

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Mise à jour le 25 avril à 17h: nous avons retiré la mention de Dieudonné, qui, s'il a été proche de Jean-Marie Le Pen, n'a pas eu d'activités au Front national.