L’Equateur en pleine tourmente politique et sociale

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La décision du président équatorien, Lenín Moreno, de mettre fin aux aides pour le carburant a déclenché une vague de manifestations. Le chef d’État a fui Quito pour le port de Guayaquil, qu’il a transformé en nouvelle capitale du pays.

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L’Équateur a une nouvelle capitale, mais un chef d’État aux abois. Après la fin, jeudi, du système de subventions au carburant, qui s’est traduite par une forte augmentation des prix (jusqu’à 123 %), une des principales mesures économiques prises en échange d’un soutien du Fonds monétaire international (FMI), Lenín Moreno, le président de ce petit pays d’Amérique du Sud situé sur la côte ouest entre la Colombie et le Pérou, a quitté les hauteurs de Quito dans les Andes pour la deuxième ville du pays, Guayaquil.

C’est depuis ce port qu’il a annoncé, dans une allocution télévisée, sa décision d’y transférer la capitale. Une grande manifestation a été convoquée pour mercredi et des manifestants autochtones se dirigeaient lundi en masse vers la désormais ancienne capitale, selon les images diffusées sur les réseaux sociaux.

« En ce moment, nos peuples se mobilisent et se rendent dans la ville de Quito pour rejeter ces mesures qui frappent au porte-monnaie tous les Équatoriens », a déclaré le président de la Confédération des peuples autochtones (Conaie), Jaime Vargas. Mercredi, les syndicats ont appelé à une grève nationale.

Des manifestants arrivent à Quito (Équateur) le 7 octobre 2019. © Reuters Des manifestants arrivent à Quito (Équateur) le 7 octobre 2019. © Reuters

Face à la dégradation de la situation, avec des blocages de routes et des grèves, les autorités avaient décrété jeudi dernier l’état d’urgence. Mardi, le ministère de l’éducation a suspendu les cours dans l’ensemble du pays « pour préserver l’intégrité des étudiants et des professeurs ». Lundi, les trois champs pétroliers de la zone amazonienne ont été mis à l’arrêt, car ils ont été occupés par des protestataires.

La Conaie dénonce de son côté la répression policière. Elle a répondu par la mise en place de son propre « état d’urgence » dans les régions où vivent les populations autochtones « face à la brutalité des forces militaires ». « Les militaires et les policiers qui s’approcheront de nos territoires seront interpellés et soumis à la justice autochtone », a annoncé la Conaie.

Dans sa courte allocution – moins de quatre minutes –, Lenín Moreno, entouré du vice-président Otto Sonnenholzner et du ministre de la défense Oswaldo Jarrín, a affirmé ne pas vouloir faire machine arrière, dénonçant une « tentative de coup d’État » et un « attentat contre la démocratie », organisés par son prédécesseur et ancien mentor Rafael Correa et ses partisans, avec le soutien du Venezuela. Il a accusé ces derniers de manipuler les peuples autochtones avec l’argent « qu’ils ont volé ».

Les opposants, pour leur part, jugent que le président Moreno a trahi ses promesses électorales et mène désormais une politique de droite en servant les intérêts des secteurs les plus favorisés du pays.

Jeudi 3 octobre est entrée en vigueur la suppression des subventions allouées au carburant, d’un montant total de 1,3 milliard de dollars (l’économie équatorienne est dollarisée), en vigueur depuis les années 1970. En échange, l’Équateur peut accéder à des crédits du FMI d’un montant de 4,2 milliards de dollars. 

Mardi soir, la cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini a appelé toutes les parties à la « retenue » et à éviter une « escalade », rappelant « que la contestation sociale dans le cadre de la loi est légitime, mais qu'elle doit rester respectueuse et pacifique ».

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