Paris confirme sa préférence pour le rapatriement des djihadistes français

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La ministre française de la Justice a confirmé jeudi que Paris avait désormais une "préférence" pour le rapatriement en France de ses ressortissants partis rejoindre l'Etat islamique en Syrie et aujourd'hui détenus par les Kurdes.
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PARIS (Reuters) - La ministre française de la Justice a confirmé jeudi que Paris avait désormais une "préférence" pour le rapatriement en France de ses ressortissants partis rejoindre l'Etat islamique en Syrie et aujourd'hui détenus par les Kurdes.

"Nous avons fait un choix, qui est celui de la préférence du contrôle et donc du rapatriement en France", a déclaré Nicole Belloubet à RTL, tout en précisant que les autorités françaises étudiaient "plusieurs options".

"La situation nouvelle, qui est liée notamment au retrait des forces américaines (de la région) a bouleversé la donne et évidemment nous nous préparons à un éventuel retour des Français qui sont actuellement au nord de la Syrie", a-t-elle souligné.

Elle a confirmé au passage un changement de doctrine de Paris, qui affirmait jusqu'à récemment que les djihadistes français devaient être jugés par les autorités locales.

"Au moment où je vous parle, rien n'est certain, évidemment. Mais ce n'est plus le seul scénario et il va de soi que si les Français qui sont détenus par les Kurdes devaient être remis en liberté, expulsés, nous avons, je crois, collectivement plutôt intérêt à nous assurer de ce qu'ils deviennent plutôt que de les laisser libres sans savoir où ils sont", a-t-elle dit.

Le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, a laissé entendre mardi que le retrait annoncé des forces américaines de Syrie pourrait précipiter le retour de djihadistes en France.

Le Premier ministre, Edouard Philippe, s'était dit pour sa part favorable, mercredi, à ce qu'ils soient jugés en France plutôt que laissés en liberté "dans la nature".

UNE MAJORITÉ DE MINEURS

Il a cependant également dit ne pas être "gêné" par l'idée que ceux qui se trouveraient en Irak soient jugés dans ce pays.

Selon Le Figaro, des djihadistes français détenus par les Kurdes en Syrie "devraient transiter par l'Irak", où d'autres sont déjà aux mains des autorités locales.

Le quotidien écrit, sur la foi d'"une source proche des Forces démocratiques syriennes", que "82 djihadistes français auraient déjà été transférés sous escorte française en Irak" et qu'il "ne resterait plus que 25 mères et 48 enfants emprisonnés aux mains des Kurdes".

Aucune source à Paris n'a cependant confirmé à ce stade ces informations, certaines assurant même qu'aucune opération de rapatriement n'était en cours. L'état-major français a ainsi déclaré à Reuters ne pas avoir connaissance de tels faits.

Les forces françaises n'ont "en aucune façon" escorté des djihadistes français de Syrie en Irak, a ainsi déclaré jeudi le porte-parole de l'état-major des armées, Patrik Steiger.

On estime de sources françaises à environ 150 le nombre de ressortissants français, dont une cinquantaine d'adultes, détenus ou retenus dans le nord-est de la Syrie par l'alliance arabo-kurde, alliée de la coalition internationale contre Daech.

Selon Nicole Belloubet, il y a "principalement" des enfants mineurs parmi les ressortissants français détenus ou retenus par les Kurdes syriens dans des camps, partis avec leurs parents ou nés sur place. Parmi eux, "on pense qu'à 75% ce sont des enfants de moins de sept ans", a-t-elle ajouté.

Elle a cependant dit ne pas être en mesure de préciser à ce stade le nombre total de ressortissants français concernés, qui n'est pas, selon elle, "stabilisé".

JUDICIARISATION

"Nous avons quelques noms mais je ne suis pas en mesure de vous affirmer que cette liste est stabilisée", a-t-elle dit. "Ces Français sont détenus dans des camps différents et nous devons nous assurer qu'ils sont bien présents dans ces camps."

Elle a confirmé que les adultes, hommes ou femmes, qui rentreront en France, seront systématiquement interpellés à leur arrivée et judiciarisés.

"Le fait de s'être rendu sur un terrain de combats à lui seul, déjà, constitue une infraction qui est sanctionnable", notamment sous l'incrimination d'association de malfaiteurs terroriste. Les personnes concernées sont passibles de sept à 30 ans de prison, a rappelé la garde des Sceaux.

"Nous avons plusieurs prisons en France qui sont en capacité d'accueillir ce type de détenus", a-t-elle ajouté. Quant aux mineurs, ils seront présentés à des juges des enfants et une solution de prise en charge devra être trouvée.

"Nous prenons toutes les mesures pour, évidemment, assurer, c'est notre priorité, la sécurité des Français", a-t-elle dit en réponse aux responsables politiques qui jugent irresponsable un rapatriement de djihadistes.

Nicole Belloubet a par ailleurs indiqué qu'une trentaine de personnes condamnées en France pour des faits de terrorisme seraient libérées cette année mais elle assuré qu'ils feraient l'objet d'un "suivi extrêmement strict".

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