BAC Nord: les ripoux sont réintégrés... pas le lanceur d'alerte

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Quatre mois après le scandale des ripoux de la BAC Nord à Marseille, l'ensemble des policiers mis en examen ont repris le service. Leurs avocats évoquent de simples « fautes déontologiques » dans un contexte de « laisser-aller » général. L'un des policiers, qui avait alerté sur les dérives de ses anciens collègues, n'a, lui, toujours pas pu réintégrer la police.

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Silence radio à la préfecture de police de Marseille, sur l'affaire des ripoux de la brigade anticriminalité (BAC) Nord, accusés d'avoir racketté des dealers et de s'être partagé cigarettes de contrebande, argent et shit. « Pour le moment, nous ne revenons plus sur cette affaire », répond invariablement le service de communication.

En octobre 2012, le ministre de l'intérieur Manuel Valls annonçait la suspension d'une trentaine d'agents et la dissolution du service de la brigade anticriminalité Nord, une mesure exceptionnelle. Quatre mois plus tard, les 17 policiers de la BAC Nord mis en examen, les uns pour « infractions à la législation sur les stupéfiants », les autres pour « vols et extorsion de fonds en bande organisée », ont tous été autorisés à reprendre leur travail. C'était déjà le cas dès octobre pour quatre d'entre eux, et les juges ont récemment assoupli le contrôle judiciaire des treize autres en les autorisant à exercer en dehors des Bouches-du-Rhône.

Manuel Valls et le nouveau préfet de police de Marseille, Jean-Paul Bonnetain, en octobre 2012. © LF Manuel Valls et le nouveau préfet de police de Marseille, Jean-Paul Bonnetain, en octobre 2012. © LF

Même les sept policiers placés en détention provisoire pendant plus de deux mois pourront donc prochainement exercer sur la voie publique. En attendant leur prochaine affectation, ils vont retrouver leur traitement, ainsi que leur arme de service. Seul changement : plus question d'exercer dans des BAC ou toute autre unité en civil.

Un proche du dossier, stupéfait de ces réintégrations éclair, y voit la patte des syndicats de police. « Ce sont les juges d'instruction qui ont pris les décisions à la lecture des charges contenues dans le dossier », dément le ministère de l'intérieur. Très en pointe depuis le début dans la défense des présumés ripoux, le syndicat alliance Police, classé plutôt à droite, a le triomphe modeste.

« Nous n'y sommes pour rien, les juges ont juste pris la mesure du dossier, assure David Olivier Reverdy, délégué régional d'Alliance. C'est une bonne chose même si ça ne présage en rien de la suite de l'enquête judiciaire et administrative. » Le syndicaliste ajoute quand même : « On partait sur du criminel, là on s'aperçoit qu'on est plutôt sur du disciplinaire. L'emballement du début commence à s'amenuiser. »

C'est le leitmotiv des avocats des policiers mis en examen : les faits reprochés aux policiers de la BAC Nord relèveraient plus du disciplinaire que du pénal. « Seule une minorité sont accusés d'enrichissement personnel, soutient Me Frédéric Monneret, qui défend deux des policiers mis en examen. La majorité des policiers sont victimes d'un amalgame et ce qu'il leur est reproché est plus de l'ordre d'une faute déontologique. »

Il incrimine la politique du chiffre et un « laxisme ambiant ». « En l'état de la politique du chiffre, on leur expliquait qu'il ne fallait pas perdre de temps en formalisme quand ils trouvaient des cartouches de cigarettes ou des barrettes de shit », affirme l'avocat. À l'en croire, les policiers de la BAC « ne savaient pas que c'était une obligation légale de le signaler dans un cahier spécial ».

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J'ai rencontré Sébastien Bennardo le 26 novembre 2012, les autres entretiens ont eu lieu en décembre et janvier.