Enseignement privé et public, tous ensemble en grève

Ce mardi, et de façon inédite, l'enseignement public et l'enseignement privé se mobilisent. En cette année électorale mais aussi à quinze jours d'élections professionnelles, la grève devrait avoir une ampleur particulière.

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«Une grève dans l'éducation fin septembre, ce n'est pas révolutionnaire», déclarait le ministre de l'Education nationale il y a quelques jours dans Le Parisien. Si les mobilisations de rentrée dans l'éducation sont en effet plutôt classiques, la grève de mardi devrait, dans un contexte très particulier, avoir une ampleur singulière. A quelques mois du scrutin présidentiel et à quinze jours d'élections professionnelles décisives pour les syndicats enseignants, l'importance de la mobilisation et les revendications portées seront scrutées avec attention.

Principal mot d'ordre de l'intersyndicale FERC-CGT, FSU, SGEN-CFDT et UNSA Education, rejoints par la FCPE, l'UNEF et l'UNL: l'arrêt des suppressions de postes. Alors que le budget 2012 –qui prévoit 14.000 nouvelles suppressions à la rentrée prochaine– doit être examiné mercredi en Conseil des ministres, les organisations syndicales veulent rappeler les effets délétères des 65.000 suppressions déjà opérées.

Au-delà, c'est aussi le bilan des cinq dernières années de la politique du gouvernement en matière éducative qui est presque unanimement rejeté. En plus de l'application brutale de la RGPP (révision générale des politiques publiques, actant notamment le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite) qui a passablement dégradé les conditions d'enseignement, tous les syndicats s'accordent pour dénoncer la destruction de la formation des enseignants avec la disparition des IUFM (institut de formation des maîtres) et les conséquences désastreuses sur certains établissements de l'assouplissement de la carte scolaire.

Malgré une certaine lassitude, la journée de mobilisation de mardi devrait être bien suivie tant l'exaspération est grande dans le monde enseignant. «On sent un vrai ras-le-bol chez nos collègues qui ont bien vu que, contrairement à ce qu'a dit le ministre, la rentrée ne s'est pas bien passée», estime Roland Hubert, co-secrétaire général du Snes, le syndicat majoritaire chez les enseignants du second degré. Dans le primaire, où les enseignants ont obligation de se déclarer 48 heures à l'avance, selon le SNUipp, le taux de grévistes est de 54%.

Le privé aussi «subit les attaques»

Signe d'un profond malaise, les cinq syndicats de l'enseignement privés se sont – fait exceptionnel – associés à l'appel à la grève. Bien que proportionnellement moins touché par les suppressions de postes, le privé défilera aussi demain pour «dénoncer la casse de l'éducation dans notre pays», affirme Bruno Lamour, secrétaire général du syndicat Fep CFDT. «Nous aussi, nous avons des classes à 38 élèves et nous aussi subissons les attaques contre la formation des enseignants.»

A la rentrée, selon le Fep CFDT, l'enseignement privé a perdu près de 1.500 postes avec des effectifs en hausse de 60.000 élèves. Pour en finir avec une vision purement gestionnaire de l'école, la plupart des réformes engagées n'ayant souvent que pour seul objectif de «gagner des postes», la journée d'action doit inviter, selon Thierry Cadart, secrétaire général du SGEN CFDT, à «changer de modèle et arrêter de considérer l'éducation comme une charge». Citant une récente étude de l'OCDE, il souligne que «notre investissement dans ce domaine n'a cessé de baisser ces dernières années, avec, parallèlement, des résultats qui se sont dégradés».

Reste que, sous l'unité syndicale affichée, ont aussi commencé à poindre quelques notes discordantes. A deux semaines d'un scrutin professionnel déterminant, du 13 au 30 décembre, chacun tient à rappeler sa singularité. La réforme de la formation des enseignants, la masterisation – l'une des réformes les plus critiquées de la mandature, qui a, de fait, supprimé l'année de formation en alternance –, n'aurait pas été possible, explique ainsi Patrick Gonthier, secrétaire général de l'Unsa éducation, sans «l'alliance des conservateurs pédagogiques et des comptables du gouvernement», comprendre le Snes, partisan de longue date d'une élévation du niveau de recrutement (au niveau master).

Un mauvais procès pour Roland Hubert, le co-secrétaire général du Snes: «Nous avons toujours été opposés à la suppression de l'année de stage mais je note qu'il y a tout de même un point positif à cette réforme, c'est la revalorisation des débuts de carrières.» De son côté, il rappelle que l'abandon du livret de compétences, lui aussi très décrié par les enseignants et souvent qualifié d'«usine à cases», censé noter de façon binaire les acquis des élèves, a aussi été porté par l'Unsa et le Sgen CFDT. Ce dernier, contrairement au Snes, se dit aussi ouvert à une réflexion sur le statut des enseignants et notamment à une révision du décret de 1950 qui en pose le cadre.

Plus qu'à l'actuel gouvernement dont les syndicats ne semblent plus attendre grand-chose, ces débats s'adressent donc déjà aux futurs candidats à l'élection présidentielle (lire notre précédent article ici). «Il est certain que notre rôle est, en rappelant les aspirations des personnels enseignants, de peser sur le débat présidentiel. On a senti un vrai intérêt pour les questions éducatives en cette rentrée dans le débat politique. Il ne faudrait pas que cela retombe», prévient Roland Hubert du Snes.

Lucie Delaporte

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