Qu’ont fabriqué les jeunes sur leurs écrans en ces temps confinés?

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Moins de connexions frénétiques, plus de sextos et de nudes, du porno mais pas plus qu’avant… Des jeunes de moins de 25 ans nous ont raconté leur vie intime en ligne depuis le début de la crise du Covid-19. Ces témoignages sur leurs pratiques affectives et sexuelles nous éloignent des inquiétudes adultes et viennent illustrer une grande étude sociologique sur la sexualité et le numérique chez les jeunes, à paraître le 9 juin.

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Depuis le début du déconfinement, ils et elles suscitent chez les adultes une pointe de jalousie ou d’agacement en laissant déborder leur joie de vivre dans les rues de la ville. Observables en duo ou en bande, côte à côte ou déambulant à vélo, piétinant parfois le concept de gestes barrières, en pleine reconquête de leur liberté. Le cliché du mollusque se liquéfiant derrière son écran peut attendre. Pour le moment, c’est l’aventure au coin de la rue.

Il faut dire que deux mois sans la présence physique de ses pairs, potentiellement en tête à tête avec père et mère, cela a de quoi motiver les plus geeks à remettre le nez dehors. D’autant que confinement n’est pas synonyme de rapprochement : jeunes et adultes enfermés ensemble n’ont pas fondamentalement transformé leurs modes de communication, encore moins quand il s’agit des choses du cœur et du corps.

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Allie*, 23 ans, retournée vivre chez ses parents en Auvergne pendant le confinement, raconte qu’il lui a fallu du temps pour y retrouver son intimité et se réhabituer aux tabous familiaux. « Mon père est mutique dès que la conversation tourne autour de la sexualité » – ce qui arrive forcément puisqu’elle écrit un mémoire « sur la perception des normes sexuelles ». « Dès qu’il entend des termes comme pénétration ou masturbation, il quitte la pièce. Bonne ambiance :-). »

Pour Samir, 20 ans, la discussion est d’autant plus compliquée que l’écart générationnel est grand. « Nous, les millennials, on parle de sexualité librement, ça fait partie de nos vies, c’est tout. On a gagné en liberté d’expression comparés à nos aînés. Ce sujet les met tout de suite en panique. C’est pas parce qu’on regarde un film porno qu’on est accro au cul, par exemple. On est capable de réfléchir », nous explique le jeune homme au bout du fil.

Allie* et Samir font partie des 37 jeunes de 18 à 25 ans ayant accepté de répondre à nos questions à l’écrit, via un questionnaire puis par téléphone pour certains d’entre eux, afin de témoigner anonymement de leur vie affective et sexuelle derrière les écrans, comparant ces temps troublés aux temps normaux. Nous souhaitions ainsi mieux comprendre les frontières de l’intime, ou la manière dont la culture juvénile dite de la « chambre à soi » – ce moment de retrait favorisant la conquête de l’autonomie – s’est transformée, le smartphone permettant cette autonomisation à peu près n’importe où.

Ces évolutions numériques et générationnelles sont en outre au cœur d’une étude sociologique inédite de Yaëlle Amsellem-Mainguy, sociologue à l’Injep (Institut national pour la jeunesse et l’éducation populaire) et Arthur Vuattoux, sociologue à l’université Sorbonne-Paris-Nord, sur la construction de la sexualité des jeunes sur Internet. Menée pendant deux ans par questionnaires auprès de 1 500 jeunes de 18 à 30 ans et par entretiens, cette étude est condensée dans un ouvrage à paraître le 9 juin, Les Jeunes, la sexualité et Internet. Les chercheurs y analysent les usages et normes de la sexualité en ligne, mais aussi les rapports de classe et de genre qui s’y jouent, loin des idées reçues et inquiétudes adultes.

« Le cliché du jeune narcissique et replié sur soi me gêne. Ils sont quasiment constamment dans le lien aux autres. Ils sont interactifs et créatifs sur leurs écrans », abonde la chercheuse Claire Balleys, sociologue spécialiste de la socialisation adolescente et des pratiques numériques à la Haute École de travail social, à Genève.

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Durant le confinement, nous raconte Élisa, 18 ans, confinée avec sa mère et son frère, il a donc fallu redoubler de créativité pour maintenir le lien. « J’ai des petites techniques pour échanger sans appeler. Ni moi ni la personne avec qui j’étais en couple ne sommes très à l’aise au téléphone, et puis les murs sont fins, alors tout le monde peut entendre. On s’est concentrés sur WhatsApp et Snapchat, j’ai envoyé pas mal de nudes. Ça n’a pas suffi, on a rompu pendant le confinement », explique-t-elle.

Les fameux « nudes » ou photos dénudées, elles et ils nous en parlent tous. Agathe*, 21 ans, en Ardèche, nous écrit : « Je passe moins de temps à séduire en ligne mais j’envoie plus de sextos et de nudes à des ex ou des amants. » « On a testé Signal pour les nudes avec mon copain, on n’en avait jamais fait », raconte encore Clochette*, 23 ans, citant une application gratuite permettant de communiquer de manière chiffrée. Ces photos, Élisa juge que « c’est une pratique normale, attendue. C’est une nouvelle façon de s’aimer ». Elle cite des comptes Instagram ou Twitter qui lui inspirent des poses en lingerie et qu’elle n’envoie que si l’autre est consentant : « C’est une histoire de confiance. »

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